

Boîte à outils Après cinq années de vaches grasses, les promotions de jeunes diplômés 2009 devraient connaître une insertion professionnelle plus difficile que celle de leurs ainées. Seuls les titulaires d’un diplôme professionnalisant pourraient être épargnés. Ceux qui n’ont ni cursus pratique, ni stage, ni séjour à l’étranger auront du mal à s’insérer cette année.
L’insertion professionnelle des jeunes diplômés tient beaucoup à ce vieux proverbe chinois. En temps de famine, quand les gros maigrissent, les plus maigres meurent. On ne saurait mieux décrire la situation professionnelle qui attend les quelques 462 700 jeunes diplômés (1) qui tenteront de rejoindre le marché du travail cet automne et cet hiver.
« Les diplômés les plus professionnalisés, ceux qui connaissent l’entreprise via des stages ou des études en alternance seront privilégiés, explique, prêchant pour sa paroisse, Pierre Tapie, directeur du groupe Essec et président de la conférence des grandes écoles (CGE). Dans une situation où les recruteurs ont moins de postes à offrir, ils vont embaucher en priorité des candidats rapidement opérationnels. Les cursus théoriques et ceux dont les effectifs sont pléthoriques par rapport aux débouchés vont souffrir ».
Dans ce contexte, les 50 000 diplômés 2009 des grandes écoles devraient mieux tirer leur épingle du jeu. Selon la 17 e enquête 2009 sur l’insertion des jeunes diplômés de la CGE, la promo qui a été diplômée de septembre à décembre 2008 n’a pas connu de problème d’insertion. 78,9 % des étudiants ont décroché un contrat à durée indéterminée en 2008-2009 contre 84, 4 % en 2007-2008. « La situation globale de nos diplômés reste donc favorable, écrit Barnard Ramanantsoa, directeur de HEC et président de la commission « Aval » à la CGE.
Moins de choix pour les diplômés des grandes écoles
Qu’en sera-t-il pour les diplômés qui recevront leur sésame entre septembre et décembre 2009 ? « Ils devraient avoir moins de choix, commente Susan Nallet, responsable de l’espace carrière du groupe Grenoble école de management, une grande école de commerce, classé 6 e sur 36 au palmarès 2009 du magazine « l’étudiant ». Nous avons reçu moins d’offres cette année mais nous n’avons pas éprouvé de difficultés à trouver des stages pour nos élèves. Certes, il y a plus de concurrence, moins de variétés d’offres recentrées sur le commercial, les achats, l’audit ou le contrôle de gestion ».
Du côté des écoles d’ingénieurs, l’ambiance est aussi très sereine. A HEI Lille, une école de bon niveau (elle est classée 16 e dans le classement des meilleures écoles après Bac en 2009), la promotion 2009 « ne devrait pas être sacrifiée, explique Jean-Marc Idoux, son directeur. Cette crise est beaucoup mois forte qu’en 2003. Le taux de diplômés en activité professionnelle dès la sortie de l’école avait été de 51,4 % cette année là. Il était de 70,5 % en 2008 ».
Jusque-là tout va bien
Pour Amaury de Baudus, responsable des relations de l’Institut supérieur de l’électronique et du numérique (Isen), « les entreprises maintiennent une volonté de rester présents dans nos écoles, au contact des étudiants. Elles ont le sentiment que la reprise est pour bientôt et qu’il faudra réagir très vite pour ne pas se faire distancer par la concurrence. En 2003, poursuit-il, nous avions assisté à une dégringolade des appels. Il y avait eu un silence radio des entreprises. Un exemple : notre forum 2003 avait accueilli 12 sociétés en 2003. Pour celui d’octobre 2009, il y en aura une vingtaine. Les recruteurs ont tiré des conclusions de la dernière crise de 2003 où elles ont ramé pour reconquérir le cœur de nos étudiants. Elles préfèrent aujourd’hui travailler dans la durée ».
Bref, comme le précise Jacqueline Gerbier, responsable du service emploi-carrière du groupe ESC Chambéry, une école de commerce classée, en 2009, par le magazine L’étudiant 35 e sur les 36 grandes écoles de commerce de France, « nos étudiants auront moins de choix et devront prendre ce qui se présente. Mais ils auront du travail ».
Le marché du travail change
Cet optimisme n’est pas partagé par les professionnels du recrutement. Ils prévoient une crise plus importante. « Les écoles n’ont pas de visibilité sur le sujet, commente un consultant en recrutement préférant ne pas être cité. Elles n’ont pas encore les résultats pour cette rentrée. Elles n’en savent rien. Les chiffres qu’elles annoncent sont au mieux des vœux pieux ». Alain Mlanao, directeur de Walters intérim, une société haut de gamme de placement de spécialistes de la finance et de la comptabilité estime que ses clients-recruteurs « sont aujourd’hui plus prudents. Ils veulent contrôler leurs coûts. Les différents échanges que j’ai avec les entreprises montrent que cela ne va pas changer avant juin 2010 ». Pendant ce temps, les recruteurs devraient utiliser en priorité les contrats à durée déterminée à la place des CDI…
Cela sera donc plus dur pour les jeunes diplômés. « Surtout pour ceux qui ne changent pas leur façon d’aborder le marché du travail, prévient Martine de Maintenant, directrice du département industrie de Mercuri Urval, l’un des plus gros cabinets de recrutement français.
Sale temps pour les universitaires
Pour les Bac +2, qui représentent quand même près de 150 000 diplômés en 2009, la rentrée 2009 va aussi s’avérer plus compliquée. « A l’IUT Paul Sabatier de Toulouse, précise Patrick Laurens, son directeur-adjoint, on a connu un peu plus de difficultés à trouver des stages pour nos étudiants. Je pense que le nombre d’étudiants poursuivant, cette année, des études sera sûrement plus important que les années précédentes ». Car le marché risque de ne pas être favorable aux étudiants d’université. Christian Darrantière, directeur délégué de l’Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (Afij) rappelle que « de nouveaux jeunes diplômés vont arriver sur le marché alors qu’il reste des diplômés de 2008 qui n’ont pas encore trouvé de travail ».
D’après une étude de mai 2009, 62 % des jeunes inscrits à l’Afij (surtout des universitaires) et diplômés en 2008 n’avaient pas encore trouvé d’emploi. En 2008, ce même taux était d’environ 40 %.
Tous les spécialistes s’accordent enfin sur cette espèce d’axiome : moins la formation est professionnalisante, plus il est difficile de s’insérer. Dans la période de crise que nous vivons, les entreprises prennent beaucoup moins de risques. Même le très optimiste secrétaire d’Etat à l’emploi, Laurent Wauquiez, en convient : la crise va toucher les jeunes diplômés. Toutefois, ceux qui ont de bons diplômes trouveront quand même du travail. Ce sera, par contre, plus dur pour ceux qui ont eu une formation moins prestigieuse voire pas de formation du tout.
(1) Chiffres 2006 tirés de l’ouvrage interactif « L’université déchiffrée » de Pierre Dubois et Andrea Cammelli.
Gwenole Guiomard
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