

Focus Laurent Mahieu est secrétaire général adjoint de la CFDT Cadres et membre de la Commission des titres d’ingénieurs. Pour lui, les ingénieurs n’éprouvent pas d’insatisfaction notoire. Mais ils commencent à se demander si leur travail est satisfaisant.
« Il n’y a pas d’insatisfaction notoire chez les ingénieurs. Ils font l’objet d’une politique de ressources humaines favorable de la part des dirigeants d’entreprise. Ils sont visibles du fait de la commission des titres d’ingénieurs et des associations d’anciens. Dans cet environnement, ce public de cadres fait l’objet d’une attention particulière de la part des recruteurs. Cela s’en ressent positivement par rapport à leurs conditions d’embauche même si le passage du stage à l’emploi en contrat à durée indéterminée se fait de plus en plus via le CDD. Reste que trois problèmes se posent. Tout d’abord, les ingénieurs se demandent comment développer une carrière d’experts. Ces dernières sont en passe d’être revalorisées mais l’accès à la formation continue est difficile. Aujourd’hui, c’est le règne de la débrouille. La formation n’est plus portée par les entreprises. Les ingénieurs, sur plusieurs projets avec une multiplication des contraintes, éprouvent des difficultés à entretenir leurs compétences. Il est devenu problématique de cultiver son jardin scientifique. Comment faire alors pour maintenir son expertise ? En matière de salaires, il existe, deuxième raison d’insatisfaction, de fortes disparités. De plus, de nombreux ingénieurs ne veulent plus être obligés de passer par le management pour voir augmenter leurs rémunérations. Enfin, de plus en plus d’ingénieurs estiment ne pas avoir assez de temps pour travailler correctement. A partir de quand vont-ils tirer la sonnette d’alarme ? Les anciennes générations taisaient les soucis. Mais les nouvelles s’expriment beaucoup plus. Les ingénieurs veulent s’investir dans leur travail même si 30 % se demandent si cela en vaut vraiment la peine. Une part non négligeable s’interroge sur cette question. La CFDT souhaite développer des accords d’entreprise sur ces problèmes avec une meilleure prise en considération de l’acquisition des connaissances tout au long de la vie. Nous désirons analyser leur expertise, leur perspective d’évolution et avoir, à partir de 45 ans, une formalisation des étapes professionnelles tous les 5 ans. Selon nous, les départements ressources humaines des entreprises sont aux abonnés absents sur ces questions. In fine, nous souhaitons redynamiser la liaison entre les entreprises et le système d’enseignement supérieur pour permettre aux ingénieurs de remettre à jour leurs connaissances ».
Propos recueillis par Gwenole Guiomard
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