

Focus Palmarès d’universités, classements, réalisés par la presse, les institutions ou les établissements eux-mêmes. Chacun sa mesure, chacun ses résultats avantageux. C’est à s’y perdre et n’y rien comprendre. Le Céreq en appelle donc à la création d’un observatoire national d’entrée dans la vie active.
Il y a les palmarès très réputés, comme ceux du Financial Times, attendus chaque année comme le messie. Il y a aussi le classement de Shanghai, pris comme parole d’évangile. Ou encore les chiffres d’insertion annoncés chaque année par les écoles d’ingénieurs ou de commerce. Pour en rajouter, les universités sont entrées de manière systématique dans la danse. Depuis la loi LRU, l’insertion professionnelle est inscrite dans leurs missions et l’Etat les oblige à fournir des chiffres.
Des chiffres, il n’y a pas plus fiables et concrets, pour d’une part aider le futur étudiant à choisir son établissement et sa filière, et d’autre part, pour mesurer la performance des différents acteurs. Enfin, en théorie, car, en réalité, il n’y a pas plus trompeur qu’un chiffre, surtout quand il s’inscrit dans une guerre à l’image que se livre les établissements du supérieur pour attirer les étudiants et des fonds. Chacun s’arrange avec les indicateurs pour obtenir de bons résultats, comme le souligne le Bref du Céreq, « Harmoniser les mesures de l’insertion des diplômés du supérieur ».
Des chiffres pas comparables
A l’université, l’insertion professionnelle de ses diplômés est mesurée, dans les rapports annuels de performance associés aux lois de finance, par la proportion de diplômés en emploi à un niveau cadre ou profession intermédiaire 3 ans après leur sortie du système éducatif. Sont donc exclus les emplois considérés comme inadéquats pour un titulaire d’une licence ou plus. De son côté, le ministère de l’Industrie qui évalue l’insertion sur le marché du travail des ingénieurs, ne s’embarrasse pas avec ce critère. Il tient compte de tous les emplois. Les populations étudiées varient également. Certains établissement se penchent sur le devenir de tous les diplômés qu’ils poursuivent ou pas leurs études, et qu’ils soient d’origine étrangère ou pas, d’autres non. Il y a le temps également qui joue. Les écoles d’ingénieurs et d’écoles de commerce interrogent leurs jeunes diplômés dans les mois qui suivent leurs premiers pas dans la vie active, alors que les universités se donnent en général un délai de 3 ans. Résultat : les chiffres amenés à être comparés ne sont en réalité pas comparable.
Un observatoire national d’entrée dans la vie active
C’est pour cette raison que le Céreq en appelle à créer une institution neutre, chargée de collecter les données et d’offrir un vrai panorama des performances des établissements. Il propose la création d’un observatoire national de l’entrée dans la vie active. Mais pas n’importe comment, un certain nombre de règle de bons sens sont à respecter pour une bonne évaluation. Règle n°1 : une approche multidimensionnelle. « Un seul indicateur, comme le taux d’emploi ou le niveau de salaire, ne suffit pas à rendre compte de l’ensemble des composantes de l’insertion professionnelle », pointe la note. Un jeune diplômé peut être en poste, mais en CDD, à mi-temps, pour un bas salaire. « Par exemple, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur passent plus souvent que les diplômés des écoles de commerce ou d’ingénieurs par des emplois d’attente », ajoute le Céreq. Ainsi il faut pouvoir mesurer la vitesse d’accès à l’emploi, le risque de connaître des difficultés d’insertion durables, les types d’emploi possibles, la rémunération et aussi les conditions d’emplois.
Autre fait important : les indicateurs doivent pouvoir être compris. Le taux de chômage est souvent confondu avec la proportion de jeunes au chômage. « Or il ne se rapporte pas à l’ensemble des jeunes considérés mais aux seuls actifs » rectifie l’étude. Il faut donc privilégier le taux d’emploi qui est plus aisément interprété.
Ensuite, pour juger la performance d’un établissement, l’insertion professionnelle ne suffit pas. Il faut pouvoir évaluer « sa capacité à mener un maximum de ses étudiants au diplôme, surtout quand ceux-ci ont des origines sociales modestes ou des parcours scolaires chaotiques » souligne l’étude . Une bonne évaluation est à ce prix.
Lucile Chevalier
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