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Bernard Salengro : le pourfendeur du stress des cadres

Bernard Salengro : le pourfendeur du stress des cadres
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Dans les années 90, Bernard Salengro, médecin du travail et syndicaliste CFE-CGC, a vu débarquer dans son cabinet de nombreux cadres souffrant d’un nouveau mal : le stress. Aujourd’hui, il combat ce phénomène, ouvrages et bandes dessinées à l’appui.

Le personnage est imposant. Dans le café parisien situé en face du siège de la Confédération française de l’encadrement-confédération générale des cadres (CFE-CGC), tout le monde le connaît. Bernard Salengro, 60 ans, médecin du travail et syndicaliste, est un altruiste. Depuis plus de dix ans, il pourfend le stress, ce mal insidieux qui ronge doucement mais sûrement la société française.
Entre deux réunions, un café vite avalé, ce membre de la famille de l’ancien maire de Lille et ministre de l’intérieur du front populaire, Roger Salengro (1890-1936), explique sa rencontre avec cette maladie. « Dans les années 90, comme médecin du travail et comme président de la branche santé au travail de la CFE-CGC, j’ai rencontré de plus en plus de cadres stressés. Tous mes collègues signalaient la même chose : beaucoup de salariés et notamment beaucoup de cadres souffraient de cela. J’ai alors alerté la direction de la confédération. Cela fait donc dix ans que je travaille sur ce problème ».

Quand le savoir disparaît dans le logiciel

Le stress est apparu insidieusement dans le monde du travail. « Deux phénomènes viennent expliquer le développement de cette maladie chez les cadres, poursuit Bernard Salengro. Tout d’abord, l’arrivée au pouvoir dans les entreprises du management financier. On travaillait dans une usine pour fabriquer un produit. On y est aujourd’hui pour faire du fric. De façon concomitante est apparue la révolution informatique. Cette machine impose désormais son rythme. L’encadrement s’est trouvé éloigné de la direction. Il a perdu son statut de coopérant intellectuel du pouvoir. Ses connaissances sont diffusées sur de nombreux sites. Bref, son savoir et son expertise ont disparu dans le logiciel. Le cadre a donc moins de pouvoir. Il a perdu le sens de son travail avec un management financier qui veut de la rentabilité, pas de la belle ouvrage ».
Pour le médecin du travail, ces deux phénomènes ont de fortes incidences sur la vie des salariés. Cela a développé une impression de perte de sens du travail et un développement de l’individualisme. Deux facteurs prépondérants qui contribuent au développement des suicides.
La coupe a tôt fait de déborder quand on ajoute le manque de reconnaissance de l’encadrement, la perte de liberté dans le travail du fait de l’informatique, une volonté de faire de l’argent à tout prix avec des injonctions à passer outre l’éthique des salariés, la coupe déborde.
« On me demandait de plus en plus de présenter cette nouvelle maladie. J’ai donc eu l’idée d’en faire des ouvrages », précise Bernard Salengro. Ainsi est né en 2005 « Le stress des cadres » et en 2006 « Le management par la manipulation mentale ». En 2008, Barnard Salengro a voulu démocratiser son combat en publiant une bande dessinée en trois tomes « Stress. Et si on en faisait une maladie ».

Le stress est dangereux pour les salariés et pour les entreprises

Le message que souhaite faire passer Bernard Salengro est aussi celui de son syndicat : le stress étant un élément des conditions de travail comme le bruit, la poussière ou le risque toxique, il faut le considérer comme une nuisance comme les autres. Pour cela, il faut le quantifier, en discuter et négocier pour entamer un dialogue social salvateur avec la direction, la médecine du travail et les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail ( CHSCT).
Car le stress est dangereux pour les salariés mais aussi pour les entreprises. « Selon les études de la CFE-CGC corroborées par des études étrangères, près d’un cadre sur deux souffre du stress », explique Bernard Salengro. Cela développe des infarctus, de l’absentéisme, des replis sur soi pouvant conduire au suicide ou du présentéisme qui est une forme de longue présence au travail sans vraiment travailler. « Cela coûte aussi à l’employeur, commente le médecin. Un vendeur stressé rapporte moins de clients. Et l’on sait aujourd’hui qu’une fois soigné, les ventes s’améliorent. Le problème vient aussi des employeurs qui sont d’excellents financiers mais de piètres gestionnaires humains. C’est pourquoi notre syndicat demande que le stress soit reconnu comme une maladie professionnelle ».
Pour Bernard Salengro, le combat contre le stress continue. Il envisage de publier prochainement un ouvrage pour l’instant intitulé « Conseils à un ami stressé ». « Je suis relativement pessimiste quant au développement de ce mal. Notre société développe l’idée que l’on doit compter avant tout sur soi pour y arriver. Les films américains, les publicités diffusent l’image de l’homme se débrouillant à la seule force de ses poignets. On ne valorise pas le collectif, le syndicalisme. Le développement de la sous-traitance va aussi à l’encontre de ce nécessaire besoin d’unité ».

Gwenole Guiomard

Que faire lorsqu’un salarié souffre de stress ?
Le salarié stressé doit en parler. C’est la première des thérapies. Il peut le faire via son médecin du travail. Mais le praticien seul ne pourra pas faire grand-chose. Car si un médecin du travail donne son analyse, il ne peut contraindre personne. Il faut aussi s’appuyer sur les délégués du personnel ou les représentants syndicaux pour en discuter. « Je conseille aussi de se… syndiquer, précise Bernard Salengro. Cela permet la prise de parole, le regroupement, la fin de l’isolement. La solitude est l’un des grands facteurs du déclenchement du stress. Je connais des services dans des entreprises où l’on ne se parle plus que par mail. Or, j’ai remarqué que l’ambiance dans ces bureaux sans parole est comparable aux services de psychiatrie où la communication est perturbée ».

G.G.
 

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