

Focus Dix entreprises françaises et dix universités franciliennes ont décidé de s’associer pour faciliter le recrutement des étudiants en sciences humaines et littérature. Elles lancent l’opération Phénix dans le but de dresser un pont entre ces deux mondes.
Laura Moïse, 24 ans, est étudiante du Master 2 « Culture politique et sociétés des pays d’europe centrale et orientale » de l’université Paris 10. Elle a aussi décroché une licence en langues étrangères appliquées, parle couramment anglais et allemand et est diplômé de l’université d’Halle-Wittemberg en Allemagne. Ce 6 avril, elle est venue visiter, à Paris, à la cité internationale universitaire le salon Phénix. Environ 1 000 étudiants ont aussi fait le déplacement pour rencontrer des recruteurs d’entreprise comme PricewaterhouseCoopers, la Société générale, Danone, ou la Marine nationale. « Je suis venu me renseigner, précise la jeune femme. Je souhaite établir un lien entre ce que l’on fait dans notre bulle universitaire et ce qui se passe dans l’entreprise. J’ai déjà fait des stages dans une mairie, dans une radio et à l’OFUP. Mais ne mettais jamais intéressé à ce type de grosses entreprises car j’avais le sentiment de ne pas avoir le bon profil étant issue de l’université et n’ayant jamais manié de chiffres. ».
Laurent Acharian, responsable du service de presse de PwC et l’un des coordinateurs de l’opération Phénix, a aussi constaté cette « méfiance » entre universitaires et entreprises. « Aujourd’hui, on veut changer les choses, précise-t-il. Et cela change. Nous avons lancé ce programme en 2007. On constate une évolution depuis. Les étudiants nous contactent car ils sont intéressés par nos métiers ».
Pas vu l’ombre d’un chiffre
L’opération Phénix en est à sa cinquième édition. Pour 2011, les dix entreprises partenaires veulent recruter environ 35 candidats. Ce qui est peu face à des volants de recrutements 2011 prévus par PwC (500) ou par la Société générale (2 000). Qu’a cela ne tienne, l’idée est d’entamer une révolution du recrutement. Beaucoup d’entreprises savent maintenant que le recrutement à la française, essentiellement basée sur l’embauche de diplômés de grandes écoles, est une particularité hexagonale. Les sociétés avec filiale en Grande-Bretagne sont aujourd’hui au courant que leurs homologues de la prude Albion recrutent, sans barguigner des universitaires philosophes, des spécialistes de l’empire romain ou des connaisseurs d’histoire de l’art. Et leur entreprise fonctionne plutôt bien. PwC Grande-Bretagne est, par exemple, l’une des branches de l’entreprise la plus rentable d’Europe avec des consultants provenant de plus de 100 universités différentes avec 50 % n’ayant pas vu l’ombre d’un chiffre au cours de leurs études.
« Une révolution culturelleque l’on initie » Les entreprises, en embauchant des littéraires et spécialistes des sciences humaines, veulent donc constituer des équipes composées de jeunes gens issus d’écoles de commerce, d’ingénieurs mais aussi des spécialistes de Thucydide. « On recherche des gens ayant des compétences transférables dans nos métiers, ajoute Sophie Gore, conseillère en recrutement gérant le projet phénix pour la banque Société générale. Il s’agit, par exemple, de capacité dans l’écriture, d’analyse, de synthèse. La possibilité de structurer un discours, une rigueur du raisonnement pour les postes d’analyses, l’esprit critique ».
Au cours du prochain mois, les candidats à l’embauche, de niveau M2, étudiant dans l’une des dix universités partenaires, devront s’inscrire sur le site de l’opérationphenix ( www.operationphenix.fr), déposer leur candidature du 7 avril au 9 mai 2011. S’ils sont choisis, ils suivront, en CDI, avec un salaire de 25 000 à 30 000 euros brut par an, un cursus diplômant de niveau M2 en métiers de l’entreprise à partir d’octobre 2011. Ils seront alors salariés de ces sociétés et prêts à embrasser une carrière de haut niveau.
« Nous espérons que cette opération va se développer partout et pour tous, conclut Laurent Acharian de PwC. C’est un projet sur la longueur : c’est une révolution culturelle que l’on initie ».
Gwenole Guiomard
Ces articles devraient également vous intéresser :
Les solutions pour financer sa formation continue à moindre coût, via des subventions mais aussi en choisissant l’Université. Enfin, nous revenons sur la question du retour sur investissement de la formation. Un moyen qui permet de maximaliser ses études.