

Focus Le ministre du Travail a présenté ce matin à la presse la réforme des retraites, avant de quitter la rue de Grenelle pour le palais de l’Elysée, où le texte devait être présenté au Conseil des ministres. Augmentation de l’âge légal et de la durée de cotisations, harmonisation des régimes publics et privés, création de nouvelles recettes et prise en compte de la pénibilité individuelle sont au rendez-vous. Décryptage à chaud de la réforme.
Lors de la présentation à la presse de la réforme des retraites, Eric Woerth l’a répété : la réforme est responsable et juste. Responsable, car il n’était pas possible, selon le ministre, de repousser les décisions à prendre. Juste car l’effort est équitablement réparti entre les Français.
L’âge de départ en retraite est finalement reporté à 62 ans en 2018, au risque de fâcher les syndicats, qui tous avaient fait savoir que la question de la retraite à 60 ans n’était pas négociable, même si certains d’entre-eux étaient prêts à accepter l’allongement de la durée de cotisation. Outre le symbole que constitue la fin de la retraite à 60 ans, conquête sociale exhibée par la gauche, et donc moyen de remobiliser l’électorat de droite, le recul de l’âge légal a un premier mérite : ses effets financiers se font sentir bien plus rapidement. Autrement dit, on remplit plus vite les caisses en augmentant l’âge légal de départ qu’en allongeant la durée de cotisation. Eric Woerth l’a d’ailleurs rappelé. « C’est un choix efficace parce qu’il nous donne les moyens de revenir à l’équilibre dès 2018 ». Une mesure qui s’appliquera aussi bien aux salariés du privé que du public, sans oublier les bénéficiaires des régimes spéciaux, même si les modes de calculs restent différents. Ainsi, la fonction publique conserve la règle d’une retraite calculée sur les six derniers mois. Le taux de cotisation des secteurs privés et publics seront les mêmes. Toutefois, prudent, le gouvernement se donne 10 ans pour arriver à cette harmonisation au taux de 10,5 %. Un moyen d’éviter un trop fort mécontentement et des grèves ?
Une autre approche de la pénibilité
Sur la pénibilité du travail, il est peu probable que les syndicats applaudissent à tout rompre la mesure proposée par le gouvernement, même si, quasiment lyrique, Eric Woerth a parlé en la matière d’une avancée sociale. La mesure proposée permettra de partir en retraite à taux plein dès 60 ans, dès lors qu’une incapacité de 20 % a été établie par la médecine du travail. Les syndicats militaient plutôt pour une reconnaissance globale des métiers pénibles. En outre, ils considèrent que les effets de certains travaux pénibles se déclarent après la retraite, réduisant l’espérance de vie. Et donc qu’il n’est pas juste que ceux qui sont exposés à des conditions de travail difficiles partent au même âge que les autres. Le gouvernement, soutenu en cela par le Medef – Laurence Parisot a rappelé le 15 juin son attachement à une prise en compte individuelle de la pénibilité –, a donc choisi une autre approche de la pénibilité, qui d’après les calculs du ministre touchera 10 000 personnes.
L’estimation du rapport de l’ensemble de ces mesures n’a pas été donnée par le ministre, mais il est peu douteux qu’elles contribueront pour une large part au renflouement des caisses de retraite. En revanche, Eric Woerth est plus généreux - le dossier de presse fourni aussi - pour estimer les montants rapportés par les mesures dites de recettes du régime de retraites. Là encore, le gouvernement souhaite montrer avant tout que l’effort est équitablement répartie entre les différentes catégories de la population, oubliant au passage les retraités actuels qui continueront à percevoir les mêmes pensions, tandis que les actifs cotiseront davantage. L’ensemble de ces mesures devrait rapporter 3,7 milliards d’euros dès 2011, répartis entre les ménages qui paieront 1,5 milliards d’euros et les entreprises 2,2 Mds. Pour ces dernières, la principale mesure est l’annualisation des allègements de charges sociales, une mesure contestée par Laurence Parisot le 15 juin.
Deux dogmes du sarkozysme écornés
Côté ménages, une cotisation est instituée sur les ménages soumis à la plus haute tranche d’impôt sur le revenu qui augmentera de 1 % avec la création d’une contribution de solidarité vieillesses, exclue du bouclier fiscal, qui perd donc de son pouvoir. Cette mesure rapportera 230 millions d’euros. De nouveaux prélèvements seront institués sur les retraites chapeaux et les stocks options (110 et 70 millions de recettes prévues). Les hauts revenus contribueront donc à hauteur de 410 millions d’euros. A comparer aux 1,09 milliard issu des revenus du capital, qui concerne aussi bien les titulaires d’une assurance-vie que ceux d’un portefeuille d’actions.
Sachant que l’acceptabilité de la réforme passe par une amélioration du taux d’emploi des seniors, Eric Woerth a confirmé qu’une version aménagée du dispositif zéro charges sera mise en place prochainement pour stimuler l’emploi des seniors. Une mesure dont l’efficacité est contestée par de nombreux économistes. De même, le tutorat devrait être encouragée.
Les jours et les semaines qui viennent diront si les mesures prises sont jugées responsables et équitables par les Français et leurs représentants.
Reste que deux dogmes du sarkozysme initial en sortent écornés. Le bouclier fiscal est ébréché et la promesse de ne pas augmenter les impôts ébranlée. A cela, Eric Woerth répond : « nous avons dit qu’il n’y aurait pas d’augmentation générale. Cela n’interdit pas des hausses ciblées. »
Christophe Bys
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