

Focus Il est de coutume de plaindre le faible et précaire statut des stagiaires et de s’offusquer des méchants patrons. Cette semaine, c’est Madame Boutin qui a été pointé du doigt. Plutôt que de jeter la première pierre, Emploi Pro préfère armer les stagiaires en leur dispensant quelques conseils.
Combien coûte un « rapport sur les conséquences sociales de la mondialisation » ? Aussi bien 400 euros que 9 500 euros, tout dépend de l’auteur. L’affaire révélée par le Nouvel Observateur, lundi dernier, a fait grand bruit. Christine Boutin, qui devait initialement être rétribuée 9 500 euros net par mois pour cette mission confiée par le président de la République, recherche, pour boucler son rapport, un stagiaire. Ce dernier ne sera, lui, dédommagé que 400 euros par mois. Pressé de s’expliquer, le ministère n’a pu que rétorquer : « Que voulez-vous ? 400 euros correspond à la gratification minimale pour les stagiaires. La loi est dure, mais c’est la loi. » Daniel Porot, pionner de la gestion de carrière et auteur de Trouver et réussir son stage et de 101 secrets pour bien négocier son salaire, et le collectif Génération Précaire donnent quelques conseils pour obtenir un peu plus que le minimum.
Leçon n°1 : Montrer sa valeur
« Comporte-toi en stagiaire et tu seras traité en stagiaire. Comporte-toi en professionnel et on te respectera » énonce, telle une maxime, Daniel Porot. Les termes de « stage », « stagiaire » sont à bannir, estime-t-il. Il vaut mieux parler de « missions » ou de « projets » à mener à bien au sein d’une entreprise. Plus qu’un effet de rhétorique, c’est un état d’esprit. Pour chercher un stage, la démarche est la même que pour rechercher un emploi. Le plus gros du travail est donc à fournir en amont. Avec pour première étape de cibler ses envies : quels thèmes étudiés lors de ma formation ai-je envie d’appliquer en entreprise ? Cette réflexion permet déjà de savoir où postuler. Vient alors la phase de la définition d’un projet. Avec les informations glanées sur les entreprises, et vos envies, vous développez un projet que vous proposerez à l’entreprise. « Pourquoi ce projet ? » et « Combien rapporterait-il en termes de gains ou de diminution de coût à l’entreprise ? » sont deux questions primordiales auxquelles il faut répondre. Très important également, cibler l’interlocuteur au sein de la société, le mieux à même d’écouter et d’accepter votre projet. Moins un DRH et plus un chef d’équipe. « Arriver en proposant un projet bien défini, et déjà l’entretien démarre sur un pied très différent. L’interlocuteur n’a plus un stagiaire devant lui mais un professionnel », affirme Daniel Porot.
Dans le cas où l’élève répond à une annonce de stage comme ce fut le cas de ce jeune étudiant de Science-Po que recrute Christine Boutin, la marge de manœuvre est un peu plus limitée, car la mission a déjà été définie par l’entreprise. « Dans ce cas, le stagiaire demande à l’entreprise de lui définir cette mission : dans quel secteur s’inscrit-elle, quels bénéfices, etc… », poursuit Daniel Porot. Un bon moyen de montrer sa valeur avant de parler chiffres.
Leçon n° 2 : Parler d’argent n’est pas infamant
Une fois l’entretien bien posé sur les rails, c’est le moment de parler rémunérations. Vous avez montré votre valeur, elle a un coût. « Les stagiaires postulent au sein d’une entreprise en général pour son prestige, pour la fameuse ligne sur le CV, et l’intérêt du travail. Travailler pour tout cela, c’est très bien, mais il y a aussi l’aspect pécunier. On travaille aussi pour être payé » rappelle Guillaume, membre du collectif Génération Précaire.
Leçon n° 3 : Ne pas croire tout ce que dit le recruteur
« Certains sont victimes d’une sorte de syndrome de Stockolm. Ils nous disent : oui, j’ai insisté sur la rémunération mais tu comprends, l’entreprise n’avait pas les moyens de me payer, alors j’ai accepté » Une entreprise qui ne peut pas proposer 400 euros par mois, elle dépose le bilan dans l’heure », s’insurge Guillaume de Génération Précaire. Il dérive en citant nombre d’anecdotes de stagiaires qui ont travaillé dans des entreprises où les stagiaires étaient 5 fois plus nombreux que les salariés. « Ce n’est tout simplement pas possible. Ce sont des entreprises à brasser du vent, qui ne font pas tourner l’économie réelle. Une entreprise qui marche avec un coût de main-d’œuvre quasi-nul n’est pas viable, soit elle se donne les moyens soit elle disparaît », analyse-t-il. Conclusion : l’entreprise peut vous payer autrement.
Leçon n° 4 : Savoir dire non
Dans un stage, on applique certes ce que l’on a acquis. On apprend aussi à mieux connaître le monde de l’entreprise mais « on apprend aussi à être salarié, ce qui veut dire savoir défendre ses intérêts et ses droits », déclare Guillaume. Si le stage ne convient pas, il ne faut pas hésiter à pointer les problèmes. De même pour la rémunération, il faut savoir la négocier et surtout exiger que ce qui a été consigné dans la convention de stage soit respecté. Si les problèmes persistent, il ne faut pas hésiter à le rapporter aux établissements scolaires. « Ils ont, eux aussi, une responsabilité », poursuit Guillaume. Les écoles de commerce « n’hésitent plus à blacklister certaines entreprises après plusieurs mauvais retours de la part des étudiants », indique Daniel Porot. Aux universités de suivre.
Lucile Chevalier
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