

Focus 800 000 jeunes en alternance en 2015, tel est l’objectif fixé par le gouvernement. Mais comment y arriver ? Le Cereq, dans une étude, livre ces propositions.
« Au collège, j’avais totalement décrochée ! Les cours ne m’intéressaient pas. Je n’ai pas pu commencer mon apprentissage après la troisième car je ne trouvais pas de patron alors on m’a proposé un CAP « Nouvelles chances ». En une année, dans les locaux d’un collège mais dans une classe à part, on a repris toutes les bases, depuis la sixième. Pour m’accrocher, je me suis accrochée! J’ai remonté mes moyennes et passé les matières générales à la fin de cette année là. L’année suivante, j’ai commencé un CAP de mécanique au CFA ». Noëlle, 17 ans, apprentie en 1 ère année de CAP Mécanique, s’est confiée au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq). Pour l’organisme, l’apprentissage peut être la réponse à bon nombre de problèmes d’éducation comme les décrochages scolaires ou une meilleure insertion des jeunes sur le marché du travail. L’enquête 2010 du Céreq montre ainsi que, 3 ans après leur sortie de formation, les apprentis du secondaire ont un taux d’emploi de 10 points supérieur à ceux ayant suivi une formation par voie scolaire. Dans le supérieur, « la plus value apparaît moindre, avec un taux d’emploi plus élevé d’un point seulement », relève le Céreq.
800 000 jeunes en alternance en 2015
Les atouts de l’apprentissage ou autres formations en alternance sont tels que le gouvernement en a fait un des outils majeurs pour réduire le chômage des jeunes. En mars dernier, le président Nicolas Sarkozy et le premier ministre François Fillon ont annoncé leur objectif. De 600 000 jeunes formés aujourd’hui en alternance, il faut passer d’ici à 2015 à 800 000 et pourquoi pas à « 1 million à terme ». Pour cela, ils rehaussent le quota d’alternants obligatoire dans les entreprises de plus de 250 salariés, de 3 à 4 %. Mais est-ce que cela suffira ? Le Céreq a interrogé différents acteurs de l’apprentissage. Quelques modifications sont à prévoir. « Si on veut passer à 800 000 jeunes en alternance et compte tenu de la démographie actuelle, il faudra bien, mathématiquement, qu’il y ait 400 000 jeunes qui passent du système classique à l’apprentissage, note Alain Griset, président de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA). Or je ne suis pas certain que le système d’orientation actuel le permette ». Selon lui, le système éducatif français souffre d’un défaut d’orientation vers les métiers. Et les avantages du dispositif de l’apprentissage sont mal connus des jeunes. A ces deux défauts, il met en garde sur les moyens budgétaires. 400 000 jeunes de plus ce sont des dépenses en plus.
Mieux répartir la taxe d’apprentissage
Et en matière de financement il y a déjà de nombreux problèmes. « L’utilisation de la taxe d’apprentissage ne joue plus son rôle, déclare-t-il. Ces fonds qui proviennent des entreprises financent trop les centres de formation. On estime aujourd’hui que 3 % de la taxe d’apprentissage va aux CFA des chambres de métiers alors qu’ils forment 30 % des apprentis. »
Un autre problème sonnant et trébuchant a trait aux salaires des apprentis. Il est fixé selon deux critères le niveau et l’âge. Et compte tenu de parcours scolaires plus chaotiques, faits de réorientations ou de coupures, les jeunes sont plus nombreux, qu’il y a 10 ou 15 ans, à choisir sur le tard l’apprentissage. Du coup, les entreprises rechignent à payer plus un jeune de 22 ans qu’un autre de 17 ans, alors que les deux ont le même niveau de compétences. Jack, 22 ans, apprenti en classe terminale bac pro, en a fait l’expérience. « J’ai eu du mal à trouver un patron. Vu mon âge, les gens disaient que j’allais coûter trop cher, que c’était trop tard pour apprendre un métier comme cela. Ils préféraient un petit de 16 ans qui coûte moins cher. »
Les publics
Enfin, il y a le problème du public. De plus en plus de jeunes sont férus des cursus en alternance, séduits par les bons taux d’insertion de ces cursus. Ce dispositif, initialement destiné aux jeunes plus en difficulté, a happé un public plus large et s’est développé dans le supérieur. Pour le Céreq, « l’alternance dans l’enseignement supérieur mérite d’être développée à condition qu’elle s’abreuve à d’autres sources que celles qui sont dédiées au développement de l’alternance en direction des jeunes les plus en difficulté ». Car « ce mode de formation a permis à certains jeunes défavorisés d’accéder à des diplômes auxquels ils auraient peut-être dû renoncer s’ils n’avaient pu bénéficier d’un salaire autorisant leur autonomie financière. »
Lucile Chevalier
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