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Décrocher un bac + 5 tout en continuant à travailler

 | par Lucile Chevalier

Décrocher un bac + 5 tout en continuant à travailler
Laurent Amice, ESCP
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Comment suivre les 350 heures (au minimum) de cours d’un Master, tout en continuant son activité professionnelle ? De plus en plus d’écoles et d’universités résolvent ce paradoxe en proposant des formations diplômantes en part-time, en cours du soir ou à distance.

Hubert Riondel est pilote d’avion et aime son métier. Il y a plus de 2 ans de cela, il a eu envie d’« élargir ses compétences pour évoluer vers le management », explique-t-il. Il a un peu hésité entre un MBA ou un Master en management, puis il a opté pour la seconde solution. Mais, voilà, il n’est pas inutile de le répéter : Hubert Riondel est pilote. Pour garder sa licence, il doit justifier d’une expérience de vol récente. Impossible donc pour lui d’arrêter son activité professionnelle. Pour résumer, le pilote voulait continuer à piloter tout en étant en cours pour suivre les 350 heures d’un Master. Un vrai casse-tête chinois que les écoles, les universités et les entreprises ignoraient il y a à peine 15 ans. Sauf que le vœu d’Hubert Riondel est loin d’être unique.

En effet, ils sont de plus en plus nombreux, cadres et salariés, à vouloir décrocher un diplôme « pour sécuriser leur parcours professionnel, observe le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) qui constate depuis 2 ans une recrudescence des demandes. Certains ont un Bac +2 et visent un diplôme de niveau Bac +5 qui viendrait sanctionner leur expérience. D’autres ont déjà un Bac +5 et visent un Master dans une autre discipline ». Le diplôme rassure, mais la formation inquiète. Quitter son job, alors que le chômage ne cesse de monter, montrer que l’entreprise peut se passer de moi pendant quelques mois, ce n’est peut-être pas ce que j’ai de mieux à faire par les temps qui courent. Et d’ailleurs les entreprises, elles-mêmes, par manque de financement et dans un contexte de marché tendu, privilégient les formations courtes.

 

Un MBA, les mardis et jeudis soir

Mathieu Dengler était responsable grands comptes dans les télécoms. Cela c’était avant. Avant son MBA Administration des entreprises à l’IAE de Paris, avant le rachat de son entreprise.

« Je voulais évoluer vers des fonctions de direction générale. Et cela n’était pas possible dans l’entreprise où j’étais. Je m’étais donc décidé à partir, mais je voulais aussi acquérir des compétences solides pour réaliser mes ambitions. Mon entreprise était déjà en mauvaise posture et n’était pas prête à m’accompagner. Je n’étais pas non plus prêt à quitter mon travail. C’est plus simple de trouver un poste quand on est déjà en poste. On peut prendre le temps de choisir la bonne opportunité. Retourner sur les bancs de l’école quand on évolue depuis des années dans le milieu professionnel n’est pas évident. Le fait que la formation était diluée sur 2 ans m’a permis de mieux digérer les parties académiques. Ainsi, de 2011 à 2013, le mardi et le jeudi soir entre 20h30 et 22 heures, je me suis rendu à l’IAE de Paris aux cours d’amphi et TD. Certains samedis matin, j’allais à Arcueil pour les examens. Aujourd’hui, je suis adjoint au directeur du développement chez Cigere. »

Master découpé en certifications

Pour plaire à tout le monde, il faudrait une formation diplômante donc longue mais courte. « Pour lever cette contradiction, nous proposons depuis une dizaine d’années, des MS en part-time, note Laurent Amice, directeur des programmes interentreprises et des Executive MS à l’ESCP. Nos participants, cadres ayant autour de 35 ans en moyenne, viennent chercher une nouvelle inflexion à leurs parcours de carrière, comme donner une dimension marketing à un parcours dans la communication. Ces formations durent 18 mois, avec des cours en présentiel de 2 ou 3 jours toutes les 2 ou 3 semaines. Nous avons également mis en place, il y a 2 ans, un diplôme de manager dirigeant de niveau 1 et enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles pour répondre aux demandes de cadres qui souhaitent acquérir des compétences en management tout en continuant leur activité professionnelle. » Pour décrocher le diplôme, le participant dispose de 5 ans pour capitaliser trois programmes certifiant, dont un obligatoire, celui du « management général de l’entreprise » (182 heures, 26 jours). Pour les deux autres, il choisit parmi les 25 thématiques proposées : pilotage de la performance et contrôle de gestion, direction commerciale, business 2.0, marketing de la santé, etc. En découvrant ce programme, il y a 2 ans, Hubert Riondel, le pilote, sut qu’il avait trouvé chaussure à son pied. « Je me suis inscrit en mai 2012. J’ai expliqué mon projet à l’ESCP qui m’a guidé dans le choix des programmes. La charge de travail est loin d’être insurmontable. Les modules sont dispensés à raison de 2 ou 3 jours par mois. Toutefois, je ne nie pas que les choses ont pu être parfois un peu plus compliquées. Cette formation m’a ouvert des opportunités professionnelles. En ma qualité de pilote et grâce aux nouvelles compétences acquises par la formation (être capable de mobiliser les bonnes personnes dans une entreprise, savoir interagir avec les différents services), mon entreprise m’a confié le projet de mise en place d’une plate-forme de travail collaboratif. J’ai donc eu à un moment donné plus de travail, et j’ai dû mieux m’organiser. Au lieu de suivre, un module par mois, j’en suivais deux pour m’aider à mener à bien le projet que m’avait confié mon entreprise », explique-t-il. Il décrochera son diplôme en octobre prochain.

 

Les cours du soir

Guy Uring, ingénieur de formation, partageait la même ambition qu’Hubert Riondel : « évoluer vers plus de management ». Il en a parlé autour de lui, s’est rendu dans des salons. « Il y avait énormément de formations et pas toujours données, se remémore-t-il. J’ai trouvé ce qui correspondait le mieux à mes envies dans le programme MBA Administration des entreprises de l’IAE de Paris. Je n’avais pas à sacrifier mon activité professionnelle, le programme est dispensé en cours du soir. Pour le travail personnel, auquel il faut consacrer en moyenne autant de temps qu’en présentiel, je le faisais le week-end. Et il y avait beaucoup de TD, de pratique, ce qui me plaisait aussi. Cela a été payant, car, d’une part, grâce à cette formation, j’ai pu justifier mon passage d’acheteur à manager achat, sans mettre entre parenthèses mon parcours professionnel, et d’autre part, par la suite, j’ai été contacté par beaucoup de sociétés intéressées par ma formation et ma double compétence », raconte-t-il. Il est aujourd’hui responsable d’agence chez Alten.

 

La formation à distance

D’autres cursus proposent des cours alliant cursus à distance et semaine de présence à l’école. C’est le cas de Télécom Lille. « En 1994, lors de la création de notre établissement, il y avait cette volonté de répondre à une forte demande des techniciens en télécom qui, faute de diplôme d’ingénieur, se retrouvaient bloqués dans leur carrière, explique Véronique Misery, responsable d’un service d’ingénierie à distance à Telecom Lille. Il était évident qu’il était hors de question pour les entreprises de se passer de leurs salariés pendant 3 ans. » Ainsi naquit le cursus TutTelNet qui allie présentiel (1 semaine toutes les 6 semaines), e-learning avec une plate-forme comprenant un forum d’échanges, des cours, des quizz et des classes virtuelles. L’enseignement vient sur le lieu de travail.

 

« J’ai décroché mon titre d’ingénieur en cours du soir »

En 10 ans, Fabien Angot est passé du statut de sans diplôme à celui d’ingénieur en suivant les cours du Cnam. Un parcours longue durée.

« Je suis rentré dans le monde de l’entreprise à 19 ans et j’y ai développé pas mal de connaissances. En 2001, développeur, avec 4 ans d’expérience, j’ai souhaité progresser professionnellement. Mais sans diplôme, j’avais peu de chance de décrocher un poste à responsabilité. C’est alors que mon parcours au Cnam a commencé. L’établissement proposait une large offre de formations en informatique, des cours du soir et une grande couverture nationale. Je pouvais suivre des cours en présentiel à côté de mon travail. Sur l’année universitaire 2001-2002, accompagné par le Cnam, j’ai fait une VAE pour obtenir un niveau équivalent à Bac +2. Cela m’a ouvert l’accès aux formations de niveau Bac +5. Les 2 années suivantes, j’ai poursuivi avec les cours du cycle probatoire, 3 heures 5 soirs par semaine et des cours le samedi matin, c’était assez intense. En 2004, j’ai décroché un diplôme d’étude supérieur et technique en informatique (niveau Bac +4). J’ai continué avec des cours d’approfondissement et réussi en décembre 2005 mon examen probatoire. Il me restait le mémoire pour obtenir le titre d’ingénieur. Je l’ai décroché en 2013 avec les félicitations du jury. Ingénieur, je suis chef de projet au sein d’un grand groupe de locations de voitures. »

Une offre pléthorique …

« Les formations à distance ou mixtes, c’est-à-dire alliant présentiel et cours à distance marchent bien, observe Martine Carette, responsable du service de formation continue à Lille 1. Il y a aussi pas mal de demandes pour des formations à temps partiel par unités capitalisables. Il y a plusieurs années, les salariés venaient se former le samedi ou bien les cadres voulant faire un break avec leur entreprise préféraient bloquer une semaine de formation par mois. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins le cas. » Au Cnam, il est vrai, « on développe beaucoup le e-learning depuis quelques années, rend compte Moy Taillepied, responsable information et orientation. 6 nouvelles salles consacrées aux cours virtuels ont été ouvertes. Mais on ne délaisse pas les autres options. On laisse un grand choix aux apprenants. Un même cours peut être suivi à distance, en cours du soir, en en journée. »

Chez Demos, Sylvestre Perrault, directeur des opérations, travaille sur la construction d’une nouvelle offre de formations. « On a constaté une forte baisse ces deux dernières années de demandes pour le diplômant : - 15 % en 2013. Cela tenait peut-être aux modalités pas assez adaptées aux salariés que nous proposions. On constate, toutefois, depuis quelques mois, que les demandes repartent et cela devrait s’accentuer avec l’entrée en vigueur en 2015 du compte personnel de formation. »

 

… pas toujours bien identifiée par les recruteurs

Que d’évolutions ! Il y a 25 ans, un salarié qui reprenait ses études était un cas rare. Aujourd’hui, l’offre est pléthorique et « il n’est pas toujours facile pour un recruteur de s’y repérer, reconnaît Xavière Phisel, directrice associée du cabinet de recrutement Sirca. Les cursus en formation initiale, plus anciens, sont mieux identifiés. Pour un diplôme obtenu dans le cadre de la formation continue, on pose plus de questions. On cherche à savoir pourquoi le candidat a suivi cette formation, comment elle s’inscrit dans son parcours de carrière. Qu’il l’est obtenu en part-time ou en présentiel a peu d’importance. En revanche, il peut en retirer des gains importants pour sa carrière. Une personne qui, par exemple, a décroché un diplôme d’ingénieur sera mieux positionnée qu’une personne restée sans diplôme ». Reste à savoir s’il peut rattraper son retard par rapport à une personne l’ayant décroché en formation initiale, c’est une autre histoire. « En France, même si les mentalités évoluent, on accorde encore une grande importance à la formation initiale », conclut Xavière Phisel. 

 

« Cours à distance et présentiel »

Abdelhak Benmoussa, technicien chez SFR, suit un cursus ingénieur en blended learning à Telecom Lille. Témoignage.

« J’ai travaillé pendant plus de 6 ans dans les télécoms comme technicien supérieur. Dans la pratique, je faisais une bonne partie des tâches qu’effectuaient les ingénieurs, mais sans la reconnaissance, ni le même salaire. En outre, je participais aux projets, mais je ne les pilotais pas, contrairement à mes collègues ingénieurs. J’ai donc décidé de partir de mon entreprise. J’ai postulé à SFR car je savais que le groupe proposait des parcours de formation pour les techniciens. J’avais là l’occasion de suivre un cursus d’ingénieur et d’obtenir le titre. L’entreprise a un partenariat avec Telecom Lille. La formule proposée allie cours à distance et présentiel. Concrètement, je suis une fois par semaine un cours en classe virtuelle de 4 heures de mon lieu de travail. Et toutes les 6 semaines, je me rends à Telecom Lille pour une semaine de cours en présentiel. Ce cursus m’a permis d’avoir une approche plus globale de mon travail. Je me sens plus confiant. Je pilote aujourd’hui des projets. J’ai commencé la formation début 2010 et je serai diplômé en juin prochain. À ce moment-là, avec mon entreprise, on étudiera la possibilité d’obtenir un meilleur poste, un poste d’ingénieur. »

 

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