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Cadres, sortez des sentiers battus

Dernière modification le 11/09/2008, publié par L’Usine Nouvelle.

Les incertitudes de la conjoncture n'entament pas l'excellente santé de l'emploi cadre, en particulier dans l'industrie où plus d'une entreprise sur deux prévoit d'embaucher au dernier trimestre 2008, selon l'Apec. Miser sur les régions peut s'avérer un calcul payant pour donner un coup de fouet à sa carrière.

Fuir les grandes villes pour Saint-Claude, Limoges, Rouen, Belfort ou Clermont-Ferrand... Pour un grand nombre de cadres, le projet d'expatriation vers l'une de ces cités moyennes ou petites relève d'abord de la quête d'un meilleur cadre de vie. A tort. Car même si, en 2007, l'Ile-de-France a concentré 47 % des recrutements - avec Rhône-Alpes et Paca, ces trois régions très urbanisées trustent 62 % des embauches de cadres -, les tensions sur l'emploi constatées en région offrent de belles perspectives de carrière. Pour les ingénieurs et les cadres de l'industrie, par exemple, de nombreuses zones, où l'offre d'emploi est moins dense, connaissent jusqu'à 60 % de recrutements difficiles comme le montre la carte ci-contre.

 

La mobilité n'a rien d'une évidence

Le débat ne se limite pas à une migration Paris-province. Chez les provinciaux, la mobilité interrégionale n'a rien d'une évidence. S'il y aura toujours de vrais Ch'tis qui rêvent de Nord et des Limougeauds qui aspirent à vivre 365 jours par an sur le plateau de Millevaches, la moitié des cadres rechigne à changer de ville pour trouver un emploi, selon une enquête nationale du cabinet Managing. Avec un taux de chômage de 3,3 %, « les pénuries aggravent les problématiques d'attractivité régionale que connaissent certaines entreprises », souligne Damien Crequer du cabinet de recrutement parisien Taste. Alors, heureux les candidats au départ ! L'effet est quasi mécanique : moins il y a de candidats et plus les entreprises travaillent l'attractivité des postes et des conditions de travail.

Dans la course aux opportunités, il faut savoir choisir son point de chute. Les candidats à la mobilité privilégient les grandes métropoles régionales et les zones littorales de l'Atlantique ou de la Méditerranée. Mais pensez aussi aux autres régions qui ont des besoins d'encadrement et dont l'évocation ne fait pas forcément rêver. Le Centre et l'Est sont ainsi jugés « très attractifs » par seulement 8 et 10 % des cadres français.

Pourtant à Issoudun, une ville de 14 000 habitants d'Indre-et-Loire, que les férus de géographie situeront aisément entre Bourges et Chateauroux, la PME Sicma Aero Seat cherchait fin août pas moins de vingt-cinq cadres : acheteurs, responsables export, responsables de programmes...

 

prendre le relais d'un fondateur sans successeur

En juin, GE Energy a fait venir sur son siège de Belfort, pour un forum, une centaine de candidats. Entre 2005 et 2008, la société a recruté 400 collaborateurs. Pour l'an prochain, elle en prévoit 200 de plus. Même rythme chez son concurrent Alstom, situé de l'autre côté de la rue.

Pour les cadres à mi-carrière qui aspirent au management, « de nombreuses entreprises régionales de 300 personnes et plus, dont le fondateur dépasse la soixantaine, n'ont pas de relais en interne », relève Philippe Haen, à la tête du réseau de recrutement Managing. Ainsi, Jean-Didier Lakomy, 39 ans, un ancien de Michelin, a quitté son entreprise d'outillage en Champagne pour Eckbolsheim (Bas-Rhin). Le fondateur de Difac (protection individuelle) lui a confié la direction générale de son entreprise. « Je gère le même chiffre d'affaires qu'avant mais j'ai un poste plus complet et des perspectives pour entrer dans le capital », explique-t-il.

Plus la pénurie est grande, plus la mobilité sera valorisée. « Financiers, marketeurs, spécialistes RH disposent d'une offre très riche dans les grands centres urbains », constate Fabienne Delorme, consultante pour CTpartners. Ils sont donc en position de force en région. Pour convaincre des financiers de venir à Belfort, Vincent Riss, le DRH de GE Energy, confie que le deal consiste souvent « à leur promettre par la suite un poste à l'international ». Quant aux salaires et avantages sociaux, la tendance est à l'alignement, voire au bonus. Selon l'enquête annuelle d'Expectra, le Nord-Est proposerait les salaires les plus élevés du pays dans le développement informatique.

« Le temps où un recruteur espérait convaincre un cadre d'Ile-de-France que le coût de la vie locale devait modérer ses ambitions salariales est terminé. Les bons profils adaptés aux missions sont rares. Il m'est arrivé de faire monter d'entrée de jeu de 15 % le salaire proposé à un directeur financier dans le Limousin », affirme Patrick Guyonnet de Mercuri Urval Executive. D'autres candidats pourront rejoindre des secteurs qui les intéressent sans présenter le profil de clone qui leur serait demandé dans une région plus concurrentielle.

« Chez Ferrero, à Rouen, nous avons élargi le sourcing pour toucher des collaborateurs qui ne viennent pas nécessairement de la grande consommation », indique le DRH, François Patschkowsky. Mais ce que vend en priorité l'inventeur du Nutella, c'est un parcours où l'on peut changer de filière et des conditions de travail améliorées. Nicolas Neykov a quitté Unilever à Paris, en 2007, pour le marketing des barres chocolatées de la maison. Il habite l'une des maisons que lui a dénichée Ferrero et dépose tous les matins son petit dernier à la crèche d'entreprise située à 50 mètres de son bureau.

 

Aider le conjoint

Et sur l'ultime frein à la mobilité, le travail de l'autre membre du couple, les entreprises régionales ont de la ressource. « Il m'est arrivé d'ouvrir mon carnet d'adresses pour donner quelques pistes au conjoint d'un collaborateur », témoigne Philippe Casenave-Péré, le PDG de Legallais (distribution de quincaillerie aux professionnels), basé à Caen. Bouger et faire coup double pour le couple : il n'est pas interdit de rêver. .

par Anne-Sophie Bellaiche


	
Première publication : L’Usine Nouvelle du 11/09/2008 - N° 3114
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