

Focus Le 3 mars 2013 fera-t-il date dans l’histoire ? Dimanche prochain, en effet, les Suisses sont invités à se prononcer par référendum sur un texte visant à encadrer les rémunérations des grands patrons. En 2011, la rémunération moyenne de ces patrons d’entreprises suisses cotées en Bourse dépassait les 4 millions d’euros par an.
Le PDG de la société pharmaceutique Novartis, Daniel Vasella, a, sans le vouloir, fait un beau cadeau au sénateur suisse Thomas Minder. En effet, en prenant sa retraite, il a voulu partir avec quelque 58 millions d’euros… A l’heure même où l’homme politique helvétique demandait une régulation des salaires des grands patrons.
Il faut dire que la « pilule » de cette clause de non-concurrence à 58 millions d’euros était difficile à avaler suite au douloureux bilan de la société. En octobre 2011, le groupe pharmaceutique annonçait la suppression de 2 000 postes dans les 3 à 5 ans dont 1 100 en Suisse. Et cela alors même que la multinationale bâloise avait engendré un bénéfice net de 2,49 milliards de dollars. Autre pied de nez : le 17 janvier 2012, Novartis annonçait que les 320 emplois du site de Prangins (en Suisse) seraient maintenus en échange d’un accord. Les employés ont dû s’engager à travailler plus et à renoncer partiellement à leurs augmentations salariales.
La grogne des Suisses
« Je comprend que tout le monde soit révolté et je le suis moi-même. De telles indemnités et salaires constituent une véritable provocation », a déclaré à la mi-février, Rudolf Wehrli, président d’Economie Suisse, le Medef local. Face à la grogne populaire, le jeune retraité a dû renoncer à ses 58 millions d’euros. Pour Thomas Minder parti en croisade contre les rémunérations excessives des patrons, l’affaire tombe un pic.
Son combat, il le mène depuis plus de dix ans. En 2002, l’homme n’était pas encore homme politique, mais patron lui-même, de l’entreprise Trybol employant une vingtaine de personnes qu’il avait hérité de son père, et qu’il a faillit perdre. Cette année-là, Mario Conti président de Swissair alors en grandes difficultés, annonce que les 4000 avions de la compagnie seront cloués au sol. Pas de bol, pour les fournisseurs de la compagnie comme Trybol qui à l’époque voit les impayés s’accumuler. En 2002, ils atteignent la somme de 500 000 francs suisses. Un choc qui fait ensuite place à la colère. Thomas Minder apprend que Mario Conti dépêché quelques mois plus tôt pour tenter de sauver la compagnie Swissair avait avant même de prendre ses fonctions touchés une indemnité de bienvenue de 12,5 millions de francs suisses. Le combat est parti de là, de cette colère qui n’a cessé de grandir.
Avec la succession d’affaires de ce type, cette même colère a commencé à être partagé par ces compatriotes. En 2008, UBS qui a joué avec les subprimes s’effondre à la Bourse. La dépréciation d’actifs atteint les 46,9 milliards de dollars. Marcel Ospel, président du conseil d’administration et deux de ses membres sont débarqués avec une coquette indemnités de 33 millions de francs suisses. Face au scandale provoqué, ils ont dû y renoncer. Quelques années plus tôt, il y a eu l’affaire Percy Barnevik. L’ancien patron du groupe helvético-suédois ABB avait touché 98 millions d’euros d’indemnités alors que le groupe afficher les plus lourdes pertes de son histoire : 691 millions de dollars au titre de l’exercice 2001. Il y a eu aussi les indemnités perçus par Peter Forstmoser et Walter Kielholz de Swiss Re, celle de Brady Dougan de chez Credit Suisse, etc.
Le 26 février 2008, Thomas Minder, après avoir récolté 118 583 signatures, a déposé à la chancellerie son projet de référendum. Son texte, soumis à référendum le 3 mars prochain, donne aux actionnaires le pouvoir de voter, chaque année, la somme globale des rémunérations du conseil d’administration et de la direction et interdit en outre les parachutes dorés et les bonus de bienvenue.
Selon le dernier sondage de SSR-GFS, plus de 6 Suisses sur 10 compte voter favorablement ce texte.
Lucile Chevalier
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