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Garder à tout prix les spécificités de la fonction publique. CGT, FO et FSU s’opposent farouchement à toutes les mesures qui font converger le public vers le privé. Assiégés, ils défendent leur pré-carré.
Tout d’abord, le projet du gouvernement prévoit d’aligner le taux de cotisation du public (7,85 %) sur le privé (10,55 %) en dix ans. Il souhaite également fermer, à compter de 2012, le dispositif de départ anticipé sans conditions d’âge pour les parents de 3 enfants ayant 15 ans de service. Le gouvernement veut mettre tout le monde à la même enseigne, à l’exception des régimes spéciaux. Le sujet est délicat et risque de faire capoter tout le projet. Il est donc remis à plus tard, en 2017. C’est le « diviser pour mieux régner » du gouvernement. Mais pas sûr que la stratégie paie. CGT, FSU et FO, très implantés dans le public, se sentent piqués au vif avec les mesures concernant le secteur. Ils ont même appelé les autres branches, comme la RATP et SNCF, peu concernées par la réforme à se joindre à la grève. Pourquoi ?
Des carrières différentes
« Parce que la réforme n’a pas de sens », argumente les différents syndicats dans leurs tracts. Les carrières, le mode de travail ne sont pas les mêmes dans le public et le privé. « Alors pourquoi les loger à la même enseigne ? », interroge, dans ses communiqués, la CGT. Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, explique que « cela détériorera un peu plus les pensions des fonctionnaires sans rien apporter aux salariés du privé ».
La raideur sur ces sujets s’explique aussi d’une autre façon. Les syndicats, déjà fortement affaiblis par un taux de syndication dérisoire, se font grignoter depuis quelques années leur hégémonie sur la fonction publique. La mise en place de la révision générale des politiques publiques (RGPP), en juillet 2007, individualise les carrières des fonctionnaires et sape du même coup le mode d’action des syndicats traditionnellement collectif. Les syndicats, dans la fonction publique, prouvent leur raison d’être en négociant les augmentations, à un niveau centralisé et avec des hausses de rémunérations généralisées par secteur. La mise en place des négociations salariales au niveau des services déconcentrés, et l’injection dans le public de prime à la performance, minent fortement ce mode d’action traditionnel.
Des syndicats contestataires aux syndicats négociateurs
La loi du 5 juillet 2010 sur la rénovation du dialogue sociale les pousse également à une mue. Avec cette loi, un accord n’est valide que s’il est signé par des syndicats représentant une base électorale de plus de 50 % des votants. Ce qui les oblige à négocier sur le terrain, à traiter les problèmes plus individuellement pour obtenir en échange les voix des salariés lors des élections des délégués syndicaux.
« La RGPP et ces accords de Bercy contraignent les syndicats à changer de rôle, analyse Luc Rouban, sociologue spécialiste de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, et directeur de recherche au CNRS et au Cevipof. Traditionnellement contestataires, ils doivent devenir des négociateurs. La grève de mardi prochain est éminemment politique, ils tentent de renverser le système mis en place par Sarkozy et montrer qu’ils ne se contenteront pas des accords de Bercy. D’ailleurs si elle n’était pas politique, pourquoi la RATP et la SNCF se mettent en grève ? »
Lucile Chevalier
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