

Cas pratique Cyril, 26 ans, est diplômé de l’ESC Toulouse depuis septembre 2008. Après sept mois de chômage, il avait trouvé un emploi en mars 2009 qu’il vient de perdre. Il espère ne pas revivre une autre année de galère.
Le rendez-vous a été pris dans son 35 M2 dans un quartier parisien, entre prostitution et commerce de vêtements. Du haut de ses 26 ans, Cyril *, souriant, est ce qu’on appelle un bon élève. Il a décroché ce qu’il y a de (presque) meilleur dans le pays. Un Bac économique et social, une classe préparatoire aux grandes écoles et un double diplôme de l’Escuela superior europea de comercio (Barcelone) et de l’ESC Toulouse. L’école est classée, en 2009, 11 e sur 36 par le magazine L’Etudiant. Le jeune Franc-Comtois n’avait donc aucune raison de ne pas trouver du travail. Et pourtant…
L’intégration professionnelle s’est avérée plus compliquée que prévue. « J’ai commencé à chercher du travail en février 2008. Je sentais la crise approcher ». Après un stage de 6 mois chez Air-France - l’avionneur lui avait précisé qu’il n’y avait pas d’embauche à escompter -, Cyril est devenu demandeur d’emploi à partir de juillet 2008. « A l’ESC Toulouse, on nous avait précisé que notre insertion serait rapide avec un salaire d’embauche oscillant entre 30 000 et 35 000 euros ». J’ai vite déchanté. En juillet-août 2008, il n’y avait plus d’emploi dans le marketing et en septembre, j’ai dressé une liste d’entreprises-cibles. Je souhaitais travailler dans le marketing dans un grand groupe ».
« J’avais l’impression de me brader »
Résultat : le jeune homme a décroché un entretien par mois pendant 7 mois. « A chaque fois, cela se passait bien. J’arrivais dans le dernier carré mais n’étais pas retenu finalement ». Au 4 e échec, Cyril a rappelé pour demander des explications : sa candidature était excellente mais y avait dans la course des élèves d’écoles plus prestigieuses, avec plus d’expérience et demandant des rémunérations moins élevées. « J’ai été obligé de changer de stratégie en baissant mes prétentions (plutôt 28 000 que 35 000 euros) et la taille de l’entreprise. « J’avais l’impression de me brader mais mon école m’avait coûté 24 000 euros en trois ans. J’avais un prêt qui démarrait en septembre 2009. Il me fallait un salaire ».
En mars 2009, le jeune homme a été embauché dans une TPE (très petite entreprise) de 15 personnes pour 28 000 euros brut par an. L’ambiance était bonne et les dirigeants sympathiques. « J’avais un CDI (contrat à durée indéterminée) et une période d’essai de 6 mois. J’étais content. J’ai travaillé très dur pendant 6 mois. L’activité devait se développer. J’ai tout fait pour y arriver ». Fin août 2009, le jeune homme a été licencié pour raison économique. Son département (voyage et parfumerie) n’a pas réussi à se développer.
« Ce n’est pas la réalité que j’ai vécue »
Depuis, Cyril est reparti en quête d’un emploi stable. « J’ai appris beaucoup de choses pendant ma période d’essai. J’ai touché au commercial, au marketing, au suivi de factures, à la stratégie. Je suis donc mieux armé pour retrouver un travail. Mais ces nouvelles semaines de chômage ont été dures. Il y a une remise en cause personnelle. Mais j’ai la volonté de ne pas « re-galérer » 7 mois pour retrouver un travail. « Je recontacte les entreprises avec qui j’ai travaillé au premier semestre 2009. J’ai élargi mes demandes aux postes de commerciaux. Je cible tous les secteurs qui disposent d’un produit qui m’intéresse ».
Fin septembre 2009, Cyril est un peu désabusé. Parmi les amis de sa promotion, plus des deux-tiers ont connu des difficultés d’insertion professionnelle. Très peu ont décroché un CDI. « J’ai plus de deux ans d’expérience professionnelle et près de 20 % de mes amis de promotion sont dans la même situation que moi. On est très loin du discours des écoles qui précisent que tout va bien. Ce n’est pas la réalité que j’ai vécue. C’est énervant. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir opté pour une entreprise de stage souhaitant embaucher des stagiaires. Je regrette aussi de ne pas avoir un CV très linéaire montrant mon intérêt pour un secteur depuis le départ. Je conseille enfin aux futurs diplômés 2009 d’être moins gourmand. Pas sur la qualité de l’offre mais sur les prétentions salariales ».
* Le prénom a été changé à la demande du témoin.
Gwenole Guiomard
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