

Focus 80 % des universités américaines proposent des programmes d’enseignement en ligne. La France, faute d’équipement et de formations pour les enseignants, accuse un grand retard dans le domaine.
« L’école est le reflet de la société. L’école du futur usera pleinement des nouveaux outils fournis par les nouvelles technologies de l’information et saisira les opportunités du e-learning ». Voilà comment Luc Chatel, ministre de l’Education, a commencé, par le biais d’une vidéo, le dernier colloque de la fondation prospective et innovation. L’exception française réside en ce terme : « le futur ». Car, ailleurs dans le monde, d’autres pays n’ont pas attendu. Pour les Etats-Unis, par exemple, très en avance dans le domaine, l’enseignement en ligne est déjà une réalité. Pas moins de 80 % des universités de recherche américaine offrent déjà des programmes de e-learning. Et un quart des MBA se déroule entièrement en ligne. Les Américains ont eu le déclic au début des années 2000. Face aux frais d’inscriptions universitaires exorbitants, les formations en ligne, affichant des prix plus raisonnables, sont apparues comme une opportunité à saisir pour démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. L’argument a, semble-t-il, fait mouche. Entre 2002 et 2008, d’après un report du cabinet d’études Ambient Insight, le nombre d’étudiants aux Etats-Unis qui a suivi au moins un cours en ligne a augmenté de 19 % alors même que le nombre total d’étudiants ne progressait que de 1,2 %.
Le gouvernement indien mise sur le e-learning
Les Etats-Unis ne sont pas seuls à être montés dans le train de l’enseignement à distance. L’Inde se prépare à être un acteur majeur dans le secteur. D’après les pronostics du gouvernement indien, le pays comptera en 2020 44 millions d’étudiants contre 14 millions aujourd’hui. Selon Kapil Sibal, ministre des Ressources humaines, « le gouvernement ne pourra pas assurer cette croissance sans s’appuyer sur l’enseignement à distance ». Alors on se prépare. « Dans les universités en Afrique ou en Inde, les étudiants sont déjà bien familiarisés avec les nouvelles technologies. Des mails ou textos sont envoyés régulièrement aux étudiants pour leur rappeler quand ils doivent rendre leurs devoirs et quand se tiennent les réunions de groupes de travail », témoigne Sir John Daniel, président de l’association intergouvernementale Commonwealth of e-learning.
Les universités françaises ont tardé à se mettre en ligne
En France, c’est un peu moins évident. Alors que la France était précurseur dans le domaine de l’enseignement à distance (le Centre national d’enseignement à distance ou Cned a été créé en 1939), le pays a, aujourd’hui, pris du retard. En 2008, dans le rapport L’université numérique remis à la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, Henri Isaac, alors chercheur à l’université Paris-Dauphine, déplorait que « les universités françaises soient trop faiblement sur Internet et dans les réseaux de partage ». Il craignait une « marginalisation au niveau international ». Depuis, il y a eu du progrès. L’université Paris-Sorbonne (Paris 4) a mis en place une plateforme d’apprentissage, baptisée Moodle. Les grandes écoles, comparables aux grandes universités américaines, ont affiché encore de plus grande ambition dans l’utilisation de nouveaux outils de communication. L’Essec propose, ainsi à ses étudiants, depuis janvier 2011, de télécharger des cours vidéo de leurs professeurs sur leurs smartphone. Supinfo est passé l’an dernier au « blended-learning », soit des cursus qui alternent cours en classe et cours en ligne. Mais un seul institut a vraiment franchi le pas de l’enseignement à distance. L’IAE de Caen propose depuis cette année un master en administration des entreprises entièrement dispensé en ligne. Ces initiatives font toutefois sourire si on les compare aux avancées américaines.
L’Education nationale ne compte que pour 8 % du marché du e-learning
Et quand on se penche sur les chiffres, on ne rit plus. Au niveau mondial, le marché du e-learning a représenté en 100 milliards de dollars, dont 7,5 milliards en Europe. En France, 144 millions d’euros ont été dépensés dans ce secteur en 2010, d’après le cabinet d’études Féfaur. Si les entreprises ont adopté les formations via Internet, l’Education nationale, en revanche, traîne des pieds. Elle ne représente que 8 % du marché.
« Sans doute est-ce qu’ennement au rabais France, l’enseignement à distance a la réputation d’être de moindre qualité que l’enseignement traditionnel », explique Sir John Daniel. L’enseignement à distance a, en effet, été conçu comme un enseignement par défaut. Faute de pouvoir être scolarisé dans des conditions « normales », un certain public suivait des cours en ligne.
Manque d’équipement et des enseignants pas assez formés
Les esprits réticents ne sont pas l’unique frein. « S’il ne se passe pas grand chose dans le domaine dans les lycées et universités françaises, c’est aussi un problème d’équipement et de formation. Pas assez d’enseignants sont formés à ces nouveaux outils », analyse Guillaume Touzé, secrétaire fédéral à la Sgen-CFDT. Et pour l’équipement, les universités à la peine ne sont pas prêtes de vivre des jours meilleurs. « Le Plan Campus concentre l’essentiel des budgets alloués dans le cadre du Grand emprunt pour aménager ou rénover 12 pôles d’excellence scientifiques et de recherche d’ici à 2014 mais pas pour développer les nouvelles technologies », a regretté Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et président de la fondation prospective et innovation, en conclusion de la conférence sur le e-learning que sa fondation avait organisé le 14 janvier dernier.
Lucile Chevalier
Découvrez demain le dernier article de notre saga : Le e-learning s’immisce dans la formation professionnelle.
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