

Focus La moitié des salariés du secteur privé n’aspire pas à devenir cadre, selon une étude de 2009 de l’Apec. Le Céreq a voulu savoir pourquoi.
Le statut cadre est loin d’être envié par tous. D’après un enquête réalisée en 2009 par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), environ la moitié des salariés non cadres du secteur privé ne souhaite pas passer cadre. Chez les professions intermédiaires, 28 % des techniciens, 41 % des agents de maîtrise et contremaître et 33 % des autres professions intermédiaires n’y aspirent pas. Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications a voulu savoir ce qui les rebute. Premier enseignement : ce refus « se fonde souvent sur les représentations que les professions intermédiaires se font du rôle et de l’activité des cadres, plus que sur une connaissance réelle du contenu de leur travail » relève le Céreq dans son étude « Devenir cadre, une perspective pas toujours attrayante ». La majorité des personnes interrogées déclarent en effet avoir peu de visibilité sur ce que font les cadres.
Une perte en qualité de vie
Mais ils savent une chose, du moins le présagent-ils, devenir cadre c’est perdre en qualité de vie. « J’ai l’impression qu’ils travaillent plus, beaucoup, font des heures à rallonge » confie l’un des sondés. Un autre ajoute : « si un jour je passe chef de rayon, j’ai peur que cela impacte sur la vie de famille, les heures que je passerai au travail, je ne les passerai pas avec ma famille. » Ils n’ont pas vraiment tord. Les enquêtes Emploi de l’Insee montrent en effet que ce sont les cadres qui ont la durée annuelle du travail la plus longue : 1 870 heures en moyenne contre 1 640 heures pour les professions intermédiaires et 1610 pour les employés et ouvriers. Néanmoins, cela tend à devenir de moins en moins vrai, le cadre se met aussi à compter ses heures, et est de moins en moins prêt à sacrifier sa vie privée pour son entreprise. « Une étude réalisée en 2011 auprès des cadres montre que ces derniers essaient de préserver l’espace et le temps de leur vie privée, et veillent à maintenir une frontière entre leur travail et leur vie personnelle » souligne le Céreq.
Sans compter, que pour beaucoup, en plus des horaires de travail à rallonge, le cadre est stressé et peine à vraiment décrocher. « Je ne veux pas être cadre. Je suis perfectionniste … mon boulot, je l’ai bien cerné mais je ne veux plus de responsabilités supplémentaires. Je veux pouvoir profiter de mes congés et fermer la porte », témoigne une des personnes interrogées par le Céreq. Entre salaire et qualité de vie, certains ont choisi et préfèrent donc cette dernière.
Refus de s’éloigner du cœur du métier
Mais, il n’y a pas que cela, pour nombre de professions intermédiaires, passer cadre signifie quitter son cœur de métier. Et cela ils n’en veulent pas. « Faire que du management … l’aspect technique me manquerait » déclare un des sondés. D’autres pensent simplement ne pas avoir les épaules, une question de personnalité : « je ne suis pas sûre d’avoir les compétences pour cela. Je ne suis pas forcément à m’exposer, à parler ». « Je n’ai pas beaucoup de relationnel » avance un autre.
Bref, être cadre ne représente pas pour tous les salariés une position enviable. Mais qu’est-ce qui se passe après, quelle voie s’offre à eux ? Là est toute la question posée par cette étude et sur laquelle doive se pencher les entreprises : quelle évolution professionnelle proposer à ceux, parmi les professions intermédiaires, qui ne deviendront pas cadre, pour éviter qu’ils ne se désinvestissent ou partent voir ailleurs ?
Lucile Chevalier
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