

Focus Depuis l’instauration de chartes handicap dans l’enseignement supérieur, les étudiants handicapés peuvent suivre le même enseignement que n’importe qui. Voilà pour la théorie. Reste la pratique. Et là, c’est plus difficile. Pour trouver un cursus handi-accueillant, c’est parfois la croix et la bannière. Nos conseils pour faire les bons choix et repérer l’établissement idéal.
Dans l’enseignement supérieur, on compte 11 000 personnes handicapées sur un total de plus de deux millions d’étudiants. C’est le nombre estimé par le ministère de l’Enseignement supérieur. L’Agefiph l’estime à 4 000… Pour le détail, les étudiants déclarés handicapés sont 10 500 dans les universités et 500 dans les grandes écoles. C’est une réalité : plus l’enseignement est sélectif, plus il est difficile aux personnes handicapées d’y entrer.
Depuis la loi du 11 février 2005 relative aux personnes handicapées, l’enseignement supérieur a décidé de prendre le problème à bras le corps. Premières à réagir : les universités. La Charte de la Conférence des présidents d’université (CPU), signée en 2007, a imposé la mise aux normes des locaux d’ici à la fin 2010 et la création d’une structure d’accueil spécifique dotée d’un référent handicap par établissement. « Le nombre d’étudiants handicapés a doublé depuis dix ans, annonce, ravie, Anne Fraisse, présidente de l’université Montpellier 3 et vice-présidente de la CPU chargée de la formation et de la vie étudiante. De 5 200 en 1998, ils sont 10 500 en 2010. Toutes les universités sont en mesure de les accueillir et le font, même s’il y a des niveaux d’avancées différents. » Depuis 2008, la Conférence des grandes écoles a, elle aussi, sa charte handicap.
« Il y a désormais des initiatives de toutes parts », s’enthousiasme Thierry Silvestre, directeur général du groupe Idecom. En 2007, constatant le problème d’accueil des étudiants handicapés dans les établissements d’enseignement supérieur, il s’était rapproché de l’association Hanploi pour créer les trophées Handi-Friends. « Ces trophées sont l’occasion de mettre en lumière des actions concrètes et de faire des émules. »
Accès à la formation
C’est l’un des tout premiers critères à prendre en compte : un établissement handi-accueillant doit faire en sorte que l’accessibilité à la formation pour tous ne reste pas un vain principe. C’est bien le minimum. L’université ou la grande école doivent faire passer le message que l’enseignement supérieur est, lui aussi, accessible aux personnes handicapées. Cela commence au lycée voire au collège par des actions pour les inciter à venir chez lui, cela se poursuit par une réforme en profondeur des concours et examens d’entrée.
Pionnière, l’Essec s’est ainsi mobilisée, via son programme Phares, pour que ses étudiants accompagnent les élèves de 3e et les lycéens au travers de tutorats, sorties culturelles, stages découvertes, etc. « Les écoles se sont penchées sur l’accessibilité de leurs concours, qui étaient centrés sur les mathématiques, afin de les rendre accessibles à tous, signale en outre Jean-Paul Bagna, directeur de Hanploi, association qui aide les entreprises à recruter des personnes handicapées. Elles incitent les postulants aux concours à déclarer leur handicap, afin de leur permettre de les passer dans de meilleures conditions, avec par exemple un aménagement de temps, un traducteur en langage des signes. »
Accès aux bâtiments
Pour être véritablement handi-accueillant, l’établissement doit aussi être aux normes concernant son accès aux différents bâtiments, avec créations de rampes d’accès et de portes automatiques. C’est le cas de la plupart des cursus. Mais mieux vaut préférer les établissements disposant de locaux récents car les bâtiments anciens et vétustes restent toujours difficiles d’accès.
L’université Claude-Bernard de Lyon 1 (le projet « Autonomie toujours plus » a reçu le trophée handi-équipement en 2009) a été plus loin encore dans sa politique d’accueil, avec un parcours multisensoriel desservant l’ensemble du campus, incluant bandes d’orientation au sol, maquettes tactiles et marquage en braille et en gros caractères ainsi que balises audio pour identifier les points stratégiques.
Accompagnement des étudiants handicapés durant les études
Être handi-accueillant signifie également disposer d’une cellule handicap qui permet d’accompagner les étudiants handicapés durant leurs études en prenant en compte leurs besoins spécifiques. Cette cellule prévoit la possibilité d’un temps supplémentaire, d’un secrétaire pour les examens, les prises de notes, d’un aménagement des études, de logiciels spécifiques, de salles de repos et de soins, de formations des professeurs ou tout du moins de sensibilisation au problème. Tous les établissements se sont penchés sur le sujet, mais avec des prises de conscience différentes. Certains ont une cellule minimaliste, avec une direction encore peu impliquée.
L’Insa Lyon est bien avancé en la matière. Sa cellule d’accueil handicap est pourvue d’une psychologue, d’une secrétaire dédiée aux démarches administratives, d’un médecin, d’une assistante sociale et d’une infirmière dédiée. Un correspondant de cette cellule est présent dans chacun des départements de l’école. L’accompagnement passe également par la coordination avec la maison départementale des personnes handicapées pour leur permettre de bénéficier d’aides.
Des actions de sensibilisation des étudiants
Il est, de plus, essentiel que les étudiants de l’établissement soient sensibilisés au sujet du handicap. À cet égard, l’ESC Grenoble permet à ses étudiants de première et de deuxième années de suivre un cours d’initiation à la langue des signes française, dispensé par un intervenant sourd (initiative récompensée par le trophée handi-sensibilisation en 2009). Pour vérifier si un établissement mène ce type d’actions, vous pouvez trouver des listes auprès d’associations telles que Starting Blocks ou Companieros. Ce dernier est un organisme de formation sur les nouveaux défis sociaux de l’entreprise. Il propose des formations labellisantes sur les campus (formations Handimanagement). « Il faut former les futurs cadres le plus en amont possible, toucher les étudiants valides pour lever un des freins de l’entreprise à ce sujet du handicap », explique Anne Penicaut, directrice du programme Handimanagement de Companieros. En 2010, plus de 3 000 étudiants avaient obtenu le label Handi-Manager, qui constitue par ailleurs un vrai plus sur leur CV.
Des innovations techniques menées par les étudiants
Un établissement concerné par le sujet met ses étudiants au cœur du dispositif en les impliquant dans des projets technologiques permettant de réelles avancées.
C’est le cas pour le projet Follow Me de l’École centrale électronique. Des étudiants de l’école ont travaillé sur un logiciel leur permettant de guider une personne de l’entrée de la gare jusqu’au quai de son train sans aucune connaissance visuelle de son environnement. Cela devrait permettre de développer des applications dans d’autres lieux. Autre exemple, celui de l’école des mines d’Alès. Les étudiants collaborent avec des chercheurs de l’école au sein de la plate-forme Mecatronique, un minilaboratoire de recherche qui travaille sur les questions du handicap pour les industriels. « Ils participent aux contrats de recherche ou au développement de produits et ont permis d’élaborer des fauteuils roulants tout terrain, un karting, un monoski pour personnes non valides ou encore des lunettes projetant les informations nécessaires à un malvoyant pour se mouvoir (projet Aurevi réalisé avec une dizaine de grands groupes industriels) », détaille Michel Ferlut, directeur du développement économique de l’école.
Réflexions sur l’insertion professionnelle
C’est le domaine dans lequel les établissements sont encore le moins avancés. Mais pour être véritablement handi-accueillant, un établissement doit lancer des partenariats avec le monde de l’entreprise afin de proposer des offres de stages et d’emploi accessibles aux étudiants handicapés et mettre à disposition du matériel. C’est désormais le cheval de bataille de l’ESME-Sudria.
Comme l’explique un référent handicap d’une grande école : « Les entreprises ne peuvent qu’être très ouvertes à nos initiatives, avec les contraintes législatives, le Bac + 5 handicapé est une espèce très rare ! » Nous attendons des actions plus concrètes sur le terrain.
Pourquoi si peu d’étudiants handicapés en France ?
Serge Ebersold, sociologue et responsable du département recherche de l’INSHEA.
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