

Focus Ces nouveaux contrats entraînent de nouveaux modes de travail. Exit la hiérarchie rigide des entreprises à la papa. A la Cantine, premier espace de cotravail, il n’y aurait ni dieu, ni maître, ni même de petit chef. Chacun arrive avec sa compétence sous le bras, offre sa valeur pour un projet, et repart vers d’autres horizons. Reportage sur un travail à la sauce auberge espagnole.
Lui, devant son PC, une tasse de café à la main. Elle, le visage caché derrière l’écran de son Mac, et ses doigts happant un bonbon à la menthe. Au fond de La Cantine - premier espace de cotravail en France -, après le bar et derrière les deux rangées de tables prises d’assaut par une tribu de bûcheurs et leurs ordinateurs portables, Karine et Alexandre s’isolent pour un brainstorming. A eux deux, ils forment une mini-entreprise, le « Wall muse », une start-up avec un projet culturel. Il y a quelques mois, ils ne se connaissaient pas. « Nathanaël (salarié à La Cantine) m’a fait rencontrer une personne qui partageait certains de mes centres d’intérêt. Cela n’a pas débouché professionnellement. Mais cette personne m’a parlé d’Alexandre », décortique Karine, consultante en production et réalisation chez Cross media communications et habituée du lieu. La toile se tisse.
La Cantine a une ambition : « faire se croiser des mondes qui travaillent dans des lieux éclatés afin de mutualiser les moyens et les compétences entre développeurs, entrepreneurs, usagers, artistes, chercheurs et étudiants », précise son site internet. Chacun vient avec son talent, son savoir-faire sous le bras et offre ses services à un projet éphémère. Puis repart vers d’autres tables, d’autres entreprises en germe et d’autres collaborateurs. La Cantine, c’est un peu une auberge espagnole mais transposée dans le monde du travail. L’on n’y trouve que ce que l’on a apporté. Le cotravail s’appuie sur une nouvelle manière de travailler, sans Dieu, ni maître, ni petit chef, mais dans l’échange de bons procédés.
« Le cotravail, c’est à la fois très moderne et très ancien », déclare Nathanaël, salarié à La Cantine. Moderne, car l’organisation du lieu se calle sur le fonctionnement des réseaux sociaux du Web 2.0. M. Dupont ou Madame Michu n’a qu’à se brancher sur le wiki de La Cantine et s’affichent la liste des adhérents, leurs compétences, mais aussi les projets en cours et ceux à venir. Pour trouver chaussure à son pied, il suffit de cliquer pour envoyer un mail à la personne choisie.
« Mais, le cotravail s’appuie aussi sur des concepts anciens, et des références historiques comme les cafés de Saint-Germain-des-Près, où se réunissaient les artistes, écrivains et intellectuels » dans un mélange créatif entre travail et convivialité, avise Nathanaël. Le lieu rappelle aussi les utopies nommées phalanstères de Charles Fourrier prenant la forme d’un hôtel coopératif réunissant un ensemble d’individus désireux de mutualiser leurs forces de travail.
Mais tout l’art est de maintenir l’équilibre entre convivialité et travail, entre espace bar avec ses poufs rouges et espace de travail avec ses tables de réunion. « Ici on est tiré vers le haut, il y a des conférences ou événements qui stimulent. Ce n’est pas comme travailler dans un café avec un voisin ivre qui lui vous tire vers le bas », s’esclaffe Alexandre. Car telle est la raison d’être de La Cantine : booster ses troupes pour les maintenir dans un état permanent de bourdonnement professionnel. Le 14 septembre prochain, par exemple, elle organise la troisième édition de « Start in Paris », événement permettant à 5 startups de présenter leurs services en 5 minutes à la communauté tech parisienne. Aucun risque qu’un spectateur titubant perturbe la session. A La Cantine, l’alcool est proscrit, on mise sur le café.
Lucile Chevalier
La Cantine
151, rue Montmartre, Passage des Panoramas
12, Galerie Montmartre, 75002 Paris.
Espace ouvert du lundi au vendredi de 09h à 18h
Coût à la journée : 10 euros. Demi-journée : 7 euros. Carnet de 10 tickets : 90 euros.
Le wiki : http://lacantine.pbworks.com/
D’autres espaces de cotravail devraient ouvrir prochainement à Lille, Rennes et à Toulouse.
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