

Focus L’attente s’est fait plus forte au début des années 2000. L’entreprise n’est plus une machine à profit, elle doit avoir, ou donner l’impression d’avoir, une gouvernance responsable, respectueuse des droits de l’homme, de l’environnement, et lutter contre les discriminations. Malgré les avancées dans le domaine de la responsabilité sociale de l’entreprise, subsiste une impression de grande théorisation et de faiblesse d’actions.
Les plages goudronnées de Bretagne et de Vendée juste avant le passage à l’an 2000. Total conspué. Philipp Knight, fondateur de Nike, dans le film de Michael Moore, The big One, justifie, en 1998, le travail d’enfants de 14 ans dans les pays du Sud. Scandale. La responsabilité sociale des entreprises a été enfantée par ces remous de l’opinion publique mondiale. Les multinationales ne pouvaient continuer à être des machines à profits, bénéficiant des avantages économiques de la mondialisation. « Nous avons senti une nécessité de construire un contrepoids aux actionnaires, une structure qui mobilise l’ensemble des acteurs de la société civile. La gouvernance des entreprises ne devait plus uniquement prendre en compte l’aspect économique, mais aussi son aspect social et environnemental. C’est cela la responsabilité sociale des entreprises », définit en introduction du colloque du syndicat CFE-CFG sur ce thème, François Fatoux, fondateur de l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (l’ORSE né en 2000), organisme de vieille sur ces questions et composé d’une centaine de grandes entreprises, de sociétés de gestion de portefeuille, d’organisation syndicales et d’ONG.
Ruiner leur réputation
L’idée s’est imposée et même a été imposée. La loi de 2001 sur les nouvelles régulations économiques impose aux entreprises cotées en Bourse un volet d’informations sociales dans leur rapport annuel. En 2007, le gouvernement organise un Grenelle sur l’environnement, auxquels participent les acteurs du monde du travail, qui devait accoucher d’un panel de mesures posant les pierres du développement durable.
L’idée avance aussi dans les entreprises. « Ce qui est dramatique pour le business, c’est de ruiner sa réputation. Les entreprises le savent. Pour leur image, elles sont obligées d’innover sur ces questions », analyse avec optimisme Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC. Surtout que des palmarès comme celui de The Great place to work, veille et récompense les bonnes initiatives. Le mouvement est en marche. Pas le choix, il faut s’y mettre. Le groupe PSA, dans son accord mondial sur la RSE, ratifié par 10 pays, définit 15 engagements qui font l’objet d’une évaluation annuelle. EDF a conclu un accord sur la sous-traitance socialement responsable. Total a une charte Sécurité-Santé-Environnement-Qualité. « Nos projets sont ainsi précédés d’un état des lieux environnemental réalisé avec des experts reconnus internationalement et des bureaux d’études locaux. Qualité de l’eau, de l’air et des sols, inventaire de la biodiversité, des pollutions préexistantes ou du capital culturel à préserver », met en avant le site internet du groupe.
Sans compter les colloques organisés par les syndicats, comme hier, ou les entreprises, sur le sujet qui se multiplient. « Il ne se passe pas une semaine sans que les thèmes de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, des règles déontologiques de l’entreprise, des codes de bonne conduite et chartes éthiques, de l’exercice des droits de vote au service du développement durable, des choix d’investissement des fonds d’épargne salariale, des placements éthiques ne soient abordés », déroule à la Prévert l’ORSE.
Les salariés ne voient toujours rien venir
Et pourtant, dans la salle, alors que tous les interlocuteurs se succèdent pour convaincre de cette vague irrésistible, les visages de salariés froncent les sourcils. L’air est dubitatif. Une ingénieure à Sita rompt la messe du « tout est possible ». « J’ai été diplômée d’un DEA d’écologie tropicale au milieu des années 1990, avec le sommet de Rio et toutes ses déclarations de bonnes intentions, je me suis dit ça y est, on y est, les choses vont bouger, et rien. Puis, il y a eu la loi de 2006 sur l’égalité salariale homme-femme, qui est quand même la 3e loi sur l’égalité entre les sexes. Quatre ans plus tard : rien. Je travaille à Sita, et je fais partie des 6 % de femmes. Et pourtant, je bataille chaque jour sur ces sujets. On m’écoute mais rien ne change », déclame-t-elle désabusée. Une responsable travaillant dans la même entreprise spécialisée dans le recyclage de déchets ne peut permettre tel affront. « Nous menons un ensemble de programmes innovants dans le domaine de la responsabilité sociale. Après, il est vrai que l’on peine à mener une politique globale de RSE, mais il y a des initiatives ».
Un vœu pieux ?
« Sur ces questions l’on théorise beaucoup mais l’on peine à mettre en pratique. Prenons, par exemple, l ‘idée d’une commission du développement durable au sein des entreprises qui piloterait ces questions. L’idée n’est pas mauvaise mais le contexte juridique fait que l’on a rien à mettre dedans. Pour les questions d’environnement, les comités d’hygiène, de sécurité, et des conditions de travail (CHSCT) s’en chargent déjà. Pour les questions économiques, c’est le domaine des comité d’entreprises. Et pour les salaires, le volet social, il y a déjà les négociations annuelles obligatoires. Les questions sont complexes et les actions très difficiles à mettre en place. On avance à pas de fourmis », constate Laurent Carrie, en charge du département RSE à la CFE-CGC. Cette vague irrésistible des mentalités est-elle alors un vœu pieux ? En guise de réponse, il montre l’article du Monde reprenant le classement Universum 2011 des employeurs préférés des diplômés de grandes écoles. Ont grimpé dans le palmarès les banques dont l’image éthique a été sérieusement écornée par la crise et Google souvent pointé du doigt pour ses arrangements avec les libertés individuelles.
Lucile Chevalier
Ces articles devraient également vous intéresser :
Les solutions pour financer sa formation continue à moindre coût, via des subventions mais aussi en choisissant l’Université. Enfin, nous revenons sur la question du retour sur investissement de la formation. Un moyen qui permet de maximaliser ses études.