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« Dans mes candidatures, je dois cacher mon handicap »

 | par emmanuel botta

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Le projet de loi sur l'égalité des droits des personnes handicapées qui sera voté à l'Assemblée nationale contribuera-t-il à une prise de conscience des employeurs ? Venue chercher du travail à Paris, Nathalie Rouquette, jeune Montpelliéraine bardée de diplômes, peine à trouver un poste...

Battante et débordante d'énergie, rien ne différencie Nathalie Rouquette des autres jeunes femmes de son âge... si ce n'est son fauteuil électrique. Titulaire de deux DESS en droit des établissements de santé et en gestion des établissements pour personnes âgées, cette demandeuse d'emploi de 25 ans tombe de haut lorsqu'il lui faut chercher un premier poste. Après une scolarité normale, elle fait le point sur le chemin qui lui reste à parcourir. « Étudiante, je n'avais jamais anticipé la difficulté d'insertion professionnelle car mes stages ont toujours très bien fonctionné, même si l'un de mes directeurs d'études avait mis un peu d'huile dans les rouages. » D'autant qu'elle fut la première personne handicapée à intégrer le DESS dont elle est issue.

Aujourd'hui, en dépit de la multitude de démarches auxquelles elle s'est livrée pour décrocher un poste d'attachée de direction ou de directrice d'un établissement de santé - certains sont gérés par des mutuelles -, rien n'aboutit. « Pourtant, j'ai toujours postulé auprès d'établissements dont j'avais vérifié l'accessibilité, en me considérant au même niveau que les autres. » Elle réalise aussi que son handicap, qui n'avait jamais entravé ses études, se retourne contre elle : « Les recruteurs se disent que je vais être malade ou souvent absente », affirme cette jeune femme pleine de santé. Sa stratégie d'approche des sociétés s'est donc modifiée au fil du temps. « Au départ, sur les conseils d'une personne spécialisée en ressources humaines, j'ai précisé que j'étais en fauteuil roulant, mais je n'ai essuyé que des refus », alors que presque tous les étudiants de son DESS ont trouvé du travail. « Je crois que le problème principal tient à l'entretien : lorsqu'on me rencontre, une barrière tombe, parce qu'on me trouve normale », analyse-t-elle. Aussi lui faut-il maintenant contourner ce problème. « Désormais je masquerai le fait que je suis handicapée. »

Sa réflexion a été nourrie par une expérience originale. À l'initiative de l'association Adapt d'aide à l'insertion professionnelle des personnes handicapées, Nathalie Rouquette a été sélectionnée pour participer à une journée de « job speed-dating » au Palais des congrès à Paris. Avec soixante autres candidats, elle avait douze minutes pour convaincre les DRH d'Axa, Cegetel, Siemens, Sodexho... L'exercice est stressant et exige un sens aigu de la synthèse, une argumentation solide et de la concision. Et si cet événement ne lui a pas permis de décrocher un poste, elle s'est rendue compte qu'elle avait un rapport d'égal à égal et qu'il lui faut aujourd'hui abolir cette distance. Pas question, donc, de baisser les bras. D'ailleurs, il lui reste une piste à exploiter : elle est pressentie pour travailler dans une association. Et, le cas échéant, elle n'hésitera pas à s'engager sur une voie toute différente : « Si je rencontre trop de difficultés, je pense monter ma propre entreprise d'aide aux personnes handicapées ou âgées ou, pourquoi pas, de tourisme adapté. » Pour prouver qu'un fauteuil roulant n'est pas un obstacle insurmontable.

 Emmanuelle Dhelens


Ce qu'elle apprécie. « Une relation de confiance s'est nouée avec quelques recruteurs qui font preuve d'ouverture d'esprit. »
Ce qu'elle regrette. « Le handicap est encore un tabou. Il est très difficile d'être considérée comme un chercheur d'emploi lambda. »

 

TENDANCE

La société Adia et l'Observatoire des discriminations de Paris-1 ont mené un test : un candidat handicapé reçoit 15 fois moins de réponses positives que le profil de référence. Selon l'Observatoire de l'assurance, le taux moyen des salariés handicapés dans l'effectif des sociétés membres de la FFSA est de 1,9 %.

« Les personnes handicapées hésitent à offrir leurs compétences professionnelles » Dominique Ledouce, coordinateur national du réseau des réussites au sein de l'association d'aide à l'insertion de handicapés Adapt

- Grâce au plan Handiscol, et même si des progrès restent à faire, 95 % des personnes handicapées ont désormais un niveau bac et l'on compte 7 500 étudiants handicapés dans le supérieur, contre 700 il y a dix ans.

- Toutefois, il existe une double méconnaissance. D'abord, du côté des recruteurs, qui lient souvent handicap et assistanat. Ensuite, chez les personnes handicapées elles-mêmes, qui hésitent à entrer dans une logique d'offre de compétences.
- Aussi, depuis trois ans, nous organisons un parrainage entre personnes valides et personnes handicapées afin d'apporter à ces dernières une vision d'entreprise et de les aider à élaborer un projet professionnel. Ce système produit de bons résultats, mais nous manquons cruellement de bénévoles.

 

L'Argus - N°6886 - le 18-06-2004

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