

Focus L’OFCE passe au peigne fin la politique d’emploi du gouvernement. Contrats génération, contrats d’avenir et défiscalisation des heures supplémentaires, quels seront leur impact sur l’emploi ?
Il a pris les rennes du pays en mai dernier. Sa mission : sortir la France de la crise. La mission pas impossible s’avère toutefois très difficile. Le chômage a atteint au cours du 1 er semestre 2012 les 9,6 %, se rapprochant dangereusement du triste record de 1997 (10,5 %). Le pouvoir d’achat recule, la croissance est en berne, la dette publique a augmenté. Bref, l’économie française n’est pas au mieux de sa forme, pire cela pourrait même s’aggraver. Nous ne sommes pas au bout de la crise, analyse l’OFCE, dans un rapport visant à évaluer l’impact du projet économique du nouveau gouvernement. « La crise des dettes souveraines menace la zone euro d’une récession prolongée en 2012 et en 2013, sous le coup des politiques d’austérité menées dans la panique de voir les financements des dettes publiques se tarir. Et un scénario pire encore, celui de la désagrégation de la zone euro se profile, qui transformerait ces menaces de récession en risque de dépression majeure » annonce l’Institut de conjoncture.
Une stratégie à contre-temps
François Hollande, Jean-Marc Ayrault et son équipe arriveront-ils à sauver la France ? Pour l’instant, ce n’est pas très bien partie, juge l’OFCE.
L’institut de conjoncture, plutôt réputé à gauche, du moins d’inspiration keynésienne, n’est pas des plus tendres avec la stratégie qu’a adopté le gouvernement socialiste : réduction des dépenses publiques et hausse de la fiscalité. « Cette stratégie pourrait se justifier si nous étions d’ores et déjà sur une trajectoire de sortie de crise et s’il s’agissait d’en aménager les priorités », pointe le rapport.
Et pour l’emploi, est-ce que les contrats de génération, contrats d’avenir ou encore l’arrêt de la défiscalisation des heures supplémentaires suffiront-ils à stopper l’avancée du chômage ?
Contrat génération : attention aux effets d’aubaine
Le contrat de génération a pour fin la création d’un CDI pour un jeune de moins de 30 ans et le non-licenciement durant 5 ans d’un senior (55 ans et +) déjà présent dans l’entreprise et chargé d’épauler le jeune arrivant. Pour inciter les entreprises à ouvrir aux jeunes les portes du CDI et à garder leurs salariés plus seniors, le gouvernement leur donne un coup de pouce : un exonération totale des charges patronale sur l’emploi du jeune et des cotisations chômage sur l’emploi du senior. Pas bête, à première vue. Seulement 63,1 % des jeunes en emploi bénéficient du fameux CDI. Pour les autres, ce sont les contrats précaires. Et ces autres justement, ont en général été embauchés dans des entreprises petites, sont faiblement qualifiés et touchent pas beaucoup plus que le Smic. Ce détail a de l’importance, car le risque d’effet d’aubaine s’y niche. « Si la mesure était appliquée à l’ensemble des jeunes en CDI, le risque serait grand de la voir bénéficier principalement aux grandes entreprises et en direction d’un public de jeunes qualifiés », anticipe l’OFCE. Pour résumer, alors que cette mesure vise justement à faciliter l’accès au CDI aux jeunes en étant exclut, elle profiterait surtout aux jeunes qui même sans cette mesure bénéficient déjà de ce type de contrat. Surtout qu’ « étant donné le profil des allègements de charges patronales, la mesure est d’autant plus intéressante pour l’entreprise, en termes de baisse de coût du travail, si le jeune embauché en CDI se situe à un niveau de salaire élevé, l’effet étant maximum au-delà de 1,6 Smic », analyse le rapport.
Donc plus la mesure coûtera cher au gouvernement, moins elle sera efficace en termes d’emploi. Si les embauches des jeunes en CDI se situent à 1,2 Smic, la signature de 500 000 contrats de génération, permettrait la création de 91 000 emplois dans le secteur marchand et coûteraient 2,55 milliards d’euros. Si les embauches se situent à 1,4 Smic, seulement 48 000 emploi seront créés pour un coût de 4,5 milliards d’euros.
Les emplois d’avenir : 107 300 emplois à la clé
Le gouvernement table sur 150 000 emplois d’avenir, réservés en priorité pour les jeunes issus de quartiers en difficulté. Ces emplois à temps plein, prévus pour une durée maximale de 5 ans, rémunérés au minimum au Smic seront financés à 75 % par l’Etat. L’OFCE part de l’hypothèse de 2/3 de ces emplois aidés créés dans le secteur non marchant et l’autre tiers dans le secteur marchand.
Dance ce premier secteur, les effets d’aubaine et de substitution sont plutôt faibles. Du coup, les 100 000 emplois d’avenir permettraient la création nette de 80 000 emplois sur le mandat. Dans le secteur marchand, cette fois, les 50 000 emplois d’avenir généreraient 27 300 emplois. « Au final, la mesure permettrait de créer à terme 107 300 emplois, soit un taux de création nette de 72 % » conclut l’institut de conjoncture.
La suppression de la défiscalisation des heures sup : 17 900 emplois
A partir de la rentrée, du 1 er septembre 2012, l’exonération des charges sur les heures supplémentaires pour les salariés sera supprimée. L’exonération de charges patronales, quant à elle, sera maintenue dans les PME de moins de 20 salariés. Enfin, dans quelques jours, à partir du 1 er août, les heures supplémentaires effectuées seront soumises à l’impôt sur le revenu.
En 3 étapes, une des mesures phares du quinquennat Sarkozy sera mise à mort. Sans regret ou presque. Par un effet d’aubaine, entreprises et salariés, étant plus poussés à déclarer ces heures supplémentaires, la mesure n’avait pas débouché sur une augmentation substantielle des heures travaillées. Et en temps de crise, il lui avait également été reproché de freiner les embauches. Mais et c’est l’argument avancé, notamment par l’opposition, la suppression de cette mesure, va entraîner une baisse du pouvoir d’achat pour les salariés. Résultat des comptes, la réforme du nouveau gouvernement permettra la création ou la sauvegarde de 17 900 emplois. « Ce résultat est la conséquence de deux effets de sens inverse : le premier est négatif et est lié à la baisse du pouvoir d’achat des salariés bénéficiant des heures supplémentaires (-29 000 emplois) ; le second est positif et résulte de la réduction du recours aux heures supplémentaires dans les entreprises de plus de 20 salariés (46 900 emplois) », expose l’OFCE.
Lucile Chevalier
Ces articles devraient également vous intéresser :
La formation continue est un acteur économique contre-cyclique. Elle s’étiole quand tout va bien pour renaître lors des crises. C’est dire si les écoles et les universités font aujourd’hui le plein de salariés en reconversion.