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Faut-il casser nos acquis sociaux pour garder nos emplois ?

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General Motors à Strasbourg, Continental à Toulouse, Bosch à Vénissieux. Tous les salariés de ces groupes ont eu à faire au même dilemme. Soit ils acceptaient une baisse de leurs salaires, soit ils verraient leur usine délocalisée. Dans un marché mondialisé, faut-il nécessairement revenir sur certains progrès sociaux pour gagner des parts de marché et donc garder nos emplois ? Première partie, à la veille de la trêve des confiseurs, d’une enquête en 5 volumes pour vous faire passer définitivement l’envie de reprendre de la dinde.

RTT supprimés, gel des salaires, prime d’intéressement aux abonnés absents. Cet été, les salariés de General Motors à Strasbourg, puis un mois plus tard, les salariés de Continental à Toulouse ont accepté les sacrifices contre le maintien de leur emploi. Un an plus tôt, c’était les salariés de British Airways qui acceptaient de travailler gratuitement pendant un mois. En mars 2009, le dilemme s’était posé pour les Espagnols salariés de Seat. Et toujours les mêmes arguments avancés par les dirigeants de ces grands groupes : la main d’œuvre dans les pays développés est trop chère et plombe la compétitivité de l’entreprise au niveau mondial. Pour le cas alsacien de General Motors, la société américaine avait raisonné en ces termes. Au Mexique, la main-d’œuvre est de 14 % moins élevée qu’en France, alors si les Strasbourgeois voulaient retourner dans le giron américain, ils devaient faire un effort et baisser de 10 % le coût de leur main-d’oeuvre. Leur travail n’était pas mis en cause, ni la santé de l’entreprise qui   était bénéficiaire, mais, leurs salaires étaient tout simplement plus élevés que ceux pratiqués au Mexique.

 

Un effort considérable pour améliorer sa compétitivité

Nul besoin de traverser l’Atlantique pour le comparatif. D’après la dernière note de l’institut privé d’études économiques Coe-Rexecode, la France est, au 4e trimestre 2009, dans le peloton de tête des pays européens où les coûts de la main d’œuvre sont les plus élevés. Avec ses 33,2 euros de coût horaire moyen dans les secteurs de l’économie marchande, elle dépasse de près de 10 euros la moyenne européenne (24,3 euros) et devance l’Allemagne (30,6 euros). « Il est clair que l’Allemagne, à partir du milieu des années 90, a fait un effort considérable pour améliorer sa compétitivité : au milieu de cette décennie, ses coûts horaires étaient supérieurs à ceux de la France », commente Jean-Michel Boussemart, économiste chez Coe-Rexecode et auteur de la note. Un écart qui fait réfléchir jusqu’au gouvernement. Rappelant que l’industrie représente 80 % des exportations françaises, le nouveau ministre en charge du secteur, Eric Besson, a annoncé, la tenue, dans les prochains mois, d’une concertation   « sur le différentiel de coût du travail dans l’industrie entre la France et l’Allemagne ». « En 10 ans, la France, qui jouissait d’un avantage compétitif par rapport à l’Allemagne, a été rattrapée et est désormais dépassée par celle-ci » s’est-il alarmé.

 

Sommes-nous à même de sortir gagnants de cette compétition ?

« Nous n’avons pas à nous comparer aux travailleurs qu’on exploite au Mexique, en Chine ou je ne sais où », s’était énervé, cet été, Roland Robert, délégué CGT à l’usine de Strasbourg, syndicat qui avait refusé de signer l’accord.

Reste une question à quelques milliers d’euros (brut) par mois : faut-il accepter ces comparaisons ? Pouvons-nous refuser ces hit-parades de la misère salariale ? Dans un contexte de concurrence mondiale, pour garder nos industries et donc nos emplois, serions-nous amenés à allonger notre temps de travail et à baisser nos salaires ? Sommes-nous à même de sortir gagnants de cette compétition ? Fin juillet 2008, Herbert Hainer, patron d’Adidas, avait estimé que, « en Chine, les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop chers ». Une partie de la production du groupe allemand a, dès lors, été transférée au Laos, Cambodge, et le Vietnam, considérés comme plus compétitifs.

Tout au long de la semaine nous répondrons à ces questions, nous reviendrons également sur les cas de Bosch à Vénissieux. 6 ans après que les salariés aient consenti à travailler plus sans compensation salariale, ces entreprises sont-elles plus solides, les emplois ont-ils été maintenus ? Et enfin nous verrons comment un employé peut s’opposer à ce dilemme.   

Lucile Chevalier

Les conflits liés à une baisse des salaires
Chez Continental Toulouse, on a assisté à un conflit ouvert entre salariés et syndicats en septembre 2010. Le projet de la direction, baptisé "Plan de maintien de l'emploi 2015", devait permettre une réduction de 8 % du coût de travail par le biais d'une réduction de primes financières, du gel des salaires et de réductions de 2 journées de RTT. 52 % des salariés ont voté « oui » lors du référendum, dont la seule utilité était de prendre la température du personnel. Les trois syndicats minoritaires de l’entreprise, FO, CFE-CGC et CFTC ont paraphé l’accord. Mais la CFDT et la CGT, les deux syndicats majoritaires, s’y sont opposés. Fin octobre 2010, près de 1 200 salariés ont demandé aux élus de ces deux syndicats de démissionner.
Chez General Motors, il s’agissait de payer des Strasbourgeois comme des Mexicains. En juillet 2010, la direction a obtenu la suppression de 6 RTT sur 16 au total, le gel des salaires pendant 2 ans et pas de prime d’intéressement jusqu’en 2013. En contrepartie, General Motors s’engageait à reprendre le site de Strasbourg. Comme argumentaire, la direction de GM avait avancé qu’au Mexique le coût de la main d’œuvre était 14 % moins élevée. En échange, la direction s’est engagée sur un carnet de commandes étoffé jusqu’en 2014. 70 % des salariés votants se sont dit prêts à consentir aux sacrifices. La CGT, syndicat majoritaire, est contre. Mais la confédération s’est refusée à exercer son droit d’opposition.
British Airways a, elle, inventé le travail gratuit. C’était en juin 2009. La compagnie britannique a, alors, proposé à ses 40 000 salariés de se priver de salaire pendant une semaine à un mois. Pour traverser la crise et remonter la pente, les salariés devaient faire du bénévolat. Le travail gratis ne s’est pas avéré très payant. Quelques mois plus tard, en octobre, le groupe annonçait la suppression de 1 700 postes.
Hertz a mis ses cadres français au régime en mai 2009. Le numéro 1 mondial de location de voiture a, alors, demandé à ses cadres français d’accepter une baisse de leur salaire de 5 % à 7,5 % pendant trois mois, sur la base du volontariat, sans réduire leur temps de travail. 67 % d’entre eux ont accepté. 
Seat a troqué un nouveau modèle contre un gel des salaires en mars 2009. Les ouvriers de Seat en Catalogne ont accepté le gel de leurs salaires. La majorité des quelque 11 000 travailleurs du constructeur automobile espagnol Seat, groupe Volkswagen, en Catalogne, ont accepté dans la nuit de geler leurs salaires en échange de la construction d'un nouveau modèle.
L.C
 

Et découvrez toute cette semaine la suite de notre saga...

Mardi 21 décembre - Une main d’œuvre trop chère en France ?
Cri d’orfraie du Medef sur le trop lourd coût du travail en France. Crainte de certains salariés de voir leurs entreprises délocalisées vers des cieux moins coûteux. Dans un contexte de marché mondialisé, le coût de notre main d’œuvre nous pénalisent-ils ? Sommes-nous réellement trop bien payés ?

Mercredi 22 décembre - Faut-il travailler plus pour garder son emploi ?
Les sociétés Le Doux et Bosch en 2004, l’entreprise de chaudière Baxi en 2008. Autant d’exemples d’entreprises qui ont remis en cause les 35 heures. Les Français ne travailleraient-ils pas assez ? Les 35 heures, au lieu de créer des emplois, pousseraient-elles plutôt les entreprises vers d’autres cieux ?

Jeudi 23 décembre - A Bosch-Vénissieux, où en est-on dix ans après ?
Été 2004, à l’usine Bosch de Vénissieux : 98 % des salariés acceptent de renoncer aux 35 heures, de geler leurs salaires pendant 3 ans et de diminuer leurs tarifs nuits. En échange, la direction s’engage à investir 15 millions d’euros dans le site. 6 ans après, quel bilan dresser de cet accord ?

Vendredi 24 décembre - Quelle est la marge de main-d’œuvre du salarié face à un « chantage à l’emploi » ?
98 % votaient « oui » à Vénissieux en 2004. A Strasbourg, en 2010, 70 % des salariés votants ont accepté les sacrifices. Un plébiscite. Mais les salariés pouvaient-ils voter autrement face à ce que les syndicats ont appelé « chantage à l’emploi » ? Jacques Barthelemy, avocat-conseil en droit social rappelle les droits des salariés.
 

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