emploipro.fr le site d’offres d’emploi professionnelles des magazines

L'argus de l'assurance L'usine nouvelle Lsa Neo restauration Le Moniteur
Une marque du réseau Emploipro.fr

Travailler dans l'industrie

Europe de l'Est La fin des coûts bas ?

 | par Par agnès laurent

  • partager avec Facebook
  • partagez avec twitter
  • partager avec google +
  • partager par email
  • imprimer
Dans tous les pays d'Europe centrale et orientale, les salaires progressent à un rythme deux à trois fois plus élevé qu'à l'Ouest. Une revalorisation que les industriels français installés dans les Peco compensent par des gains de productivité et le développement de leur chiffre d'affaires

Toyota Peugeot-Citroën Automobile, installé à Kolin (République tchèque), n'a guère eu le choix. Il y a quelques semaines, pour éviter une envolée de son turn-over, le constructeur d'automobiles a accordé une augmentation annuelle de 7,5 %, portant le salaire moyen à 818,50 euros. Au même moment, en Roumanie, Dacia, la filiale de Renault, affrontait elle aussi des négociations salariales musclées qui se sont soldées par une hausse de 20 % des salaires. L'année précédente, le constructeur avait déjà accordé un coup de pouce de 15 %. Et il est loin d'être le seul. Toujours en Roumanie, le syndicat des sidérurgistes Metarom bataille avec Michelin : « Le salaire moyen dans la métallurgie est de 200 euros par mois. Notre objectif est de parvenir à 300 euros », précise Nicolae Coman, le secrétaire général de la fédération syndicale.

Des pénuries dans les grandes villes

 

Exemples extrêmes ? Pas vraiment. Dans tous les pays d'Europe centrale et orientale (Peco), la fièvre gagne. En 2006, les coûts salariaux ont crû de 29,2 % en Roumanie, de 10,1 % en Hongrie ou de 8,5 % en Pologne, selon Eurostat (lire tableau p.58). Certes, les écarts bruts de salaire entre l'Europe centrale et l'Europe occidentale restent importants. Mais nombre d'industriels français n'avaient pas anticipé un tel rythme de revalorisation : « Pour être sincère, la majorité des acteurs sont surpris par l'ampleur et la rapidité de ces hausses. Cela peut poser rapidement des problèmes pour les industries très dépendantes de la main-d'oeuvre », souligne Olivier Lluansi, le directeur général de Saint-Gobain Sticla Romania en Roumanie.

Plusieurs facteurs jouent dans cette inflation salariale. Premier d'entre eux : les difficultés de recrutement. Trouver de la main-d'oeuvre dans les grandes villes des Peco s'avère un casse-tête, surtout pour les métiers techniques ou les profils rares tels que les auditeurs ou les acheteurs. Le turn-over est difficilement maîtrisé. « Les gens sont flexibles en matière d'emploi : ils n'hésitent pas à vous quitter pour 10 % de salaire en plus », souligne Antoine de Saint-Affrique, vice-président d'Unilever, en charge de l'Europe de l'Est. Si les taux nationaux de chômage restent élevés, ils flirtent désormais dans les grandes villes avec les 2 à 3 %, un seuil qui n'assure plus la fluidité du marché du travail. La pénurie est encore accentuée par une forte immigration des compétences vers l'Europe occidentale : « Un soudeur qui travaille sur les chantiers navals de Gdansk peut espérer gagner dix fois plus s'il part en Norvège ou en Grande-Bretagne », résume Philippe Vavasseur, le président d'EDF Polska en Pologne.

Forte concurrence sur la main-d'oeuvre

 

La concurrence que se livrent les entreprises occidentales ne contribue pas à faire baisser la tension. Lorsqu'à quelques mois d'intervalle, Volkswagen, PSA et Hyundai s'implantent en Slovaquie, ils assèchent le marché local de la main-d'oeuvre. Ils n'ont d'autre choix que de surenchérir sur les salaires. Ils entraînent derrière eux le reste de l'industrie, comme TSA, un sous-traitant automobile : « Les salaires augmentent rapidement. Je m'efforce de n'accorder que l'inflation - entre 5 et 10 %. Mais je fais un effort pour le logement, c'est loin d'être négligeable : louer un studio à Bratislava coûte 15 000 couronnes par mois alors que le salaire moyen n'est que de 17 000 couronnes », raconte Pascal Soltysiak, gérant de cette société d'études et de réalisation d'outillages de contrôle et d'assemblage, filiale de 2MI à Montluçon. Pour réduire la pression, les industriels français commencent à investir dans la formation. Saint-Gobain noue des partenariats avec les autorités locales en Roumanie pour développer les formations bac techniques ou bac +2. La filiale d'EDF en Pologne finance des projets de recherche et des programmes de formation dans les principales universités du pays. Mais en attendant que ces efforts portent leurs fruits, la tension reste vive. Les représentants syndicaux locaux n'hésitent pas à jouer la surenchère. Et ils sont puissants. En Pologne, bien sûr, avec l'héritage de Solidarnosc. Mais, dans les autres pays également : chez Dacia, il n'y a qu'un seul syndicat mais il regroupe 93 % des 12 000 salariés.

Des secteurs fragilisés

 

Ces évolutions mettent-elles en péril l'équilibre coûts salariaux/prix de vente des industriels français implantés dans les Peco (lire p. 56) ? Indubitablement pour certains d'entre eux. Plexirom, un fabricant de plaques de Plexiglas, qui exporte 50 % de sa production vers l'Europe occidentale, n'a pas tardé à réagir. Installé jusqu'alors à Bucarest, le site de fabrication déménage dans quelques jours à 60 kilomètres de la capitale, à Lehliu. L'objectif : s'implanter dans une zone où le taux de chômage est plus élevé et les salaires inférieurs. « Pour la main-d'oeuvre peu qualifiée, on ne peut pas se permettre de payer 300 euros par mois. On y perdrait notre compétitivité. A 200 euros, nous sommes au double de la Chine, mais nous avons l'avantage de la réactivité », souligne Christophe Benzimra, le P-DG, qui réfléchit déjà à une future unité de production en Ukraine. Parmi les secteurs les plus fragilisés : la chaussure, l'habillement, le petit équipement électrique ou l'électronique bas de gamme.

L'essor des marchés locaux

 

Pour les autres, la situation est moins grave. Ils compensent cette hausse par des gains de productivité (lire ci-dessus). « Aujourd'hui, il y a un phénomène de convergence des salaires. Mais les industriels regardent si la productivité augmente à un rythme équivalent », rappelle Thierry Mayer, professeur à l'université Paris I et conseiller scientifique au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii). Désormais sortie de la période de restructuration qui a suivi son acquisition par Renault, Dacia a beaucoup gagné en productivité. En 1998, 60 000 voitures étaient produites par 28 000 personnes, le rythme est désormais de 200 000 véhicules avec 12 000 salariés. Il reste des réserves : « La main-d'oeuvre est de très haut niveau. On peut donc développer des méthodes de travail telles que le Kaizen ou des systèmes de suggestion qui amélioreront la compétitivité et viendront contrebalancer les hausses de salaires », précise François Fourmont, le directeur général de Dacia.

Autre source d'espoir : les marchés locaux commencent à tenir leurs promesses. Si autant d'industriels français ont investi dans les Peco, c'est dans la perspective d'y trouver des relais de croissance à un marché occidental à maturité. « Ces pays sont un formidable point de départ pour atteindre les pays émergents », souligne Lionel Fontagné, professeur d'économie à Paris I. Le succès de la Logan de Dacia est là pour en témoigner. Avec 200 000 véhicules vendus en Roumanie depuis le lancement de la « voiture à 5 000 euros » et un marché devenu plus important que celui de la Pologne, Renault a gagné son pari. Veolia Eaux détient 14 contrats en République tchèque, soit 45 % du marché, 2 en Slovaquie - soit 20 % du marché - et est aussi présente en Hongrie. « Si vous vouliez faire du dumping social, c'était il y a dix ans qu'il fallait le faire. Aujourd'hui, il faut voir ces pays comme une opportunité de marché », tranche Philippe Guitard, le directeur de Veolia Voda pour l'Europe centrale et la Russie.

Les Peco devraient offrir encore de belles années aux industriels français. A condition de résoudre le problème crucial des pénuries de main-d'oeuvre.

Partagez cet article

NEWSLETTER

Cet article vous a plu ?
Abonnez-vous à la newsletter !

GRATUITL'aéronautique recrute mais manque de candidats

Déposez votre cv et devenez visible des recruteurs

Je dépose mon cv
Suivez-nous sur Facebook !

521 offres d’emploi en ligne

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
Fermer X