

Focus Plus que la création de nouveaux emplois, le développement des énergies renouvelables va faire évoluer les emplois existants.
Croissance verte, développement durable, métiers verts : ces termes ont « commencé à être fréquemment cité dans la presse depuis les premières discussions sur le Grenelle de l’Environnement, à l’automne 2007 » souligne Gilles Koleda, directeur des études au Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises (Coe-Rexecode). En octobre 2008 avec le vote du premier volet du Grenelle, et un an plus tard lors du Sommet de Copenhague, ils se sont multipliés dans les pages des journaux et sortaient de toutes les bouches, sans bien savoir de quoi il s’agissait précisément. Pour sortir de ce flou terminologique, le Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique a organisé des tables rondes autour desquelles des professionnels du secteur ont débattu sur la même problématique : « croissance verte, emplois verts : quelles réalités pour demain ? »
Première réalité donc : le secteur des énergies renouvelables est porteur d’emplois. D’après une étude réalisée pour le compte de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Adem) en octobre 2009, de 72 000 emplois dans le secteur, ce chiffre pourrait passer à 300 000 en 2020. Et dans la réalité du terrain, cette projection est loin d’apparaître farfelue. « En Allemagne, les énergies renouvelables représentent d’ores et déjà 300 500 emplois si l’on en croît les autorités d’outre-Rhin, a ainsi souligné Yves-Bruno Civel, directeur général de l’Observ’Er, observatoire européen des énergies renouvelables. Et l’Allemagne a dix ans d’avance sur nous et nous montre ce que pourrait être le potentiel en France. » Jean-Luc Daniel, responsable des marchés émergents à Oseo, établissement public chargé de soutenir l’innovation et la croissances des PME, a, quant à lui, parlé de « marchés porteurs » et a continué en soulignant que pour eux ces énergies renouvelables « sont devenues pour nous des secteurs d’activités stratégiques. »
Et comment mieux se préparer à cet avenir plein de promesses ? Quel est le sésame vert ? Dans le domaine du vert et des énergies renouvelable, une mode est passée par là, multipliant les formations. L’Observ’ER a ainsi recensé cette année 272 offres de formations dans les énergies renouvelables. « Il y a 5 ans, lister les formations du secteur couvrait 12 pages, a relaté Yves Bruno Civel. Cette année nous y avons consacré un hors-série de 100 pages ! » Mais plutôt que de former à des professions entièrement neuves, ces formations apportent surtout une compétence en plus ou une approche différente à des métiers déjà existants. « Les adolescents incités à se tourner vers les métiers verts imaginent plutôt surveiller des parcs naturels que travailler dans la soudure ! Mais les besoins de formation portent surtout sur des fonctions techniques, et qui existent déjà », précise Pierre-Yves Cusset, secrétaire général du Conseil d’Orientation pour l’Emploi, pour tordre le cou aux préjugés. Pas de métiers verts, mais plutôt des métiers et des diplômes qui se « verdissent » a poursuivi Brigitte Trocmé, membre de la direction générale de l’Enseignement scolaire au Ministère de l’Education nationale. Et se verdir, ça veut dire tout d’abord « avoir une approche plus globale des problèmes », soit « réfléchir en amont sur la conception des installations, mais aussi sur leur exploitation, et enfin sur leur déconstruction », estime Florence Darmon, directrice de l’école spéciale des travaux publics (ESTP). Ensuite, cela signifie savoir innover. « Il faut que nos futurs ingénieurs sachent réagir à des événements imprévisibles et sans précédent, comme l’accident survenu en avril dernier dans le Golfe du Mexique sur une plate-forme BP. » Enfin, cela a aussi pour nécessité d’avoir « une vue d’ensemble ». C’est-à-dire « savoir établir des liens entre les différentes parties prenantes du monde de l’énergie », insiste Gauthier Louette, dirigeant de Spie, leader européen des services électrique, mécanique et climatique. Un savoir technique, jouer collectif, anticiper et innover, telle est la martingale pour mieux réussir demain. En espérant que la chasse aux niches fiscales « vertes » annoncées par François Baroin, le ministre du Budget, la semaine dernière, et à confirmer en septembre, ne freine pas la croissance verte.
Lucile Chevalier
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