

Focus En 2029, exit les contenus. Place aux façons d’apprendre. Une petite révolution qui amène à repenser la formation continue tant dans sa place au sein de l’entreprise que dans ses modes d’apprentissages.
« Marignan ? 1515. Prise de la Bastille ? 1789. Et la naissance de la Ve République ? ». Petit coup d’œil furtif sur la longue chronologie. « 1958, je le savais. Bon je recommence, 1515, … » En 2029, cette épisode de vie, si commun aujourd’hui, paraîtra bien archaïque. Exit le « par cœur », place aux façons d’apprendre. « En 2029, les connaissances devenant rapidement désuètes, il faudra apprendre à apprendre, explique Stéphane Diébold, vice-président du Groupement des acteurs et responsables de la formation. Aujourd’hui, déjà, 80% des choses apprises lors d’un cursus ingénieur ne sont plus utiles une fois arrivé en entreprise. Ce phénomène d’obsolescence des savoirs devrait continuer à s’accélérer dans les années à venir. », La progression du savoir devrait également continuer sa course à un rythme effréné, rendant d’autant plus vain l’apprentissage des contenus. D’après une étude du cabinet Manpower, en 2030, le volume des connaissances doublera tous les soixante-dix jours, contre tous les cinq ans aujourd’hui. Rien ne sert donc de courir après les savoirs, l’important, en 2029, sera de savoir s’adapter, et cela, tout au long de sa vie.
L’entreprise deviendra maître des façons d’apprendre
Ce nouveau contexte bouleversera aussi radicalement la formation dans ses rapports avec le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, un employé suit en moyenne vingt heures de formation par an. En 2029, la formation pourrait devenir omniprésente, personnalisée et spécialisée. Les employés deviendront de plus en plus acteur de leur formation. Un nouveau rapport émergera entre employés et employeurs. Ces premiers seraient maîtres des contenus de formation et ces derniers maîtres des façons d’apprendre. Au menu de ces formes d’apprentissage : le e-learning ou formation en ligne, qui a l’avantage de former n’importe où et n’importe quand. Le fast-training, ces formations facilement digérables, devraient également fortement se développer. Pour former plus, plus de monde et plus vite. L’on apprendra également différemment. De clic d’hypertexte en hypertexte, l’individu se baladera d’information en information et de découvertes en découvertes. Il apprendra au détour d’autre chose, sans savoir par avance ce qu’il va découvrir.
Vision idéaliste du futur ? Plutôt le lot des plus chanceux. « Dans les années à venir, les métiers physiques devraient disparaître au profit de métiers plus qualifiés, avance Thierry Lepaon, membre de la commission exécutive confédérale de la CGT et du conseil de l’orientation pour l’emploi. Toutefois on devrait assister à une taylorisation de certains de ces métiers. On peut imaginer, par exemple, un électricien en devenir qui se fait former très rapidement par le biais d’une vidéo. Sur le terrain, il reproduira les gestes appris sans mêmes les comprendre. » La compétence requise : savoir rapidement digérer un savoir. Apprendre bêtement ou pas, la logique est la même : les contenus, en 2029, n’occuperont décidément plus la place centrale de l’apprentissage.
Lucile Chevalier
« Un plus grand dialogue entre les universités et les entreprises »
Stéphane Creusot s’occupe de la communication des directeurs des formations continues des universités françaises. Il est aussi directeur de la formation continue de l’université de Metz.
« Dans les années à venir, le dialogue entre les universités et les entreprises va fortement se renforcer. L’offre universitaire se calera de plus en plus sur les besoins des entreprises et des acteurs majeurs du marché. On ne formera plus pour l’épanouissement intellectuel, mais pour insérer, pour sécuriser un parcours. Concrètement, les formations professionnalisantes et très spécialisées deviendront peu à peu la règle. Des disciplines comme l’histoire ou la philosophie existeront encore, mais pour des effectifs plus réduits. Dans cet enseignement, on s’attachera à informer l’étudiant sur son futur métier et à mieux l’y préparer. La logique d’objectif prendra de plus en plus de place dans les mentalités. Une université plus dans le monde de l’entreprise, mais la réciproque marchera aussi. L’entreprise deviendra de plus en plus active dans la délivrance des savoirs. Aujourd’hui, une personne en activité acquiert de plus en plus de compétences. Comment les valider ? La validation des acquis de l’expérience existe déjà, mais d’autres moyens devront voir le jour. Université et entreprise, il faudra être ensemble. »
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