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Interview
Julien Bayou est un des animateurs du mouvement Génération Précaire. Pour ce groupe s’étant fait connaître par des actions d’éclat, il est urgent de limiter l’usage des stages au long cours et de les réglementer. La solution passe par la généralisation des revenus d’assistance sans critère d’âge. Il nous explique pourquoi.
D’après les informations dont vous disposez, quel est l’effet de la crise sur l’emploi des jeunes ?
Julien Bayou : On ne trouve plus d’emplois. Les postes de junior sont très rares. Du coup, il y a une inflation démesurée des offres de stage de longue durée. A l’inverse, le stage de 2 mois est de plus en plus rare. Un chiffre résume l’évolution : en 3 ans, nous sommes passés de 800 000 à 1,2 millions de stages par an. Les stages tendent à remplacer les emplois d’intérimaires ou les jobs d’été. Ce mois-ci, une marque de luxe propose, par exemple, un stage d’un an payé 400 euros !
Parmi les pistes envisagées par le gouvernement figure le renforcement de l’apprentissage. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes plutôt pour. Un étudiant en apprentissage bénéficie de ce que nous appelons des briques de garanties, alors qu’un stagiaire de longue durée n’en a quasiment aucune. Nous proposons que, d’un côté, on autorise les stages de 2 mois, avec des garanties. Pour les durées plus longues, les étudiants doivent bénéficier des mêmes briques que pour les études en alternance : cotisation aux organismes sociaux, droit aux congés, respect des horaires… Sachez qu’un tuteur ne peut encadrer pas plus de deux personnes en alternance. Pour les stagiaires, il n’y a pas de règles. Ainsi, dans une grande chaine d’électro ménager, on comptait samedi dernier 10 vendeurs titulaires et 6 stagiaires. Aujourd’hui, les stagiaires sont dans des zones de quasi non droit.
Qu’attendez-vous des propositions à venir du Président de la République ?
Pour notre part, nous attendrons jusqu’à lundi prochain, quand Martin Hirsch fera ses propositions au comité des stages. Le président devrait annoncer de subventionner l’apprentissage : les entreprises ne paieront plus. C’est tout le paradoxe de la France : d’un côté, on parle de libéralisme et de l’autre on aide les entreprises. Celles-ci sont devenues de vrais chasseurs de primes. On les habitue à ne pas payer. Ce n’est pas une bonne façon de faire.
Que faudrait-il faire alors ? Comment agir notamment pour ceux qui ne suivant pas d’études supérieures n’ont même pas la possibilité de faire un stage ?
Il faut arrêter d’aider les entreprises. Il faut les mettre devant leur responsabilité. Elles doivent assumer leur part de la
formation des jeunes. Nos aînés ont été formés par des entreprises alors que la plupart d’entre eux ne connaissaient rien à l’informatique et baragouinaient péniblement quelques mots d’anglais. Aujourd’hui, les jeunes sont formés et on ne veut plus les payer. La seule solution, et qui profitera à tous, est de généraliser le RMI et le RSA. Si les jeunes ont des sources de revenus, ils refuseront les stages. Aujourd’hui, faire un stage coûte de l’argent, car cela revient à renoncer à un petit boulot plus lucratif. Au Royaume-Uni, qu’on cite souvent en exemple, l’équivalent du RMI - l’income support - est donné à tous, sans conditions d’âge. Il faut s’en inspirer.
Propos recueillis par
Christophe Bys