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Les raisons d'opter pour un Mastère spécialisé

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L’Essec propose 17 Mastères spécialisés.

L’Essec propose 17 Mastères spécialisés.

Le Mastère spécialisé perdure. Produit des grandes écoles, il a fêté l’an dernier ses 25 ans. Signe qu’il répond à un besoin des entreprises et à une demande des étudiants. Mais quel est ce besoin justement ? Pourquoi, et dans quelles mesures, une entreprise privilégierait un bac + 6 plutôt qu’un bac + 5 ?

Les grandes écoles étaient bien préoccupées. Il manquait un petit quelque chose. Un petit plus dans le monde de la formation. Les entreprises sollicitaient de leurs salariés de plus en plus de polyvalence et de mobilité, alors que certains étudiants souhaitaient élargir leur approche d’un métier. Ce manque, les grandes écoles l’ont comblé en 1985, date à laquelle la Conférence des grandes écoles (CGE) a donné naissance au Mastère spécialisé (MS). Un nom déposé, très proche du Master, pour cette sorte de bac + 6, ouvert aux diplômés de… Master ou aux actifs ayant au moins trois ans d’expérience. Sur deux semestres au moins, étalés au maximum sur deux ans, la formation a eu pour ambition d’allier enseignements théoriques, stage en entreprise et soutenance d’une thèse professionnelle. « L’idée était de mettre à disposition des diplômés les enseignants et le savoir-faire des grandes écoles, afin qu’ils acquièrent au cours d’une année supplémentaire une autre compétence, explique Pierre Tapie, président de la CGE et de l’Essec. Un sortant d’école de commerce, par exemple, pourrait, grâce à ce programme, acquérir des compétences approfondies en techniques financières. De généraliste devenir expert. Et réciproquement, un ingénieur élargirait son champ de vision par une formation en management ou en marketing. Cette double compétence les ferait sortir du lot sur le marché du travail. Voilà quelle était notre ambition. » Depuis, coup de génie marketing et besoin en formation de l’économie aidant, le succès ne s’est pas démenti.

 

Se différencier

Des stages, tout le monde en fait ; des échanges à l’étranger, c’est plutôt commun ; mais avoir une double compétence, c’est déjà plus rare. Force est de constater que l’argument a été vendeur. Il a, en effet, trouvé de nombreux preneurs. D’une dizaine au milieu des années 1980, on compte aujourd’hui quelque 420 MS. « Au total, 82 000 étudiants ont suivi ces formations depuis leur création », s’enorgueillit la CGE.

Un succès donc. Mais concrètement, quels intérêts peuvent tirer les diplômés en Mastère spécialisé de cette différence ? En 2007, pour la première fois, la CGE, a publié une enquête, la seule à ce jour, sur le profil de ces diplômés et leur insertion professionnelle. Il en résulte ainsi que pour la promotion 2005 plus de 43 % des inscrits en Mastère spécialisé avaient un diplôme d’ingénieur ; près de 12 % sortaient d’école de commerce et 20 % avaient suivi leur cursus initial à l’université. Et pour l’impact de ce type de formation sur la facilité à trouver un emploi, les chiffres laissent plutôt dubitatif. Tous Mastères spécialisés confondus, « le taux net d’emploi [NDLR : quelques mois après l’obtention du diplôme] est de 93,3 % ». Pas mal, mais attention à la suite : « Les diplômés de Master [NDLR : les bac + 5 donc] de grandes écoles, le taux d’emploi est de 95,1 %. » C’est à se demander si la différence paie. Les ingénieurs, par exemple, avec un taux de chômage en dessous des 5 % doivent-ils vraiment ajouter une corde à leur arc pour se protéger du chômage ? « Un Mastère spécialisé est un accélérateur de carrière, répond Julien Weyrich, directeur senior au sein du cabinet de recrutement Page Personnel. Le salaire ne va pas exploser si un candidat a ce tampon sur ce CV. En revanche, sur deux profils similaires, il va l’emporter. Surtout, cela va lui permettre d’accéder à des postes plus rapidement. Au lieu de mettre trois ou cinq ans pour y arriver, il pourra le décrocher immédiatement ou dans les mois qui suivent. » Le MS aide donc plus à trouver « le » job qu’« un » job.

 

Un sésame pour un secteur sélectif

Cela n’est pas négligeable, surtout lorsque les ambitions professionnelles se heurtent aux portes closes d’un secteur très sélectif, comme le luxe. LVMH affiche la couleur sur son site : le groupe « recrute des personnalités d’exception, pragmatiques et créatives, avec un tempérament d’entrepreneur, ouvertes à l’international et disposant d’une forte sensibilité aux produits de luxe ». La barre est haute. Mais la société ajoute « entretenir depuis de nombreuses années des partenariats privilégiés avec les écoles les plus réputées ». Il y a donc des ouvertures possibles grâce à ce type de diplôme. Même chose pour le monde du vin. « C’est un univers social, culturel, linguistique. On ne vend pas du vin comme on vend un paquet de lessive. Il y a un vocabulaire, une sensibilité, un savoir technique à connaître. Sans cela, le négociant en vin n’est pas du tout crédible », justifie Jacques-Olivier Pesme chapeautant le MS en business et marketing du vin et des spiritueux de l’école de commerce de Bordeaux (BEM).

Rachid, un ancien du programme, avait déjà ce savoir technique. Il avait suivi un cursus d’œnologie. Il lui manquait « la dimension commerciale, l’approche marketing du vin. Le secteur, avant ronronnant, focalisé sur la production, s’est ouvert à d’autres acteurs. Il y a les vins du Nouveau Monde et les Chinois qui se sont pris d’une passion pour le vin. J’ai, dans un premier temps, explorer le produit. J’ai ensuite appris à le vendre, à approcher ce marché en plein changement ». D’expert à généraliste, de généraliste à expert, c’est la combinaison des deux qui ouvre les portes, que l’on soit jeune ou moins jeune.  

 

Attention aux « sur-spécialisations »

Les salariés sont, en effet, de plus en plus nombreux à opter pour ce type de programme. Ils comptent pour un tiers des effectifs et leur nombre va grandissant. « Au sein de notre programme, la moyenne d’âge tourne autour de 35 ans. Ils viennent pour se repositionner sur le marché de l’emploi. Un avocat décide ainsi de se spécialiser dans le droit de la santé ou un médecin décide à l’inverse d’acquérir un bagage suffisant en termes de management, en connaissances déterminantes en politique et économie des systèmes de santé pour devenir chef d’hôpital », observe Grégory Katz, directeur académique du MS stratégie et management des industries de santé à l’Essec.

Et pour un expert qui se spécialise plus encore, cela rapporte ? « Oui, encore faut-il être sûr que cette spécialisation répond à un besoin des entreprises. Les MS en développement durable, il y en a beaucoup, mais peu de postes en responsabilité sociale des entreprises, temporise Martine de Maintenant, directrice du pôle Industrie pour le cabinet de recrutement Mercuri Urval. À l’inverse, il existe un vrai besoin pour une spécialisation en système embarqué pour un ingénieur. » Et pour les petits malins qui misent surtout sur la réputation d’une grande école ? « C’est déjà la garantie d’obtenir un bon stage qui pourra être valorisé. Et pour le CV qu’on peut regarder rapidement, on s’arrête sur des noms. Cela peut aider pour la convocation à un entretien », conclut-elle.

Lucile Chevalier

 

Comment reconnaître les bons Mastères spécialisés ?

Françoise Dissaux-Doutriaux est membre de la fédération Syntec Conseil en recrutement et délivre ses conseils aux étudiants tentés par les MS.

« Un Mastère spécialisé, comme son nom l’indique, spécialise. Il peut ouvrir les portes d’un secteur mais il ne faut pas oublier que la spécialisation enferme aussi. C’est pour cela qu’il faut réfléchir tout d’abord à son projet professionnel : « Où ai-je envie d’aller ? » « Ce MS m’apporte-t-il un plus ? ». C’est la première étape. Ensuite, il faut évaluer la notoriété du cursus sur le marché. La manière dont en parle la presse, dont la formation est citée dans les offres d’emploi, la qualité des stages proposés par les formations, sont autant d’indices. Il faut aussi s’intéresser aux débouchés. Certaines écoles disposent ainsi de statistiques pouvant aider. Autrement, il y a aussi les anciens. Ne pas oublier de jeter un œil sur la constitution du corps enseignants. Si ces derniers travaillent dans des entreprises qui vous attirent, vous aurez toutes les chances d’y faire un stage et pourquoi pas d’y être embauché par la suite. » L.C.

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