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60 000 recrutements d’ingénieurs prévus en 2011

Dernière modification le 09/11/2011, publié par Emploi-Pro.

© E. Grimault.

Focus  Bon an, mal an, les entreprises françaises recrutent entre 60 000 et 70 000 ingénieurs par an. Un chiffre en augmentation qui ne devrait pas faiblir en 2012. L’économie française manquerait même annuellement de 10 000 ingénieurs. Les PME connaissent les plus grandes difficultés à trouver ces perles rares.

C’est un axiome du recrutement : les ingénieurs connaissent peu la crise. Certes, en 2009, les 665 000 ingénieurs en activité en France ont (un peu) souffert. Mais, en comparaison avec les autres fonctions de l’entreprise, ces derniers demeurent les bien-aimés des entreprises. « En 2008, les entreprises françaises ont recruté 72 000 ingénieurs, précise Gérard Duwat, président de l’observatoire des ingénieurs qui publie chaque année une enquête détaillée sur cette fonction. En 2009, ce chiffre est tombé à 48 400 et en 2010 il a atteint les 61 000. Depuis, le marché est en période de rattrapage ».  

« En cette fin 2011, tous les indicateurs de ce marché du recrutement sont au vert, poursuit Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec. Au premier semestre, nous avons recensé 18 000 offres à destination des ingénieurs. Leur nombre a été de 38 000 au premier semestre 2011 ». Autre symbole : les jeunes ingénieurs s’insèrent vite (78 % de taux d’emploi en 2010) et bien (89 % d’entre eux disposent d’un statut cadre). Conclusion de ses spécialiste : « les ingénieurs sont à l’abri du chômage car ils sont portés par l’investissement placé dans l’innovation et la recherche. Tant que cela fonctionne, les ingénieurs n’ont rien à craindre ».  

 

« On réalise une très bonne année 2011 »

Au niveau des écoles, l’ambiance est aussi à l’optimisme. « Entre fin 2010 et octobre 2011, notre établissement a reçu 1 300 offres par mois, précise Maurice Courbatieu, responsable du pôle carrières de Arts et métiers ParisTech. Fin 2009, en pleine crise, c’était tombé à 500 offres par mois. Cela donne une idée de la forte reprise du recrutement dans nos fonctions ». Dans le secteur du recrutement des ingénieurs, tout le monde est satisfait des résultats de 2011. Le chiffre d’affaires d’Accetis international, l’un des tous meilleurs cabinets de recrutement dédiées à la fonction ingénieur et à l’industrie, a bondi de 40 % entre octobre 2010 et octobre 2011. Chez Michael Page, le leader en terme de chiffre d’affaires des cabinets de recrutement, le cabinet a aidé à embaucher 400 ingénieurs en 2009 pour 500 en 2011. « On réalise une bonne année 2011, commente Nicolas Leroy, le directeur de la division Ingénieurs. Depuis 2009, nos clients industriels fonctionnent avec des organigrammes réduits. Aujourd’hui, ils doivent donc continuer à recruter surtout des experts pour se tenir prêts en cas de reprise ».

Les recruteurs recherchent donc des chefs de projets exerçant leurs talents dans les secteurs des biens d’équipement, de l’énergie, du ferroviaire ou du nucléaire. Ils font aussi les yeux doux aux spécialistes de l’instrumentation, de l’automatisme ou de la tuyauterie. Les profils en maintenance que ce soit en qualité d’expert ou de manager gardent la cote. « Bref, conclut Nicolas Leroy, un ingénieur expérimenté possédant une expertise reconnue et qui se met à l’écoute du marché, continuera à disposer de plusieurs offres malgré des process de recrutement qui ont tendance à s'allonger. Les profils techniques plus en difficultés devront généralement être plus souples en termes de prétention salariale. Ils devront aussi  être plus  mobile ».
L’exemple de l’ingénierie montre aussi ô combien les ingénieurs et techniciens sont recherchés. Karine Leverger, délégué général de Syntec ingénierie prévoit 25 000 recrutements dans son secteur en 2011.  « La crise, pour le moment, n’a pas perturbé les embauches, poursuit-elle : sur ces 25 000, il y a eu 9 000 créations d’emploi nettes et nous avons continué nos embauches avec une activité soutenue en 2011 comme en 2010 ».
Le marché du travail est donc, en cette fin 2011, toujours favorable au candidat avec de vraies pénuries pour les ingénieurs que tout le monde s’arrache : le diplômé avec 10 ans d’expérience. « L’économie française est en manque structurel d’ingénieurs, estime Nicolas Blanchet, consultant principal pour le cabinet de recrutement Hays Industrie & Ingénierie. Des secteurs comme l’industrie aéronautique disposent de carnets de commandes remplis avec de forts besoins en ingénieurs spécialisés dans le développement de logiciels embarqués, le génie électrique, l’électronique ou la maintenance ».

A l’Insa de Lyon, les élèves issus des filières télécom ont, par exemple, des taux d’insertion (chiffre 2010) de 100 %. Ceux de la branche informatique ou du génie industriel ont des taux de 98 % et ceux du génie mécanique de 96 %. Difficile de faire mieux. « Les filières qui s’insèrent le moins bien (biosciences et sciences et génie des matériaux) affichent des taux qui avoisinent les 90 % », commente Alexis Méténier, directeur des relations avec les entreprises de l’INSA Lyon.

 

« Nous sommes en situation de pénurie »

Au niveau global, selon l’observatoire des ingénieurs, les secteurs ayant embauché le plus, en 2010, sont les SSII (12 000 embauches), les autres sociétés de services en ingénierie (6 000), le transport automobile et aéronautique (5 000), le BTP (5 000), l’énergie (3 500) et la finance (2 700). Au niveau des fonctions, la grande majorité des ingénieurs est recrutée pour faire des études et de la recherche (33 % des embauches en 2010), de la production (22 %), des systèmes d’information (17 %), du commercial et du marketing (10 %) et des fonctions managériales ou de direction (7 %).

Dans ce marché, certaines entreprises éprouvent désormais des difficultés à recruter des ingénieurs. C’est le cas d’Airbus Cimpa, filiale à 100 % d’Airbus, en charge des produits de la maquette numérique et de la gestion des données techniques. L’entreprise est présente à Toulouse, Paris, Nantes, Bordeaux et Marseille. « Un ingénieur ayant 5 ans d’expérience a le choix entre dix propositions d’emploi dans nos secteurs, précise Michel Pimenta, vice-président marketing et vente. Nous sommes en situation de pénurie. C’est pire en Allemagne. Nous éprouvons de réelles difficultés à embaucher des ingénieurs mobiles et parlant anglais ».

 

Des arrêts brutaux préjudiciables à l’embauche

Les explications de ces difficultés à embaucher des ingénieurs sont nombreuses. Il y a tout d’abord l’effet papy boom qui commence à produire des effets. Les départs à la retraite de la génération née après 1945 s’accroissent. De plus, des pays comme l’Allemagne et la Suisse sont aussi en recherche d’ingénieurs. Sur un marché du recrutement qui s’européanise, les salaires d’outre Rhin ont pour effet de ponctionner la masse d’ingénieurs disponible en France.

Et pour 2012 ? Il n’est pas facile de faire de   la prospective économique tant le système financier est versatile. Pourtant, le BIPE, mandaté par le groupement patronal Syntec ingénierie, s’y est lancé en publiant fin octobre 2011 une étude prévisionnelle. Selon cet institut, les deux principales activités de l’ingénierie que sont l’ingénierie industrielle et l’ingénierie de la construction ont toutes les raisons de bien se porter en 2012. Le BIPE n’a pas noté en Europe de ralentissement dans les investissements à moyen ou long terme que sont par exemple les lignes de train à grande vitesse. L’ingénierie continuera donc à se développer entre 2012-2014 sur des secteurs majeurs comme l’énergie thermique ou renouvelable, le nucléaire et toutes les spécialités liées au génie civil (transport, infrastructure, ville), l’environnement et le développement durable. Le marché est donc raisonnablement optimiste. Mais il craint une « sur réaction » de la part des industriels et des investisseurs dans des secteurs comme l’automobile. Il s’agira alors d’une crise financière mais pas économique avec des arrêts brutaux préjudiciables à l’embauche de petites parties de l’industrie. Là encore, l’automobile est particulièrement concernée.

Gwenole Guiomard

 

 

Gwenole Guiomard


		


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