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Peut-on accorder des avantages sans créer de tensions ?

Dernière modification le 24/06/2004, publié par L’Usine Nouvelle.
management
© kristian sekulic - Fotolia.com

Balaton 

Pour Christine Bariller, du cabinet Positis, les gens à qui les avantages sont accordés y sont très sensibles : « Que ce soit une prime, le confort d'un bureau ou des éléments immatériels tels que la tranquillité ou une certaine liberté dans le travail, ces avantages sont vécus comme un retour sur investissement. »
Mais accorder un avantage à quelqu'un n'est jamais un don complet : « Que ce soit la récompense d'un effort effectué à un moment donné ou la contrepartie d'un lien d'assujettissement à son patron, il y a, à un moment ou à un autre, paiement pour la personne qui en bénéficie. Pour un manager, c'est aussi un moyen, en ces temps difficiles économiquement, de compenser les faiblesses des hausses de rémunération.»
Mais cela suscite des jalousies : « Ces avantages ont pour spécificité d'être occultes, mais jamais complètement cachés. Et, en général, les regards se tournent vers ce qui est caché. Et plus le milieu professionnel est tendu, plus cela va générer de la jalousie ».
La personne concernée va être, la première, en ligne de mire : « Elle va trinquer. Mais les jalousies révèlent aussi des tensions en germe avec le manager. Et l'avantage accordé à l'un d'entre eux est comme la dernière goutte qui fait exploser un conflit. »


Conclusion

« La jalousie est un sentiment infantile et archaïque, reprend Christine Bariller. Dans une société de l'avoir comme la nôtre, les avantages sont un sujet hypersensible. Le manager doit donc s'interroger sur la perception de l'injustice par son équipe et essayer de trouver un compromis pour accorder un avantage à un collaborateur qui le mérite, sans déclencher une guerre interne. Il doit tenter d'objectiver l'octroi de cet avantage même si ce n'est pas facile car on est dans l'humain. Enfin, plus il y aura officialisation des choses, moins l'avantage suscitera de fantasmes et de rébellions. »

Comment ça se passe chez Balaton


"Tout le monde est là ? Parfait, nous pouvons commencer... »
Assis en bout de table dans la salle de réunion, Sylvain Lambert, le responsable du service commercial de Balaton, tritura quelques papiers posés devant lui, puis lança :
« Bien, voici la liste des points que nous avons à traiter aujourd'hui... »
Avant qu'il ne poursuive, Bérangère, l'une de ses collaboratrices, l'interrompit :
« Excusez-moi, Sylvain, mais Arnaud Du Lac n'est pas arrivé...
- Il est dispensé...
- Ah, bon ? »
Face à l'air interloqué de Bérangère, Lambert se sentit obligé de se justifier :
« Oui, il avait un rendez-vous très tôt ce matin à l'autre bout de la ville... Et un autre dans le même quartier pour le déjeuner... Je lui ai proposé de ne pas faire le détour pour assister à la réunion... »
Les commerciaux, sagement alignés autour de la table, n'en revenaient pas. Aucun d'entre eux n'avait le droit de sécher le point hebdomadaire du service. Lorsqu'une ou deux fois, ils l'avaient fait, Lambert les avait rapidement rappelés à l'ordre. Et insisté sur le caractère obligatoire de cette réunion. Et voilà que, pour éviter une demi-heure de voiture à Arnaud, il lui accordait une dérogation.
Lorsqu'une heure plus tard, la réunion fut finie, Xavier Fournier en sortit très en colère. Il tempêtait :
« Ah, c'est incroyable, le traitement dont bénéficie Arnaud ! Monsieur est dispensé de réunion... Ah, il en a de la chance ! »
Bérangère lui demanda sur le ton de la taquinerie :
« Tu ne serais pas un peu jaloux par hasard ?
- Pas du tout... Mais tu trouves ça normal, toi, qu'il ait des primes régulièrement alors que nous, on n'en voit jamais la couleur ? Qu'il puisse mener sa vie comme il l'entend alors que Lambert nous demande presque notre emploi du temps minute par minute ? Qu'est-ce qu'il a de plus que nous ? Après tout il a le même titre, les mêmes fonctions... Y a vraiment pas de raison ! »
Au moment où Xavier Fournier se calmait, Stéphane Bertier lui glissa sur un ton un peu perfide :
« Ah, parce que toi, si Lambert te proposait de petits avantages comme ceux d'Arnaud, tu refuserais en expliquant que ce n'est pas juste parce que le reste de l'équipe n'y a pas droit ? »

Rédaction L'Usine Nouvelle


	
Première publication : L’Usine Nouvelle du 24/06/2004 - N° 2923
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