

Focus Le nombre de chômeurs a encore augmenté en octobre, selon les chiffres publiés hier par le ministère du Travail. 2011 devrait être pire que 2010. Et pas sûr que cela s’arrange l’an prochain, selon les prévisions de l’OCDE.
Les chiffres « ne seront pas bons et le chômage va progresser au mois d’octobre » a prévenu le ministre du Travail, Xavier Bertrand, dimanche dernier. Hier, la confirmation est tombée. Fin octobre, la France compte dans ses rangs plus de 4 millions de chômeurs, 4 193 000 très précisément, toutes catégories confondues (A, B, C), soit 17 000 chômeurs de plus qu’en septembre (+ 0,4 %). Et lorsqu’on se penche dans le détail, les mauvaises nouvelles se succèdent.
Raréfaction du travail occasionnel
Tout d’abord, le nombre de demandeurs d’emploi n’ayant pas du tout travaillé, soit ceux qui relèvent de la catégorie A, a encore progressé de 1,2 % en octobre. Et avec ses 2 814 900 membres, soit 34 000 de plus par rapport à septembre, elle a encore pulvérisé un nouveau record. Sur un an, le nombre de chômeurs dans cette catégorie a augmenté de 4,9 %. A l’inverse, le mois d’octobre a été plus clément pour les demandeurs d’emploi ayant eu une activité réduite durant le mois passé. Le nombre de ceux relevant de la catégorie B, c’est-à-dire ayant travaillé 78 heures ou moins au cours du mois écoulé, a diminué de 0,5 % par rapport à septembre mais augmente de 4,3 % sur un an. Concernant les chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois (catégorie C), leur nombre baisse de 1,7 % par rapport à septembre, mais progresse de 7 % sur un an. Ces baisses ne sont en réalité pas de bonnes nouvelles. Elles démontrent que le travail occasionnel s’est raréfié en octobre.
Personne n’est épargné, encore moins les seniors
Et les nouvelles ne sont pas meilleures, lorsqu’on s’intéresse au profil des demandeurs d’emploi. Aucune génération n’a été épargnée en ce début d‘automne. La bonne performance de l’alternance n’y fait rien. Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans augmente. Il a progressé de 0,2 % sur un mois et de 1, 25 % sur un an. Alors même que les contrats de professionnalisation, pourtant sensibles à la conjoncture, marchaient à plein régime. Le ministère du Travail dénombre 33 646 entrée, DOM compris, en octobre contre 26 000 un an auparavant.
Mais, les jeunes ne sont pas les plus à plaindre. La situation des seniors est bien pire. Les effectifs de chômeurs de plus de 50 ans ont dépassé celui des jeunes en 2010. Et la progression ne s’est pas arrêté en octobre : + 1,4 % sur un mois et + 15,3 % sur un an.
2011 pire que 2010, et 2012 pas meilleur
Bref, l’année 2011 ne va pas être un bon cru pour l’emploi, contrairement aux espoirs que cette année avait pu susciter. Le début d’année s’était bien passé. Entre janvier et avril, le chômage baissait, laissant penser qu’enfin la crise allait être surmontée. Mais dès le mois de juin, les espoirs se sont envolés, le chômage remontait, et rien ne semble dorénavant l’arrêter. Déjà, les Cassandres, de plus en plus nombreux, annoncent qu’au final 2011 sera pire que 2010. Et les chiffres, pour l’instant, ne peuvent pas vraiment leur donner tord. Sur les 10 premiers mois de l’année, la catégorie A a vu ses rangs grossir de 100 000 personnes, contre 76 000 sur la totalité de l’an dernier. Et si l’on se fit aux perspectives de l’OCDE, publiées hier, rien ne sert d’attendre avec impatience 2012, l’année ne devrait pas sortir la France de cette mauvaise spirale. L’organisation internationale est en effet nettement moins optimiste que le gouvernement. Elle anticipe une croissance de 0,3 % quand ce dernier parie sur 1 %. Et pour qu’une économie crée de l’emploi, il faut que la croissance dépasse 1,5 %. L’OCDE prévoit même que le chômage au cours de l’année 2012 devrait dépasser la barre des 10 %, pour atteindre les 10,4 %. Et cela alors même que la première crise de 2008 n’a pas été encore réellement surmontée. « Un scénario de risque récessif s’annonce alors qu’on n’a pas annulé les stigmates de la première crise de 2008. Les nouveaux chômeurs vont s’ajouter aux anciens », a expliqué à l’AFP, Mathieu Plane, économiste de l’OFCE. Pire, il ne faut s’attendre que à « très peu de mesures de soutien de l’emploi – comme les emplois aidés, le chômage partiel ou le plan de relance – car il n’y a pas les mêmes marges budgétaires » a-t-il ajouté.
Lucile Chevalier
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