

Focus A l’heure d’Internet, les recruteurs peuvent tout savoir ou presque des candidats qui s’assoient face à leur bureau. Des intervenants de premier plan ont pourtant décidé de ne plus utiliser les réseaux sociaux pour préserver le droit à la vie privée de chacun.
Vous faites un cauchemar récurrent ? Vous êtes sur le point de décrocher le job de vos rêves, quand soudain le recruteur tombe par hasard sur la photo de l’anniversaire de votre cousine, où vous ne vous êtes pas vraiment montré sous votre meilleur angle, photo sur laquelle vous avez été tagué par un copain de beuverie ? Il faut dire que vous étiez candidat pour un poste de contrôleur de gestion dans une grande entreprise réputée pour son austérité et son goût pour la discrétion…
C’est un des dangers des réseaux sociaux. L’internaute peut être très strict et vigilant sur ce qu’il choisit de révéler de sa vie privée, il n’est pas à l’abri des activités d’un tiers. Ce peut être une photographie où la personne est reconnue et marquée au su de tous, un commentaire dans une discussion sur un mur qui révèlera la religion ou l’orientation sexuelle d’un candidat… Autrement dit, à moins de surveiller nuit et jour ce qui se dit, il est quasiment devenu impossible de contrôler sa réputation en ligne. Une étude réalisée aux Etats-Unis largement médiatisée a révélé qu’outre Atlantique, près d’un recruteur sur deux recherchait des informations sur les candidats à un poste sur Internet. 35 % ont même indiqué qu’ils avaient rejeté des candidats à cause d’informations trouvées sur Internet.
Promouvoir l’éthique des conseils en recrutement
C’est pour éviter de tels débordements que l’association A compétences égales emmenée par son président, Alain Gavand, a élaborée la charte réseaux sociaux, Internet, vie privée et recrutement. Ce dernier insiste, d’ailleurs, sur le rôle qu’aura cette charte pour lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité et pour renforcer l’éthique de la profession des conseils en recrutement.
Des arguments qui ont convaincu d’importants intervenants du monde des ressources humaines qui ont signé la Charte et qui s’engagent à la promouvoir auprès de leurs adhérents. Il s’agit de :
- l’Apec,
- l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH),
- Ethique et recrutement,
- IMS Entreprendre pour la cité,
- le réseau social viadeo,
- le Prisme qui regroupe les professionnels de l’intérim,
-le syndicat professionnel, Syntec conseil en recrutement,
- le centre des jeunes dirigeants d’entreprises
- et le Medef.
Ces organisations s’engagent à faire la promotion de la charte auprès de leurs adhérents. Cette charte intervient dans le cadre du débat plus général sur le droit à l’oubli, dont s’est saisi le secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet. Conseiller technique auprès de cette dernière, Fabrice Mattatia indiquait que la ministre considérait que « la charte est un modèle du genre ».
Les plus anxieux peuvent donc se rendormir (d’un œil ?). Leur cauchemar aurait peu de chance de devenir réalité, la charte serait en veille…
Que dit la Charte ?
Les signataires s’engagent à respecter six points pour que les réseaux sociaux restent des espaces privés.
Moins contraignante qu’une loi, une charte n’engage que ceux qui la signent. C’est donc une démarche volontaire de ceux qui y adhèrent. En l’espèce, les signataires de la charte prennent 6 engagements :
- limiter le recours aux réseaux personnels à la diffusion d’informations, notamment des offres d’emplois, aux seuls internautes qui ont manifesté leur intérêt (principe de l’opt in) ;
- privilégier les réseaux professionnels pour diffuser des offres ou entrer en relation avec des candidats ;
- s’interdire d’utiliser les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux comme outil d’enquête pour collecter ou prendre connaissance d’informations d’ordre personnel même si elles sont rendues accessibles par les utilisateurs eux-mêmes ;
- sensibiliser et former les recruteurs sur la nécessité de ne pas collecter ni de ne pas tenir compte de telles informations ;
- alerter les utilisateurs de réseaux sociaux sur la nécessité de veiller à la nature des informations qu’ils diffusent et au choix des personnes à qui ils souhaitent y donner accès ;
- interpeller les gestionnaires de sites Internet hébergeant des réseaux sociaux, des blogs des moteurs de recherches […] sur la nécessité d’informer très clairement leurs utilisateurs sur la finalité du site, les personnes y ayant accès ou encore la durée de conservation des données.Christophe Bys
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