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2/ Quel contrat de travail dans vingt ans ?

Dernière modification le 08/12/2009, publié par emploi-pro.fr.

Séverine Picard
© DR

Focus  Flexibilité, mobilité, effritement des protections des employés, les évolutions des trente dernières années ont mis à rude épreuve le salariat. Et dans vingt ans qu’en sera-t-il ?

L’esclavage s’est étalé sur 6000 ans. Le servage a vécu 600 ans. Que va-t-il advenir du salariat ? Pourrait-il disparaître dans les 20 prochaines années ? Les évolutions de ces dernières années, forte réduction des travaux physiques, avènement de l’économie de la connaissance, remise en cause du CDI au profit de contrats à durée plus réduite, effritement des protections des salariés, pose sérieusement la question de la pérennité de ce mode d’organisation du travail.   2029 : nouveau modèle et nouveau contrat de travail ?

Robert Castel, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et membre fondateur du Groupe d’analyse du social et de la sociabilité, se méfie des prophéties. « Deviner l’avenir ? Je suis sociologue, pas voyant. Je constate depuis quelques années une évolution avec une régression des droits des travailleurs. Dans les mentalités, le contrat est de plus en plus perçu comme un carcan trop rigide par rapport aux ambitions des entreprises. En conséquence, un certain nombre de mesures ont été prises   pour rendre plus facile le licenciement. Le CPE ou le CNE sont des réformes très symptomatiques de cette évolution. Et dans l’avenir ces mesures risquent de continuer. »

Retour des contrats de louage ?

Il y a trente ans, le contrat à durée indéterminée (CDI) était le contrat hégémonique. Puis de nouvelles formes de contrat ont vu le jour, comme l’Intérim, le contrat à durée déterminée ou encore les contrats aidés. Leur point commun : une protection du salarié inférieure à celle garantie par le CDI. Aujourd’hui, d’après les enquêtes menées par la Dares, 70% des embauches se font par CDD. Plus de liberté donné aux contractants, plus de facilités de licenciements. Depuis quelques années, une grande liberté contractuelle est laissée entre le salarié et son employeur. 2029 verra-t-elle le retour des contrats de louage qui prévalait au début de la révolution industrielle ?

Jean-Emmanuel Ray, juriste spécialiste du droit du travail, et professeur à la Sorbonne et à l’IEP de Paris, n’y croît pas. « En 2029, on peut aisément imaginer que le travail intellectuel dominera et, dans ce domaine, les rapports de subordination sont contre-productifs. »

Contre-productif mais surtout dépassé. Jusqu’aux années soixante, l’individu, dès son enfance, était confronté à diverses figures d’autorité, d’abord le père puis le professeur d’école. Il était en quelques sortes formé pour exécuter. C’est moins le cas aujourd’hui. Le salariat, défini comme la mise à disposition à l’employeur par l’employé de sa force de travail, semble donc menacé. 2029 verra peut-être la fin des pointeuses. Un webmaster, par exemple, embauché en CDI, ne serait pas soumis à une obligation de présence mais à une obligation de résultat : créer un site internet dans un délais de trois mois. CDI avec redéfinition du travail à la tâche ou augmentation des contrats temporaires dans une société de prestataires de services, les spécialistes se divisent sur ce sujet. En 2006, d’après l’INSEE, la France comptait 86 % de personnes en CDI. Qu’en sera-t-il dans vingt ans ?

 

Lucile Chevalier

 

 

Pas de contrat de travail européen en 2029…

Séverine Picard est conseillère juridique de la confédération européenne des syndicats.

« Depuis les débuts de la construction européenne, le droit du travail bénéficie d’un statut particulier. Il est le seul domaine législatif, où la prééminence européenne ne vaut pas. Le droit national, seul, vaut. Et il n’existe aucune volonté de l’Union européenne d’aller vers une uniformisation. L’hypothèse est même absurde. Les réglementations en matière de travail sont trop marquées culturellement. Elles se sont construites au fil des siècles, et les approches d’un pays à l’autre diffèrent sensiblement. L’Union européenne ne reste pas pour autant passive. Et un nombre d’efforts sont à mener notamment pour lutter contre le dumping social. Mais l’action se fera   a minima et dans le consensus. Le salaire minimum est dans ce cas impossible à mettre en place. Les Français le souhaitent, mais les pays nordiques très hostiles à une intervention étatique dans les affaires des entreprises, s’y opposent. Par contre, on travaille en ce moment sur une réforme qui permettrait à un travailleur de bénéficier du droit du travail du lieu où il exerce son métier. L’arrêt Laval-Puffer, rendu par la Cour de justice européenne en 2007, va dans ce sens. Garantir une meilleure représentation des employés au sein des entreprises, ou encore œuvrer pour que les syndicats travaillent plus ensemble au niveau européen sont d’autres pistes. Notre objectif est d’assurer plus de protection aux travailleurs de l’Union européenne qui n’exerce pas dans leur pays d’origine. Pour que la mobilité ne soit plus subie et devienne une chance. »

 

 

 

 




		


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