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5/ Une journée de travail en décembre 2029

Dernière modification le 08/12/2009, publié par emploi-pro.fr.

Focus  2029, dans la banlieue marseillaise, une entreprise se dresse. Au sous-sol, elle produit des ordinateurs. Au 3e étage, place à la création de logiciels. Parcours croisés d’une ouvrière et d’un cadre en 2029.

 

8h03, 1 er sous-sol. Une silhouette bleue, mallette à outils sous le bras, pénètre dans l’usine. Léa (1) Duchêne contourne la chaîne de construction, fuit le bruit assourdissant pour trouver refuge dans le bureau du contremaître.

« Bonjour, il vous reste un petit quelque chose, précise-t-elle. »

« Oui, une place dans le secteur de fabrication des écrans », répond le supérieur hiérarchique.

Ce matin, son job va consister à vérifier le bon état des machines. Un petit coup de vis sur un robot, un petit coup d’œil sur la chaîne de construction, et cela toute la journée avant de trouver autre chose demain.

 

10h34, 3 e étage. Jean, basket, pull à capuche et clé USB autour du coup. Lucas (2) William arrive au travail. Il traverse la salle de brainstorming, endroit où entre collègues ils se retrouvent pour débattre d’idées et inventer de nouveaux produits. Direction : son bureau cloisonné, isolé du bruit. « Vous avez 8 nouveaux messages » lui annonce Stella, standardiste robotisée. Et dix fois plus sur son adresse mail.

Quelques longueurs dans la piscine

12h01, 1 er sous-sol : Jeff vient prendre la relève. Même parcours de sauts d’obstacle pour Léa. Elle passe en dessous des machines, contourne la piste de fabrication et enfin arrive au point nommé : la pointeuse. Elle a une demi-heure pour manger, aller au sanitaire, souffler et laisser ses tympans profiter d’un peu de silence. Pas de temps à perdre.

 

14h 28, 3 étage : Lucas a enfin répondu à tous ses mails. Todd, son collègue américain, est désormais briefé sur la meilleure façon de calculer le temps d’autonomie d’une batterie d’ordinateur portable en fonction de sa marque et de son âge. Minh, homologue vietnamien, a été remercié pour son petit cours sur « les dernières applications créées pour téléphones portables ». Mieux informé, il peut continuer son travail engagé depuis un mois : la création du logiciel esperanto pour téléphone mobile, un logiciel de traduction vocale et instantanée. Le concept : l’individu prononce près de son micro une phrase, choisit la langue dans laquelle il veut qu’elle soit traduite, et aussitôt dans cette langue le mobile prononcera la phrase. Deadline de ce travail : dans deux mois.

 

15h 30, 4 e étage : Pour décompresser, Lucas fait quelques longueurs dans la piscine de l’entreprise.

 

17h 15, 1 er sous-sol : pause café-clope pour Léa. Elle pointe. Elle a 5mins 30.

 

18h15, 3 e étage : Lucas échauffe sa voix, relit ses notes, met son powerpoint sur sa clé USB. D’un air décidé, il arrive dans la salle « d’éthique de discussion ». Son groupe de projet est au complet, et sous l’œil vigilant du DRH, le brainstorming peut commencer. Jeff détaille le marché sur lequel s’insérerait le logiciel esperanto, la demande, le nombre de vente pouvant être espéré. Interrompu, questionné, Jeff mène, vaille que vaille, son exposé. Puis s’est au tour de David, de Charles et enfin Lucas. Le DRH, d’un œil pointilleux, note la rhétorique, la capacité à convaincre, et la part du travail de chacun sur le projet. C’est à partir de ces trois critères que seront décidées la rémunération et la promotion éventuelle. Des sourires de vendeurs de voitures, de circonstances, mais la tension est palpable.

 

18h30, 1 er sous-sol : Fin de journée pour Léa. Petit tour dans le bureau du contre-maître pour toucher sa gratification. Demain sera une autre bataille.

 

19h24, 2 nd étage : « Alors tu as appris quoi à la crèche aujourd’hui ? Tu t’es amusé ? ». Jeanne, haute comme trois pommes, saute dans les bras de son papa. Lucas, sa fille autour du coup et sa clé USB dans la poche, rentre chez lui. Après dîner, il allumera son ordinateur, se connectera sur le serveur de l’entreprise et re-planchera sur le dossier esperanto.   

Lucile Chevalier                                                      

1.    : En 2000, le prénom féminin le plus utilisé par les familles françaises a été Léa.

2.    Lucas est le prénom masculin le plus utilisé en 2000.

Place au 30 heures de travail par semaine

Pierre Larrouturou est auteur de Pour la semaine de quatre jours : sortir du piège des 35 heures et président du mouvement « Nouvelle gauche ».

« En 2029, l’homme pourrait travailler quatre jours dans la semaine et pour une moyenne de 30 heures hebdomadaires. Du moins c’est ce qu’il faudrait pour éviter une crise économique et politique majeure. Depuis 1939, la courbe de gain de productivité n’a cessé de croître, là où celle du temps de travail continuait de baisser. Entre 1820 et 1960, la productivité a ainsi été multiplié par deux, alors qu’elle a quintuplé depuis. Et alors qu’un américain travaillait 38,6 heures par semaine en moyenne en 1965, il ne travaille aujourd’hui plus que 33,7 heures. Pour qu’en 2029, chacun ait le droit à un vrai travail, avec une rémunération suffisante, il faudra mieux partager le travail. En France, réduire le temps de présence hebdomadaire à 4 jours pourrait créer 1,6 millions d’emplois et réduire le taux de chômage à 4 ou 5% de la population active. Aucun autre levier ne pourra créer autant d’emplois. Et cela sans rien coûter aux entreprises. Mamie Nova a par exemple mis en place ce système. Bénéficiant d’exonération de cotisations chômage, elle a augmenté le nombre de ses emplois sans augmenter ses coûts de production. La mesure est intéressante mais surtout urgente. Si aucune réforme n’est prise dans ce sens avant 2015, les petits boulots, les bas salaires et le chômage risquent d’augmenter et de déboucher sur une crise sociale majeure. »



		


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