

Focus Difficile de s’orienter dans la jungle des quelque 400 écoles d’ingénieurs et autres universités françaises. Pourtant, de nombreux classements existent mais aucun n’est véritablement indépendant. Alors, la meilleure stratégie est de s’appuyer sur plusieurs hit-parades pour faire son choix tout en se rappelant que les meilleurs cursus en ingénierie ne résident pas en France.
Comment faire le bon choix entre lesdifférents cursus en ingénierie en France ou à l’étranger ? Cettequestion, de nombreux parents et enfants se la posent. C’est aussi uneinterrogation des recruteurs et autres services des ressources humainesdes entreprises françaises. Comment, diable, trier le bon grain del’ivraie ? Pour ce faire, nous vous proposons une méthode. L’idée est decomparer suffisamment de classements pour pouvoir se faire son proprehit-parade et définir quels sont les meilleurs établissements françaiset mondiaux. Une question à laquelle il est très difficile de répondre.En effet, il n’existe pas encore d’organisme indépendant chargé, commeen Grande-Bretagne, d’évaluer les universités et les grandes écoles.Même si l’Aeres (Agence d’évaluation de la recherche et del’enseignement supérieur) publie désormais des analyses des Mastersuniversitaires. Même si le Cereq appelle de ces vœux un tel organisme.
Reste alors, pour parvenir à faire unchoix, à tenir compte des palmarès concoctés par la presse. Cettedernière rivalise d’imagination pour sortir ces marronniers. Ceshit-parades sont réalisés par des journalistes et sont contestables dansla mesure où l’on calcule ici, très souvent, la notoriété de l’écoleplus que la qualité de son enseignement.
En 2010, l’Edhec, il est vrai juge etpartie, a tirée académiquement mais à boulets rouges sur les classementsdes écoles. L’école lilloise a expliqué que les classements nevoulaient pas dire grand-chose. Faute de mieux, elle conseille de s’enservir mais d’en consulter plusieurs tant ce thermomètre est défaillant.
Les écoles sont parties prenantes
Pour Stéphane Grégoir, directeur de larecherche à l’Edhec et Noël Amenc, son directeur du développement, « lesclassements sont avant tout peu scientifiques. Tout vient de la méthodede ces hit-parades ». Après une sélection des mesures, il faut agrégerdes informations qui sont difficilement comparables. Quoi de plusdifférents qu’un salaire à la française avec ces charges salariales, unesécurité sociale et une retraite avec certains systèmes qui n’enpossèdent pas. Comment, de plus, faire confiance dans des déclarationsprovenant soit des écoles (elles sont parties prenantes), des anciens(ils ont tout intérêt à enjoliver leur situation) ou même des directionsen ressources humaines qui se réfèrent au classement précédent pourdonner le classement futur… Le directeur de la recherche de l’Edhecs’est aussi attaqué à la robustesse des statistiques des écoles. «Pourquoi ne pas interroger les non-diplômés d’une école ? Ils auraientbeaucoup de chose à dire. Seuls les diplômés sont questionnés ». Or, cesderniers ont intérêt à survaloriser leurs salaires, par exemple. Celapeut alors leur permettre une meilleure carrière en étant diplômé d’uneécole très bien placée dans les classements
Les chercheurs ont aussi attaqués lescritères de pondération. Suivant que l’on met en avant la qualitéacadémique des enseignants, le salaire des diplômés ou le nombre defemmes dans les enseignants, les classements sont très différents. Or,on part d’une même réalité. Ainsi, le hit-parade du très respecté Timesof Higher Education est, à 50 %, basé sur l’opinion des pairsuniversitaires. Celui de Shanghai considère à 90 % des critères liés àla qualité des enseignants, leurs publications et leurs prix. Pour lenouveau classement de l’Ecole des Mines, la vérité réside dans ledevenir de leurs anciens élèves.
Bref, pour les deux chercheurs, lesclassements sont, certes, structurants mais ils sont surtoutautoréalisants. Ils sont aussi uniformisateurs et s’attaquent auxpolitiques de niche. Ils sont, enfin, conservateurs car ils reposent surl’information du passé, des réseaux. Ils sont une contrainte àl’innovation.
Faut-il alors jeter les classements avecl’eau du bain ? « Non, conclut Noël Amenc, directeur du développementde l’Edhec. Les classements sont incontournables. Ils servent à mesurerune notoriété. Mais ce n’est déjà pas si mal. Reste qu’il faut savoirs’en servir, connaître leurs biais. Le mieux est alors d’en consulterplusieurs et savoir utiliser le bon selon l’établissement que l’onanalyse ». A cet égard, l’approche du consortium européen U Multirankest particulièrement intéressante. En multipliant la lecture de tous cesclassements, il peut permettre d’approcher une certaine vérité.
Le seul juge de paix
Bref, les classements offrent une primeaux écoles les plus anciennes et permet difficilement aux jeunesstructures de se faire une place au soleil. Cette situation protège doncl’establishment de l’enseignement supérieur. Tout au moins en France.Car elle les fragilise dans la compétition internationale. En effet,comme les établissements d’enseignement supérieur français ont toujoursrefusé de se faire auditer par un organisme étatique de contrôle, ilsn’ont pas développé une culture du résultat. Tant et si bien que lesclassements étrangers en matière d’universités ou de grandes écolesrelèguent les universités françaises en queue de peloton… Nousutiliserons donc les classements franco-français, des classementsbritanniques, le classement mondial de QS et celui de l’université chinoise de Shanghaï pour essayer d’y voir plus clair.
Quoi qu’il en soit, les classements,même s’ils sont très imparfaits et s’ils sont soumis à la pression desannonceurs, demeurent le seul juge de paix du système.
Découvrez nos différents classements :
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