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A quoi rêvent les jeunes chinoises ?

Dernière modification le 01/07/2009, publié par emploi-pro.fr.

Le quartier de Pudong à Shanghaï

Cas pratique  Notre reporter Christophe Bys passe une semaine à Shanghaï, l’épicentre de la nouvelle économie-monde du 21e siècle. Pour son premier article, il s’intéresse aux rêves des jeunes étudiantes chinoises. Une bonne occasion de vérifier qu’après les marchandises, c’est le marché de la formation qui est aujourd’hui mondialisé.

C’est dans les détails qu’on mesure le perfectionnisme. Pour ne pas obliger leurs hôtes étrangers, ces deux jeunes filles, toutes de blanc vêtues, déclarent s’appeler Sabrina et Julie. Mieux : quand vous vous étonnez de ces prénoms, elles vous répondent qu’elles « ont bien un prénom chinois, mais que pour vous ce sera plus simple, Julie et Sabrina ». L’attention est délicate ; bienvenue en Chine.
Âgées d’à peine vingt ans, elles suivent les cours de l’université technologique sino-européenne de l’université de Shanghaï (Utseus), une association des 3 universités de technologie françaises et de l’université de Shanghaï. Elles sont déjà en deuxième année et leur but est de venir, dans un an, étudier en France (*).
Depuis leur entrée dans l’établissement, elles ont pris d’intensifs cours de français. Cela leur permet d’expliquer leur amour pour la culture française. Sabrina surtout qui aime lire des romans de Balzac et rêve du très ibérique… Picasso. Elle étudie le génie informatique et se verrait bien plus tard ingénieur spécialiste de la 3D. Elle rêve de concevoir les écrans du futur d’un train à grande vitesse, et pourquoi pas, celui du TGV en qui elle voit le symbole de la force technologique française. Une admiration que partage Julie, moins littéraire mais qui confie adorer nager quand elle n’est pas étudiante en mécanique. Elle confie, dans un discret sourire, qu’elle pourrait bien un jour « concevoir un TGV chinois encore meilleur ».

« leurs professeurs français ont « beaucoup plus d’humour »

Mais, en attendant cela, elles devront, comme leurs 250 petits camarades qui rejoignent cette école chaque année, faire preuve d’une motivation et d’une capacité de travail à toute épreuve. Pour y accéder, elles ont dû décrocher un précieux sésame. Une excellente note au Gaokao, le diplôme national délivré par l’Etat chinois, est nécessaire. Ensuite, elles pourront suivre les cours donnés par les professeurs venus de France et ceux de l’Université de Shanghaï. Des cours qui respectent la pédagogie des universités technologiques : des périodes de sciences classiques, mais aussi des humanités et des sciences humaines. Cette formation permet aux jeunes chinoises de comparer les deux modes d’enseignement. Leurs professeurs français ont, disent-elles, « beaucoup plus d’humour, ils ont une autre relation avec nous ». Toutefois, s’empressent-elles de préciser, « les cours sont aussi sérieux que ceux de leurs homologues shanghaïens ».
En effet, grâce aux intenses cours de français, les élèves de l’Utseus suivent, dès la deuxième année, des cours dans la langue de Molière (en première année, les professeurs de français qui font le déplacement enseignent en anglais). Une fois en France, ils suivront les mêmes cours que les étudiants français et décrocheront le même diplôme d’ingénieur qu’eux.  
Mais pour cela, il faudra faire partie des meilleurs élèves à la fin de la troisième année. C’est écrit dans le contrat signé entre les deux établissements. Il prévoit que les universités technologiques accueilleront 140 élèves au plus, le choix étant fait en fonction de leurs compétences linguistiques et scientifiques. Les autres pourront continuer leurs études à Shanghaï et obtenir moyennant deux ans d’études, un diplôme de bachelor.
Mais Julie et Sabrina n’y pensent même pas. Etre étudiante à l’Utseus signifie faire « le choix de l’interculturalité et avoir la chance de pouvoir travailler dans une entreprise française », s’accordent l’amoureuse de romans et la passionnée de natation. Zhou Zewei, vice-président exécutif de l’université de Shanghaï partage ce pragmatisme. Cet homme au parler vrai explique sans prendre de gants qu’ « une université a toujours besoin davantage d’argent ». Il est à la tête d’un établissement de 40 000 âmes, et il a fait de l’interculturalité une valeur cardinale. « Nous voulons introduire le modèle de formation des ingénieurs à Shanghai », explique-t-il à propos de sa collaboration avec les universités technologiques françaises, avant d’insister sur « l’importance du management interculturel » et sur « les liens ainsi tissés par son université avec les entreprises françaises à Shanghaï ».

Pas encore ingénieur mais déjà diplomate
Car derrière l’amour sûrement sincère pour la culture française des deux jeunes filles se cachent aussi des préoccupations plus prosaïques. Suivre des cours en France et y décrocher un diplôme signifie mettre davantage de chances de son côté. La formidable croissance chinoise, particulièrement forte à Shanghaï, comme en atteste la ville à tous les coins de rue, a jusqu’ici fournit sans difficulté des postes à ses étudiants. L’avenir pourrait être à la lutte des places et le passage dans une école française sera un atout d’autant plus apprécié que la formation de l’Utseus prévoit des stages, une pratique encore rare en Chine.
Les familles de Sabrina, de Julie et de leurs camarades font en tout cas un vrai investissement pour le succès à venir de leurs enfants. La scolarité pour les cinq années dépasse les 10 000 euros. Un choix que justifie Michel Grenié, le directeur de l’école. « Nous ne voulions pas que notre programme dépende d’une subvention. Et n’oublions pas que ce coût doit être comparé avec celui d’une université américaine ».
Lancé en 2005, le programme n’a pas encore vu de jeunes chinois diplômés d’une université technologique. Les premiers obtiendront leur diplôme d’ingénieur l’an prochain. Pas de quoi entamer l’enthousiasme de Sabrina et Julie. Cette dernière confie d’ailleurs : « ce serait bien de travailler dans une entreprise française plus tard, mais ce qui compte pour moi c’est de faire un métier qui me plaît vraiment ». Pas encore ingénieur, mais d’ores et déjà une diplomate accomplie.

Christophe Bys
Envoyé spécial à Shanghaï

(*) Le programme Utseus permet aussi à des étudiants français de venir passer un an en Chine dans le cadre de leurs études.

 

Le casse tête des visas
Pas facile pour le ministère français des affaires étrangères d’attirer les meilleurs étudiants du monde entier, et donc de Chine, quand, en même temps, on n’entend lutter contre l’immigration. La solution retenue consiste à faire passer aux étudiants chinois un test en deux étapes : un diplôme de niveau pour vérifier leurs connaissances en français et un entretien pour s’assurer de leur motivation. Les tests ont lieu dans les locaux de Campusfrance, une structure que l’on retrouve dans les cinq consulats de France en Chine. La demande est forte. 200 000 étudiants chinois seraient partis à l’étranger l’an dernier, allant d’abord dans les pays anglosaxons, Etats-Unis et Royaume Uni en tête. L’obtention du test, indispensable pour obtenir un visa, coûte 100 euros environ. Les élèves de l’Utseus sont dispensés du test de langue, mais doivent passer l’entretien.
A noter que le rôle du consulat ne s’arrête pas là. En Chine, les autorités françaises cherchent à créer un réseau des étudiants chinois qui ont étudiant en France. Elles ont ouvert un site Internet www.clubfrancechine.org. 1500 étudiants s’y sont inscrits, dont 650 rien que pour Shanghaï, indique une source proche du consulat.
CB

 




		


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