

Focus Le Conseil d’orientation pour l’emploi s’est penché, dans un rapport, sur le million de très petites entreprises en France. Elles emploient 3 millions de salariés. A la clé, des propositions pour les aider à grossir et à embaucher plus.
En matière de créations d’emplois, il y a une piste qui jusque-là a été mésestimée : les très petites entreprises (1 à 9 salariés). Elles sont un million en France et emploient près de 3 millions de salariés. Et surtout, « en période d’expansion, les TPE créent davantage d’emplois que les entreprises de plus grande taille. Elles constituent un vrai potentiel d’emplois diversifiés et de proximité », pointe le Conseil d’orientation pour l’emploi, dans un rapport publié hier. Ainsi pourquoi ne pas miser sur elles pour réduire le chômage ? Tel est le pari que prend la cellule d’expertise rattachée à Matignon. Pour arriver à cette fin, elle décline un ensemble de propositions destinés à faciliter les embauches dans ces petites structures.
Attirer les candidats
L’un des problèmes majeurs dans ses petites structures tient à leur manque d’attractivité auprès des candidats potentiels. Les salariés y travaillent plus que dans les plus grandes structures. La durée hebdomadaire moyenne y est de 36,4 heures contre 35,6 heures dans les entreprises de plus de 10 salariés. Le salaire est moindre. Il est en moyenne inférieur de 19 % à celui des autres sociétés. Et cette rémunération n’est même pas compensée par le jeu des primes, car bien souvent les salariés des TPE n’y ont pas accès. Ils ont également moins accès à la formation. Et pour finir, cerise sur le gâteau, « la faiblesse de l’effectif d’une TPE peut se traduire par une absence de perspectives professionnelles pour les salariés en interne lorsque l’entreprise n’est pas dans une dynamique de croissance ou que son activité ne s’y prête pas (par exemple : certaines activités libérales), sauf éventuellement à reprendre l’entreprise », ajoute le rapport. Il n’apparaît dès lors, pas très étonnant que ces structures affrontent de fortes difficultés à recruter. 69 % des entreprises interrogées parlent d’une pénurie de candidats.
Pour le salaire, l’on ne peut faire grand chose. En revanche, le COE propose d’agir sur les accessoires de rémunération, comme les contributions aux plans d’épargne retraite (PEE et Perco) ou les primes d’intéressement et de participation, en mutualisant les moyens.
Accompagner le chef d’entreprise
Le COE veut également agir sur l’isolement des dirigeants des TPE. « Cet isolement peut résulter du grand nombre de TPE. Cela rend difficile une information ou un contact systématique, que ce soit avec le service public de l’emploi ou avec les réseaux professionnels (chambres de commerce et des métiers, fédérations professionnelles…) », explique le COE.
Le rapport préconise aussi la création de « référents uniques » dans les chambres de commerce et de métiers chargés de les accompagner, tant dans leurs démarches administratives que dans les recrutements des premiers salariés, via une convention cadre entre Pôle emploi et les chambres de commerce, et dans la recherche de repreneurs potentiels. Le rapport conseille également, dans la même lignée, de favoriser l’accès au crédit des TPE en encourageant l’intermédiation de l’expert-comptable dans les démarches avec les banques et les investisseurs, ainsi que de développer les systèmes de « chèque-conseil » aujourd’hui principalement réservés aux demandeurs d’emploi.
Agir sur les effets de seuil
« L’existence de réglementation simplifiées ou fiscalement plus avantageuse pour les entreprises de moins de 10 salariés peut être à l’origine d’effets de seuil qui découragent les entreprises de croître en effectif, de peur de perdre certains bénéfices spécifiques aux petites entreprises. C’est par exemple le cas du passage de 0,55 % à 1,05 % du taux de cotisation pour la formation professionnelle continue au-delà du seuil des 10 salariés », pointe le COE. Il encourage à maintenir le mécanisme d’atténuation des effets de franchissements des seuils, instaurée par la loi de modernisation de l’économie en 2008, en attendant la définition d’un nouveau dispositif qui pourrait « par exemple, déclencher progressivement et de manière différenciée les différentes obligations ».
Lucile Chevalier
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