

Focus Jean-Simon Bitter est secrétaire fédéral de FO-assurances. Dans un monde feutré, ses propos détonnent. Il tire à boulet rouge sur les nouvelles pratiques du secteur. Florilèges d’un syndicaliste minoritaire et en colère.
« Je veux prévenir les jeunes souhaitant s’engager dans le monde de l’assurance. Notre secteur est, désormais, marqué par un recours considérable des employeurs à des contrats précaires, embauches en Contrat à Durée Déterminé (CDD) et autres recours à l’apprentissage. Il y a donc peu d’embauches en Contrat Durée Indéterminée (CDI) à la clé et l’on confine ces jeunes « alternants » à des tâches sans rapport avec leur diplôme. L’idée des dirigeants est de faire le plus d’économie possible sur le coût du travail en attendant les externalisations. Pourtant, les assurances demeurent une belle activité. Malheureusement, je ne peux plus promettre aux nouveaux entrants de belles carrières. Le jeune qui intègre une société d’assurances en contrat à durée déterminée sera confronté à une sorte d’incertitude permanente vis-à-vis de son avenir avec des difficultés à construire sa vie. Ce jeune intégrant une société en apprentissage prend, en général, la place d’un employé en CDI. Les chefs de service réclament des effectifs qui leur sont refusés. D’où des conflits importants et la probabilité d’être formé à la va-vite. Autre problème : le travail des commerciaux. Ils sont soumis à des objectifs de vente élevés. Ils s’épuisent vite avec des risques de rupture de contrat de travail pour non réalisation des attentes de l’entreprise. Il y a également une fâcheuse tendance des employeurs à simplifier toutes les tâches des salariés de l’assurance. C’est contraire à l’intérêt des sinistrés et à la qualité de travail des employés. C’est devenu insupportable. Les employeurs assaillent leurs salariés d’objectifs qui entraînent une perte de repère et l’impossibilité de bien faire son travail. La compression des effectifs, la précarité, l’individualisation des rémunérations développent les tensions. L’exaspération est profonde. Nos collègues ont le sentiment de quitter leur travail sans l’avoir terminé, sans y venir à bout. On commence à constater des actes désespérés. Bref, c’est plus comme avant. Dans les années 70, j’ai intégré le monde de l’assurance sans formation. J’ai pu décrocher un CAP d’assurance puis un BP et ai préparé le concours d’entrée à l’Enass. Je me suis ensuite dirigé vers l’informatique et ai obtenu le statut cadre comme la majorité de mes collègues. C’était une reconnaissance de nos qualifications. Aujourd’hui, un parcours comme le mien n’existe plus. Je me bats pour que cela redevienne possible ».
Propos recueillis par Gwenole Guiomard
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