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Travailler dans l'industrie

De plus en plus d'ouvriers touchés par la pauvreté

 | par Agnès Laurent

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Précarité et bas salaires étaient au coeur de la conférence sur l'emploi et les revenus, programmée en décembre 2007. Des phénomènes qui prennent de l'ampleur dans l'industrie, avec l'essor des temps partiels, de l'intérim et des CDD.

Quand, à la mi-novembre, Sélim* a reçu sa feuille de paie d'octobre, il a vu rouge. Son salaire d'intérimaire à l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), habituellement de 1 050 euros net, ne dépassait pas, cette fois, les 1 000 euros. En cause ? Deux jours de chômage partiel décidés en octobre par la direction du site. Car, si les salariés permanents de PSA sont payés quand même, les intérimaires, eux, ne perçoivent leur dû qu'à la fin de leur mission, soit parfois plusieurs mois plus tard.

Pour Sélim, marié avec un enfant, ce fut le casus belli. « On a des loyers à payer, des familles à nourrir, cet argent on en a besoin. En plus, en intérim, le risque c'est de se retrouver du jour au lendemain sans travail, donc si on peut mettre un peu d'argent de côté... », raconte ce monteur. Un ras-le-bol partagé : les 15 et 16 novembre derniers, une centaine d'intérimaires se sont mis en grève et ont obtenu le paiement immédiat des jours de chômage partiel. Mais c'est une victoire à la Pyrrhus car nombre d'entre eux savent qu'ils ne travailleront plus pour PSA.

Comme Sélim, de plus en plus d'ouvriers touchent une rémunération qui ne leur permet pas de vivre décemment. Un phénomène souvent dissimulé derrière des moyennes - 16 359 euros par an pour un ouvrier - qui, sans être mirobolantes, paraissent acceptables. « Il y a des salariés durablement installés dans des conditions de bas salaires, soit parce qu'ils perdent leur emploi et font des passages par le chômage, soit parce qu'ils entrent et sortent de l'intérim », souligne Jean-Christophe Le Duigou, le numéro 2 de la CGT.

Les emplois atypiques atteignent 10 %

Dans l'industrie, le phénomène des travailleurs pauvres est directement lié à la précarité de l'emploi. Or, le nombre de contrats courts grimpe : depuis 1982, la part de ces emplois atypiques (intérim, CDD) est passée de 3 % à plus de 10 %. Une partie de ces salariés travaillent assez dans l'année pour obtenir une rémunération suffisante, mais ce n'est plus le cas de la majorité d'entre eux.

Selon une enquête menée par l'institut d'études BVA pour le Fonds professionnel pour l'emploi dans le travail temporaire (FPETT), les missions des intérimaires couvrent en moyenne sept mois et demi dans l'année. S'ils bénéficient d'une prime de précarité équivalente à 10 % de leur rémunération et peuvent - sous certaines conditions - toucher des indemnités chômage, le compte n'y est pas toujours. Illustration en Midi-Pyrénées où l'Insee a réalisé une étude sur la précarité professionnelle : « Tous salaires et allocations chômage cumulés, la moitié des salariés en situation de précarité professionnelle perçoivent moins de 750 euros par mois et le quart moins de 500 euros », note l'institut de statistiques. En Auvergne, où la même enquête a été menée, 12,1 % des salariés travaillent à temps complet, mais moins de six mois dans l'année. Le salaire médian annuel s'élève à 3 800 euros. Quant à ceux qui travaillent entre six et neuf mois, ils touchent 11 400 euros.

Ces montants ne suffisent pas à assurer un niveau de vie décent et conduisent à des situations délicates. Dans les Ardennes, marquées par de nombreuses restructurations industrielles, le nombre de dossiers de surendettement a progressé de 2,63 % entre février 2005 et août 2006. « De plus en plus de salariés demandent la couverture médicale universelle », constate Bruno Cuny, le secrétaire général de la CFDT métallurgie du département. « Le salaire moyen mensuel dans le privé est de 1 000 euros. Un homme qui gagne ça, avec une femme au chômage et deux ou trois enfants, se retrouve dans la misère », renchérit Jean-Louis Joffrin, le secrétaire général de l'union départementale de la CGT.

Les syndicats démunis face à cette réalité

Le travail temporaire et la multiplication des CDD ne sont pas seuls en cause dans l'essor de ces travailleurs pauvres de l'industrie. Autre facteur : le temps partiel. Si les services en sont les plus gros consommateurs, les activités de production l'utilisent aussi. Dans ce secteur, 10,3 % des effectifs travaillent sur un horaire incomplet. Et ce taux est particulièrement élevé pour les salariés rémunérés au Smic : 51,8 % dans les industries agroalimentaires, 28,7 % dans les biens de consommation et 19,7 % dans les biens intermédiaires, selon le ministère de l'Emploi.

A temps partiel, la rémunération est faible en raison du nombre d'heures travaillées bien sûr, mais rapportée au taux horaire, elle est aussi inférieure à celle d'un salarié à temps complet. « Ces emplois à temps partiel sont un peu moins rétribués que les temps complets, avec des salaires horaires respectifs de 11,21 euros et 11,77 euros », note l'Insee dans sa dernière enquête sur « Les salaires en 2005 ».

Ces inégalités salariales touchent en priorité les ouvriers non qualifiés. « Dans cette catégorie, les contrats courts et le sous-emploi représentaient 19 % des emplois en 1990. Aujourd'hui, c'est 30 % », confirme Laurence Coutrot, sociologue et ingénieur de recherches au CNRS. Seconde catégorie particulièrement concernée - et qui recoupe partiellement la première : les jeunes. Selon le Centre d'études et de recherches sur les qualifications, 35 % des jeunes non diplômés démarrent par un CDD, de l'intérim ou un contrat aidé. Et 20 % d'entre eux occupent toujours un emploi précaire au bout de sept ans de vie active. Depuis qu'il a commencé à travailler en 2001, Sélim, par exemple, n'a connu que l'intérim avec, entre deux missions, des périodes de chômage quand il pouvait être indemnisé ou sans revenu parfois. Et toujours le loyer de son studio de 470 euros à payer.

Pour sortir de cette spirale qui lie précarité de l'emploi et bas salaires, les syndicats, qui s'intéressent surtout aux salariés en CDI et perdent de vue les précaires dès la fin de leur mission ou de leur CDD, s'avouent démunis. Ils tablent, suite à la conférence sur l'emploi et les salaires, sur des efforts du gouvernement en matière de logement ou de protection sociale. Au risque d'occulter la question centrale de la précarité de l'emploi.

* Le prénom a été modifié

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