

Focus Le travail a repris hier à la raffinerie du groupe Total à Dunkerque. Mais Total n’a toujours pas démenti son ambition de fermer l’usine.
Les salariés de l’usine Total à Dunkerque ont arraché une victoire. Hier, à 14 heures, les 367 employés ont rangé les banderoles pour reprendre le chemin de l’usine. Après six mois de grève, de bagarres judiciaires, ils ont enfin pu reprendre le travail. « Les gens sont rentrés, ont nettoyé la tente (lieu de rassemblement des grévistes) et puis on a commencé à remettre l’usine en état », relate Marc Pigeon, délégué syndical CGT. Mais ce n’est pas comme avant. Et une crainte jette une ombre au tableau : est-ce que l’activité de raffinage reprendra ou les dirigeants de Total joueront-ils la montre ?
Une bataille judiciaire en cours
Car c’est bien une bataille qu’ont remporté les salariés de Total et non la guerre. En permettant à ses employés de reprendre le travail, la direction de Total ne fait que se mettre en conformité avec une décision de justice. Celle de la Cour d’appel de Douai qui a ordonné le 30 juin dernier le redémarrage des activités de raffinage sous 15 jours, estimant que les représentants du personnel avaient été mal informés par la direction au moment de la fermeture du site. Chaque journée de retard dans cette reprise coûtera 100 000 euros au groupe. Une prune plutôt dure à avaler. Alors la direction a rouvert le site mais n’a pas baissé les armes pour autant. Total a déposé le 9 juillet un pourvoi devant la Cour de cassation contestant le jugement de la Cour d’appel de Douai. La CGT, le comité central d’entreprise du secteur raffinage et le comité d’entreprise des Flandres sont assignés devant le tribunal de grande instance de Nanterre le 17 septembre prochain.
« On n’entend pas parler de redémarrage, ni de raffinage »
Nanterre contre Douai, c’est là que tout se joue. « Nous on se réfère à la décision de la Cour d’appel de Douai qui oblige à une reprise des activités de raffinage, et la direction, eux, ils attendent septembre et regardent vers Nanterre », analyse Marc Pingeon. Six mois de grève, c’est long, surtout pour une raffinerie. Les pompes ne peuvent pas redémarrer immédiatement. « Un certain nombre de conditions doivent être réunies pour sécuriser les salariés avant de reprendre l’activité. Il faut poser des flexibles, inspecter tous les secteurs, dégazer et tout un tas d’autres travaux. Cela prendra au moins trois semaines », poursuit Marc Pingeon. Et c’est justement le risque. Et si Total remettait l’usine en l’état pour mieux la vendre. Surtout que le groupe n’a pas encore précisé s’il souhaitait redémarrer la production ou fermer le site. « On préfère rester vigilants, déclare Marc Pingeon. On entend parler d’opérations de dégazage mais toujours pas de redémarrage, ni de raffinage. »
Lucile Chevalier
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