

Focus Le haut débit peut créer « un million d’emplois » chiffre Neelies Kroes en charge de la stratégie numérique en Europe. Et nul besoin d’être ingénieur dans les Télécoms pour bénéficier de cet avenir radieux.
« Vous prenez Google, que Neelie Kroes cite par ailleurs en exemple, le nombre de salariés propre à l’entreprise est ridicule. Mais, par contre, il a généré tout un écosystème qui a créé de l’emploi », analyse Jean-Claude Bernaudin, délégué général de Pasc@line. L’association a pour objectif de favoriser le dialogue entre formations et métiers du secteur des technologies de l’information et de la communication. Car c’est bien une « révolution » comme l’a souligné Neelies Kroes, dans un entretien publié la semaine dernière dans un quotidien autrichien, qu’engendre le haut débit. Plus vite mais aussi plus résistant, il permet aux Internautes d’échanger du multimédia haute-définition. Les applications de l’ I-Phone, les jeux ou encore la télévision sur écran de téléphone portable sont les enfants du haut débit. « J’ai travaillé à Nortel, il y a une dizaine d’années, se remémore Vincent Bourdin, directeur du Pôle Nouvelles Technologies au sein du cabinet de recrutement Plus Cadres Plus Nouvelles Technologies. Et je me rappelle qu’à l’époque un téléphone n’avait qu’une utilité : appeler ou être appelé. Les autres usages ne pouvaient techniquement exister. Télécharger le simple jeu Pac-man prenait une heure. » Le Web 2.0, soit le Web des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, ont également vu le jour grâce au haut-débit. De nouvelles innovations permises par le haut débit et du coup de nouveaux métiers. Il faut bien des professionnels en charge d’assurer la bonne course du haut-débit et l’aider à se développer. Mais contrairement à ce que l’on peut croire, les vestales du haut-débit ne seront pas nécessairement des techniciens mono-maniaques en tête à tête perpétuel avec leurs ordinateurs.
Pas seulement des ingénieurs
Il faut déjà et il faudra dans l’avenir « des professionnels en charge d’organiser le système. D’autres qui prennent en charge la diffusion ou la commercialisation des nouveaux contenus mais aussi des individus en charge de la technique », poursuit Jean-Claude Bernaudin.
Côté technique : les ingénieurs informaticiens tiennent évidemment le haut du pavé. En France, il y a aujourd’hui 500 000 informaticiens, c’est moitié moins qu’en Allemagne, et en Grande-Bretagne ils sont au nombre de 1,2 million. Autre signe de ce déficit structurel : un chômage très bas pour cette branche et surtout 26 000 postes qui ne sont pas pourvus faute de compétences. Le haut-débit, pour ne pas être arrêté dans sa course, doit pouvoir rouler sur des plateformes de réseau fiables. Il existe aussi tous les métiers de maintenance. Des données de plus en plus lourdes naviguent sur le net, et pour les archiver, exit le vieux garage. De nouveaux métiers et entreprises se sont en effet spécialisés sur le créneau de stockage des données. Sans compter les Bill Gate de demain, les Larry Page du très haut débit, qui créeront de nouvelles innovations. Peut-être même dans le domaine de la santé, un secteur de plus en plus transformé par la vague numérique. Le haut-débit permet en effet le transport des imageries médicales. Des soins à domicile sans passer par le médecin de campagne n’est pas une idée farfelue. Et l’on peut imaginer une machine qui permettrait de faire des analyses de chez soi.
Comme le souligne Jean-Claude Bernaudin, « en additionnant les informaticiens et les salariés du secteur Telecom, on arrivera difficilement à un million. » La grande force de Google a, en effet, été de savoir commercialiser sa marque. Et c’est dans ce domaine de la diffusion ou de la commercialisation que de nouveaux métiers sont à prendre. Le web-marketing est déjà un secteur en pleine essor.
Des efforts restent à faire sur la formation
Mais pour l’instant, le million d’emplois annoncé par Neelie Kroes n’est qu’un mirage. Et pourra même ne rester qu’un doux rêve, si aucun effort n’est fait pour la formation. « En France, il y a les écoles d’ingénieurs et les autres. Dans les universités ou même dans les lycées avec les BTS, la formation n’est pas assez pratique, et ce monde est plutôt coupé de celui de l’entreprise. Et pourtant le vivier des futurs salariés, il est là dans les universités » déplore Vincent Bourdin. Jean-Claude Bernaudin adopte le même diagnostique d’une formation inadéquate et prône la création de plus de passerelles entre les différentes disciplines, mais aussi plus de travaux collectif. L’ère du Web 2.0 bouleverse en effet les hiérarchies de travail, moins verticales et plus horizontales. Il faut penser en équipe, en œuvre collective. La formation continue a elle aussi des progrès à faire. Dans une société où les innovations se font de plus en plus rapides, il faut avoir les moyens de pouvoir suivre le train en marche.
Lucile Chevalier
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