

Focus En 2010, plus de 77 % des salariés français travaillent en CDI. C’est la bonne nouvelle. Problème : 97,8 % des nouvelles embauches se font via un autre biais que ce contrat à durée indéterminée. Encore considéré comme la forme normale du contrat de travail il y a dix ans, le sacro-saint CDI se fait donc peu à peu phagocyter par d’autres formes de contrats. Notre enquête sur les nouvelles alternatives au CDI durera une semaine.
C’est évidemment de la politique fiction. Mais les chances que cet oracle se réalise ne sont pas négligeables. Faisons alors un bond en avant d’une quarantaine d’années et plongeons-nous dans la France des années 2050. « Le CDI est mort jeudi dernier, pourrait titrer un grand quotidien électronique du soir. Eiffeil, entreprise du secteur de construction, lui a donné le coup de grâce en requalifiant les contrats d’une soixantaine d’employés, de CDI en CDD, laissant disparaître ainsi ce contrat de travail, vieux de plus d’un siècle ».
Revenons maintenant en arrière, en 2010 par exemple. Le CDI est encore ultra majoritaire. 77 % des salariés travaillent sous ce statut né au milieu du XXe siècle. A cette époque, et tout au long des Trente Glorieuses « la pérennité de la relation d’emploi correspondait à des exigences de croissance économique, fondée sur l’organisation scientifique du travail réclamant la stabilisation de la main-d’œuvre dans l’entreprise », précisait, dans le numéro de mars 2006 du Monde diplomatique, un mensuel (très à gauche), Florence Lefresne, économiste et membre de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).La création d’une obligation de préavis en 1958, celle d’une indemnisation en cas de licenciement en 1967 et enfin, en 1973, l’obligation de justifier le licenciement par une cause réelle et sérieuse conférèrent au CDI des garanties d’emploi stable. Renforcé, il s’affirmait pleinement au milieu des années 1970 comme la norme en matière de contrat de travail. Mais paradoxalement, c’est également à cette époque que le ver s’insère dans le fruit. Le choc pétrolier entraîne une crise économique mondiale et donne naissance à un chômage de masse qui s’installera durablement. Tout au moins en France. Un chômage qui exercera une pression à la fragmentation des normes à l’emploi. CDD, intérim et autre contrats limités dans la durée voient le jour et deviennent de plus en plus utilisés par des entreprises exigeantes en termes de flexibilité de la main-d’œuvre.
Ces nouveaux contrats grignoteront peu à peu l’hégémonie du CDI. Jusqu’à le faire disparaître ? Il est peu probable. Le CDI subsistera. Mais une chose est sûre, il n’est plus l’unique norme de contrat de travail et d’années en années il doit un peu plus partager le gâteau avec d’autres. Il n’est déjà plus maître en terre de recrutement. Seulement 2,2 % des recrutements en 2009 se sont fait par le biais du CDI. Et ce déclin ne date pas d’hier. Depuis 2003, le CDD est devenu la norme de recrutement dans les entreprises du secteur privé de plus de 10 salariés, avec 70 % d’embauches sous ce dispositif. Mais l’attaque ne vient pas non seulement du CDD. L’intérim et le portage salarial se sont également fortement développés ces trente dernières années, et de nouveaux statuts sont nés, comme celui de l’auto-entreprenariat. Autant d’alternatives aux CDI que nous allons analyser pendant toute cette semaine.
Lucile Chevalier
Les créateurs d'entreprise sont encore marginaux en France.
Pour vous aider à franchir le pas, voici les étapes à suivre et les organismes à contacter. Un conseil : montrez-vous persévérant...
2/ Auto-entrepreneur ou l’entrepreneuriat simplifié
Un accès internet, quelques clics et vous voilà propulsé patron de votre entreprise. La simplicité de la démarche a attiré plus de 520 000 Français, chômeurs, salariés, retraités ou étudiants. Mais attention aux désillusions, rares sont ceux qui en vivent.
3/ Le portage salarial pour se recentrer sur son affaire
Utiliser une entreprise de portage permet à un salarié entrepreneur de déléguer la gestion et les tracasseries administratives à un tiers. Et de se recentrer sur ses affaires. En contrepartie, le « porté » devra verser à l’entreprise de portage entre 3 à 20 % de son chiffre d’affaire.
4/Intérim : un moyen de gonfler son CV et son portefeuille
Statut certes précaire, l’intérim est toutefois un bon moyen de faire gonfler son CV et son portefeuille en attendant le CDI.
5/ Le travail au noir en fort développement
De 2005 à 2010, le nombre de travailleurs au noir a presque triplé. Aujourd’hui, ils sont quelque 28 000 à avoir opté pour cette forme de travail illégal. Les risques juridiques sont importants, tout comme l’impact de cette activité souterraine sur l’économie.
6/ La cantine : une auberge espagnole pour travailleur
Ces nouveaux contrats entraînent de nouveaux modes de travail. Exit la hiérarchie rigide des entreprises à la papa. A la Cantine, premier espace de cotravail, il n’y aurait ni dieu, ni maître, ni même de petit chef. Chacun arrive avec sa compétence sous le bras, offre sa valeur pour un projet, et repart vers d’autres horizons. Reportage sur un travail à la sauce auberge espagnoleCes articles devraient également vous intéresser :

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