

Focus Plus fort que le 24 juin dernier. A Paris ou dans les autres régions, les manifestants seraient, d’après les syndicats, plus nombreux que l’été dernier pour contester le projet de réforme de retraite du gouvernement. Soit 1, 1 million selon le ministère de l'Intérieur et 2, 5 millions selon la CFDT. Témoignages de grévistes et de non-grévistes.
A Paris, le 7 septembre, entre la République et la place de la Nation, en passant par Bastille, les pancartes et drapeaux colorient le cortège. « Lutte des classes », « Ni pauvres, ni soumis » sont autant d’autocollants collés sur les T-Shirts des manifestants. « De l’argent autrement que dans les poches du patronat », « La retraite à 62 ans, on n’en veut pas » scande la foule. Entre 80 000 et 250 000 parisiens sont descendus dans les rues, d’après les syndicats. Un rassemblement si important que le cortège a dû être scindé en deux. La rentrée sociale a bel et bien commencé et les syndicats ont remporté le premier round. Mais plus que le rejet du projet de loi, les manifestants affichent surtout leurs mines désabusées par les scandales.
Christiane, 57 ans, salarié dans la restauration
« Les jeunes n’ont pas de travail et le gouvernement veut faire travailler les vieux de plus en plus tard. Il y a un problème. Si je manifeste, c’est avant tout pour défendre l’avenir de mes filles. Elles ont 30 et 23 ans, et vu la tendance quand elles arriveront à l’âge de la retraite, il ne leur restera que des miettes. Il faut réformer le système des retraites mais faire travailler tout le monde jusqu’à 62 ans n’est pas la solution. Il faut libérer des places pour les jeunes. »
Lina, 31 ans, secrétaire médicale
« Quand j’arriverai à l’âge de la retraite, il n’y aura plus de retraite. J’en suis convaincue. Si je défile à côté des autres, c’est par solidarité. Pour que ceux qui ont la cinquantaine puissent dans dix ans toucher une pension convenable. Mais aussi pour que les richesses soient mieux redistribuées, que l’on sanctionne mieux les appartements inoccupés alors qu’il y a un nombre grandissant de sans abris, que les supermarchés arrêtent de javelliser leurs produits invendus et d’empêcher les pauvres de se nourrir. Oui, c’est pour tout cela, pour dire mon ras-le-bol face aux inégalités dans les retraites et dans tous les autres domaines. »
Brigitte, 57 ans, ex-cadre supérieure dans une PME
« Cette réforme laisse trop de gens sur le carreau. Et par gens, j’entends tous ceux qui travaillent vraiment. Pas les députés avec leurs supers retraites ou les gros patrons et leur retraite chapeau. Je travaille depuis l’âge de 17 ans, je comptais me mettre à la retraite à 60 ans. J’ai bien travaillé toute ma vie, et je devrais attendre 2 ans de plus. C’est inacceptable ! »
Propos recueillis par Lucile Chevalier
Et les non-grévistes ?
Jean, 37 ans, chef de chantier
« Si je ne suis pas allé manifester, c’est pour éviter de perdre mon temps. Faire grève, cela ne sert strictement à rien, à part reculer l’échéance. Le problème, c’est que cela fait 20 ans qu’on la recule. Et maintenant, il vaut voir l’état du système des retraites. Et cela va être de pire en pire. Déjà que notre génération ne sera pas bien lotie, je n’ose imaginer les suivantes. »
Christine, 55 ans, médecin salarié
« Je ne sais pas pourquoi l’on fait grève. Les propositions des syndicats et des partis d’opposition ne sont pas claires et donnent surtout l’impression d’un rejet en bloc de l’ensemble du projet proposé par le gouvernement. J’aurais aimé que la critique soit plus constructive. Au lieu de se crisper sur les 62 ans, il faudrait proposer des solutions comme la retraite progressive. A partir d’un certain âge, les salariés continuent à travailler en temps partiel et entament une partie de leur pension retraite, comme cela se fait à l’étranger. Il faut accepter le changement. »
L.C
Ces articles devraient également vous intéresser :