

Portraits Six pilotes, six voitures, une quinzaine de techniciens, mais une équipe : Jean-Philippe Grand n'autorise la compétition entre ses pilotes que lors des courses. Cette année, deux des pilotes du Graff Racing sont arrivés en tête du championnat de France.
Une école de perfection
« Je n'accepte pas le « chacun pour soi », sauf au départ des courses. A l'arrivée, c'est l'équipe tout entière qui gagne, ou perd. Au début d'une saison, c'est difficile à faire comprendre aux jeunes. Je leur demande un moral, une condition physique et une hygiène de vie de sportif de haut niveau. La course automobile ne s'accommode que d'excellence. C'est presque une entrée en religion. Tous les jeunes pilotes, même talentueux, n'ont pas le caractère et l'intelligence d'un champion. Je dois leur faire comprendre qu'ils ne gagneront pas seuls. Ce sport élitiste pousse évidemment à l'individualisme... La sélection est d'abord financière. Les coureurs doivent engager les frais de leur saison. La formation et la voiture coûtent 190 000 euros pour une saison en championnat de France et 250 000 euros pour une saison européenne. C'est à eux de trouver des sponsors, qui sont hélas trop souvent les parents. Je choisis ensuite les pilotes de l'écurie en fonction de leurs résultats passés et de leur comportement en course. Si je ne les connais pas, je les teste durant une journée. Outre l'aptitude à piloter, j'évalue la capacité à sentir la voiture, à détecter l'impact des différents réglages. L'informatique ne remplacera jamais la sensibilité du pilote. »
Tout le monde à égalité
« Je vends de la technologie et une pédagogie. Chaque saison, je donne aux jeunes pilotes de mon écurie les mêmes chances. Côté technologie, ils bénéficient des mêmes équipements : ils ont la même voiture neuve en début de saison et les mêmes technologies informatiques. Ils partagent l'expérience des mêmes techniciens, même si ces derniers sont responsables d'une voiture. Mais tout le travail de préparation, de test et de réglages s'effectue en commun. Les débriefings de course se déroulent collégialement, afin que l'expérience de chacun profite à tous. Mon attitude compte énormément : je veille à me comporter avec tous de manière identique, même si j'ai plus d'affinité avec tel ou tel pilote. Je suis disponible pour chacun, à tout moment. Même en dehors des heures de formation ou de course, ma maison leur est grande ouverte et ils peuvent m'appeler sur mon téléphone portable vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Seul le petit mot d'encouragement que je leur glisse juste avant le départ est personnalisé. »
Un management paternaliste
« Je prends la place du père, ce qui n'est pas sans poser des problèmes avec l'entourage. Il m'arrive d'être obligé d'écarter la famille. En compétition, je n'autorise certains parents à me dire bonjour qu'une fois par jour. J'ai parfois autant de travail avec les proches qu'avec le pilote ! Avec lui, je n'hésite pas à égratigner son amour propre. Mais en cas de conflit, je me remets en question. J'applique les mêmes règles aux techniciens. Eux aussi sont jeunes, plein d'ambition, très motivés, mais doivent faire preuve d'une totale disponibilité. »
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