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Les faiblesses du tutorat à l’université

Dernière modification le 02/11/2011, publié par emploi-pro.fr.

© gwenole guiomard

Focus  Ses objectif : répondre à l’hétérogénéité des publics étudiants et réduire le taux d’échec en 1ère année. Pourtant, il est loin de les atteindre. Une étude du Céreq pointe les faiblesses du tutorat à l’université.

 

Comment ne pas pénaliser les étudiants de bon niveau à l’université, sans abandonner les plus fragiles ? C’est une des difficultés des universités. Contrairement aux classes préparatoires ou aux écoles, à l’entrée, en première année, elles ouvrent leurs portes à tous. Et puis, il y a aussi l’encadrement qui est moins important à l’université que dans les prépas ou les écoles. Certains étudiants, habitués aux années de lycée, ont du mal à s’y faire. Résultat : en première année, le taux d’échec est important.

« Tout problème a une solution » se sont alors dits de concerts universités et ministère en charge de l’Enseignement supérieur. Et si pour réduire les inégalités entre les étudiants, on instaurait une dose d’encadrement par le biais du tutorat. Dès le début des années 1990, certaines universités ont tenté l’expérience. Depuis, elle a été reprise au niveau national. Une circulaire d’octobre 1996 a institutionnalisé et généralisé le tutorat et l’a doté d’un crédit de 100 millions de francs (15 millions d’euros). Un arrêté d’avril 1998 a encadré l’organisation et la validation du tutorat en premier cycle. Ensuite, ce système n’a eu de cesse d’être consolidé. Dans le même temps, le taux d’échec, et les maux d’hier continuaient leur route, sans que le tutorat semble avoir une prise dessus.

 

Une faible fréquentation

Comment expliquer cet échec ? L’idée du tutorat est certes bonne, mais son organisation est à revoir, conclut une étude du Céreq sur le sujet. Ce travail appelé « Le tutorat à l’université » pointe les faiblesses du dispositif. L’étude se base sur une enquête menée en ligne auprès d’étudiants de première année dans deux universités, à Joseph-Fourier-Grenoble 1 et à Victor Segalen-Bordeaux 2. La moitié des répondants a suivi le tutorat, un tiers a refusé l’offre et 15 % ont abandonné. Ces chiffres sont déjà en soit alarmants et confirment ce que beaucoup savaient déjà. « Il est de notoriété publique que le tutorat pédagogique rencontre depuis toujours un obstacle majeur : la faible fréquentation des étudiants, notamment les plus en difficulté », avance Isabelle Borras, auteur de l’étude.

 

Un tiers des étudiants refuse le tutorat

Pourquoi, les étudiants, refusent-ils cette aide ? Parce qu’elle est proposée trop tôt, avance le Céreq, avant même qu’émerge un réel besoin. Le tutorat est bien souvent suggéré en septembre ou en octobre, soit dès les premiers jours du cursus. D’ailleurs, parmi ceux qui ont décliné l’offre, 61 % se la sont vue proposer en septembre.

Ensuite, il y a la façon d’en parler. « L’offre est généralement faite de manière impersonnelle et collective : lors d’un cours et/ou par le biais d’un affichage public. Elle est bien plus rarement présentée de manière individuelle à l’occasion d’un entretien » relève la note du Céreq. C’est sûr, cette présentation n’aide pas à montrer les bienfaits de l’accompagnement. Au contraire, les préjugés ont liberté de s’installer. 40 % des étudiants interrogés jugent le tutorat dévalorisant, voire stigmatisant.

Et puis surtout, il y a un manque d’information sur le sujet. Parmi les répondant qui ont accepté de suivre le tutorat, un quart n’a pas eu d’explication des finalités et un cinquième ne connaît pas le nombre de séances proposées. Bref, on en parle peu ou mal. Du coup, les étudiants ne sont pas nombreux à se ruer au portillon.

 

15 % des étudiants abandonnent

Ensuite, il y a un problème de fond et ce chiffre : 15 % des étudiants de l’enquête ont abandonné après quelques séances. Une fois en lien avec un tuteur, ils ne sont pas convaincus de l’intérêt du dispositif. Quelques-uns ont déclaré avoir laissé tomber, car ils se sont rendus compte qu’ils pouvaient très bien progresser sans.

Les autres principales raisons avancées sont le « contenu qui a déplu », le caractère « peu motivant » de l’accompagnement, le fait qu’il ne soit « pas assez individualisé » et enfin une raison plus personnelle, « le tuteur ne plaisait pas ». Bref, la qualité est mise en cause.

 

Mauvaise cible

Enfin, il reste un problème dans la mise en place même de cette aide. Elle ne cible pas nécessairement le bon public, celui en plus grande difficulté. Parmi ceux qui ont suivi le tutorat, un quart s’est engagé sans estimer en avoir besoin. « Soit ils n’ont pas eu le choix, le dispositif étant obligatoire, soit ils sont studieux et réceptifs à toute proposition de l’université » avance comme explication le Céreq. Du coup, seulement, un cinquième des étudiants ayant bénéficié de cette aide estime que le tutorat leur a permis de « réussir le semestre ». Même constat du côté des tuteurs. « Pour eux, le tutorat touche des étudiants moyens, ‘repêche’ seulement quelques étudiants perdus et motivés », pointe Isabelle Borras. Pour cette dernière, il faut remonter à la source pour comprendre l’erreur de cible. « Les textes organisant le tutorat sur le plan national créent un certain flou quant au ciblage des étudiants à faire entrer dans le dispositif », explique-t-elle. « Le tutorat doit bénéficier à tous les étudiants de 1 ère année qui le souhaitent » décrit les circulaires ministérielles. Un peu court.

Lucile Chevalier

 

 

 




		


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