

Pour pouvoir s’expatrier, il faut montrer toute son appétence aux pays étrangers. Et pour continuer à progresser dans sa carrière, il faudra rester en contact étroit avec la France. Explications de ce paradoxe.
Pour Olivier Cesbron, 27 ans, ingénieur diplômé de l’Ensa (école nationale supérieure agronomique) du groupe INP Toulouse, tout a commencé très jeune. « En année de césure, j’ai souhaité découvrir l’Asie. J’ai alors vécu, en 2007, une première expérience au Sri-Lanka. Depuis, le continent asiatique ne m’a plus quitté. Après un stage de fin d'étude au sein du groupe Vivasanté à Paris (Urgo, Humex, Mercurochrome, Juvamine), j’ai enchainé sur un VIE (volontariat international en entreprise) au Vietnam. Ce travail a débouché 18 mois plus tard sur la prise de direction du bureau local en tant qu'expatrié. Début 2012, l'aventure se poursuit à Hong-Kong avec une responsabilité régionale de développement commercial pour les gammes Self Trade toujours pour le groupe Vivasanté ».
Le parcours d’Olivier Cesbron est loin d’être une exception. Dans la plupart des grandes écoles, l’expatriation concerne près d’un tiers des effectifs. « Il y a dix ans, précise Manuelle Malot, directrice carrières et prospective de l'Edhec et auteure du Guide du recrutement International, cela représentait 15 % des promotions. Cela a doublé depuis. Les jeunes diplômés y ont pris goût. De plus, cela représente un travail très valorisé socialement. Cela représente très souvent la grande aventure du début de leur vie d’adulte ».
Une appétence aux risques
Mais pas seulement. Beaucoup d’expatriés expliquent que les postes proposés aux expatriés sont d’une toute autre envergure que les jobs offerts en France. C’est la situation de Pascal Grinneiser, 32 ans, diplômé en 2004 (section BTP) de l’école d’ingénieurs ESIT Caen. Il est aujourd’hui gestionnaire immobilier (real estate manager) chez Baker Hughes pour l’Afrique. Il gère des budgets de l’ordre de 1 milliard de dollars (environ 760 millions d’euros). « Pour des raisons familiales, j’ai voulu revenir en France, explique-t-il. Les employeurs m’ont très vite précisé que, vu mon âge, je ne pourrais pas occuper les mêmes responsabilités qu’en Afrique. On m’a proposé de la conduite de travaux, pas une direction de business unit… ».
Pour travailler à l’étranger, il ne faut donc pas hésiter à sauter le pas. Cela ouvre des opportunités insoupçonnées et multiplie les offres d’emploi. Il faut aussi se positionner comme « exportable ». L’important est de montrer à son employeur que l’on a des expériences d’expatriation. Ce peut être une premier séjour, un semestre universitaire, un stage… Les plus expérimentés pourront, eux, s’appuyer sur leurs antécédents professionnels et préciser que cela est transférable en-dehors de nos frontières. Ensuite, le candidat informera sa hiérarchie et son service du personnel de son envie de mobilité international. L’intéressé démontrera aussi à son environnement professionnel son appétence aux risques. Enfin, si on lui propose un poste, il se devra de l’accepter. Il est très rare qu’un employeur repasse les plats de l’international.
« Pas un long fleuve tranquille »
Une fois sur place, le nouvel expatrié aura pour ambition de toujours garder le contact avec son siège. Alors que beaucoup d’expatriés partent pour couper les ponts avec la France et son management très hiérarchique, le manager voulant développer sa carrière devra, au contraire, développer le plus de projets possibles avec son employeur hexagonal… Ce qui signifie développer le plus de projets transversaux possibles. Le but est de ne pas se faire oublier et de maintenir vivace ses réseaux. « L’expatriation n’est pas un long fleuve tranquille, conclut Marc Flandin, auteur de « Partir vivre au soleil : le guide pratique pour réussir son expatriation » et créateur du site « Partirvivreausoleil.com ». Il faut connaître le pays dans lequel on va travailler, ses réseaux de Français, sa langue. Il est essentiel de ne pas rester dans un village fermé de Gaulois. Il faut s’immerger dans les cultures locales et ses coutumes. En Afrique de l’Est, un petit mot en Swahili m’a toujours permis de montrer mon intérêt pour ses populations. Elles vous le rendent bien ».
Gwenole Guiomard
La rédaction d'Emploi-ProCes articles devraient également vous intéresser :
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