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1/ 684 000 emplois verts d’ici 2020… Et beaucoup d’interrogations

Dernière modification le 08/12/2009, publié par emploi-pro.fr.

Eric Parent de Climat Mundi.

Focus  Pour les plus optimistes, les effets du réchauffement climatique et de l’après-pétrole nous conduisent tout droit vers le bonheur économique et le plein emplois. D’autres envisagent un scénario noir où les industries européennes quitteraient une à une le Vieux continent.

 

Difficile de faire de la prospective économique en matière de création d’emploi. Surtout s’il s’agit de faire l’analyse de changements énergétique et climatique difficilement quantifiables. « Il y a quelques années, précise, amusée, Cécile Colonna d’Istria, cofondatrice du salon Produrable, un salon professionnel pour l’intégration des enjeux du développement durable et la responsabilité sociale des entreprises, on nous annonçait 2 millions d’emplois verts créer pour 2010. Fin 2009, on en est loin. On évoque maintenant le chiffre de 600 000 pour 2020 ». La jeune femme n’est pas de celles pour qui le développement durable va créer énormément d’emploi. Mais, à l’instar de tous les spécialistes de ces questions, elle est certaine que tous les métiers vont être « impactés » par les nouvelles contraintes liés aux enjeux environnementaux et énergétiques. Reste donc maintenant à savoir de quelle manière et selon quelle intensité.

 

Une voiture avec 1 000 à 2 000 kilomètres d’autonomie

Le premier scénario est celui qu’on pourrait symboliser par les nanotechnologies. C’est le côté radieux d’un avenir proche. Il prévaudra si l’Europe et ses entreprises se donnent les moyens d’investir dans les innovations et les changements. Le vieux continent et sa composante française pourront alors garder les emplois et en créer. Ce sera l’Europe des énergies renouvelables, des économies d’énergie, des produits à forte valeur ajoutée. On y développera alors – merci les nanotechnologies - des puces de la taille d’un téléphone portable permettant d’alimenter une voiture avec 1 000 à 2 000 kilomètres d’autonomie.

Dans ce cadre, « toute une série de métiers vont voir le jour, explique Nicolas Imbert, manager en développement durable pour Ineum consulting. On les retrouvera dans les services, dans l’analyse des bilans carbone sur tous les produits, dans le bâtiment pour atteindre l’objectif zéro carbone ou dans le transport ».  

Chacun voit alors un avenir se rapprochant du bonheur économique. Anita Rozenholc, chargée de mission à l’Aproged (Association des professionnels pour l'économie numérique) estime que « l’automatisation et la robotique vont se développer avec pour incidence de remplacer le travail répétitif par la robotique. Avec également comme effet une relocalisation des industries. Le coût de la main-d’œuvre des pays en voie de développement et celui du transport feront qu’il sera plus rentable de rapprocher l’outil de production près des lieux de consommation », estime-t-elle.

 

Création nette de 1,1 million d’emplois

Dans ce cadre, une étude du WWF-France (World wide fund for nature, Fonds mondial pour la Nature) réalisée par Philippe Quirion du   Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement) vient plaquer des chiffres sur ces réalités. Pour cet économiste, le fait de baisser de 30 % les émissions de gaz à effet de serre dans le dix ans induirait, en France, un solde net d’emploi de 684 000 emplois d’ici 2020. L’étude évalue les créations et les destructions d’emploi relatives à une stratégie axée sur la sobriété énergétique, l’efficacité et les énergies renouvelables. D’une part, les emplois créés par les énergies renouvelables (316 000) et surtout l’efficacité énergétique (564 000) seraient beaucoup plus nombreux que ceux détruits dans les filières énergétiques (138 000) et automobiles (107 000). D’autre part, avec un baril à 100 € en 2020, le scénario entraîne une économie nette pour les ménages, d’où une hausse de leur consommation et un gain supplémentaire de 48 000 emplois. Avec un baril à 150 euros, l’effet induit positif aurait été beaucoup plus fort (467 000 emplois), soit la création nette de 1,1 million d’emplois. « La majorité des métiers se développant seront donc à forte intensité de main-d’œuvre », explique Eric Parent, directeur associé et cofondateur de Climat Mundi. Cette société de conseils en stratégie carbone a pour but de permettre à leurs clients de réduire leur émission de carbone. Créée en 2006, l’entreprise a débuté avec 2 salariés. Ils sont aujourd’hui 16. « Quand on installe un panneau solaire, poursuit-il, il faut des ouvriers pour le fixer alors que quand on met un euro dans un litre d’essence, il y a peu de main-d’œuvre. Les emplois seront donc locaux et assez peu qualifiés. Ainsi, on devrait passer de la centrale nucléaire au coup faramineux avec peu de main d’œuvre produisant beaucoup d’électricité à des travaux d’isolation, de création de microcentrales à l’énergie renouvelables, avec un faible coût et une faible production mais très créateurs d’emploi. Les milliards d’euros mis sur le nucléaire pourraient aussi être investis afin d’améliorer l’isolation des logements ». La France produirait alors moins d’électricité mais en dépenserait aussi moins. Tout est de savoir si les deux phénomènes s’équivaudront.

 

Le « scénario ciment » pourrait être celui qui prévaudra

Le scénario noir a aussi ses adeptes. Une étude de la Confédération européenne des syndicats sur les changements climatiques et l’emploi estime que ces processus devraient augmenter les inégalités entre les régions et au sein même d’une région. Et que, pour créer des emplois, il sera indispensable de transformer rapidement les emplois industriels. Sans volontarisme, sans décision au niveau européen comme, par exemple, la mise en place de plateformes technologiques communes à plusieurs secteurs et plusieurs entreprises pour partager les bonnes pratiques ou aider les régions les moins avancées comme la Pologne, le futur risque de s’avérer fort sombre. On peut alors imaginer une France et une Europe avec un accroissement des délocalisations comme cela se fait actuellement dans l’industrie cimentière. Cette marchandise à très faible valeur ajoutée est aujourd’hui fabriquée ailleurs qu’en Europe.

Qu’est ce qui poussera la France et l’Europe à faire le bon choix ? « La capacité de l’Union à être solidaire, conclut Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la Confédération européenne des syndicats (CES) en charge des dossiers environnementaux. Tout comme sa propension à investir dans la recherche et le développement. Le problème est de savoir si les industries lourdes vont rester en Europe ». Si on laisse faire, si on laisse les pays de l’union les plus pauvres sur le côté de la route, on assistera à une fuite des productions hors d’Europe. Le « scénario ciment » se mettrait alors en place et prévaudrait dans les 20 prochaines années.

 

Quelles sont les mesures à prendre pour favoriser l’emploi en France dans le cadre du sommet de Copenhague ?

Valérie Létard est secrétaire d'Etat auprès du ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat.

« Si les mesures prises à Copenhague sont conformes à nos attentes, elles favoriseront notamment l’emploi en France. Pour cela, il nous faut anticiper sur le nouveau modèle de croissance qui sortira de Copenhague. La mise en œuvre progressive des décisions nationales (Grenelle de l’environnement) et des accords internationaux, comme la réduction de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, va avoir un effet positif croissant sur l’emploi national. Il nous faut être au rendez-vous de cette révolution des emplois verts et c’est pour cela que j’ai lancé le plan des métiers de la croissance verte en septembre dernier et que j’ai mis en place des comités de filières par secteur d’emplois les plus concernés par la croissance verte (automobile, bâtiment, agriculture, tourisme...) Chaque comité identifiera les besoins nouveaux comme les énergies renouvelables qui pourraient créer jusqu’à 134 000 emplois d’ici 2020, les nouveaux métiers pour les pourvoir et les outils de formation nécessaires ».

 

 

Gwenole Guiomard


		


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