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Faut-il travailler plus pour garder son emploi ?

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Les sociétés Le Doux et Bosch en 2004, l’entreprise de chaudière Baxi en 2008. Autant d’exemples d’entreprises qui ont remis en cause les 35 heures. Les Français ne travailleraient-ils pas assez ? Les 35 heures, au lieu de créer des emplois, pousseraient-elles plutôt les entreprises vers d’autres cieux ?

Début décembre 2010, dans le journal Le Monde, Gérard Longuet a remis sur le tapis le débat des 35 heures, l’arlésienne de la droite depuis près de 12 ans. « Les 35 heures, a-t-il estimé, est une réévaluation de fait, qui a abouti depuis 10 ans à une déflation française. Ou l’on sort de l’euro, ou l’on sort des 35 heures, mais on ne peut pas avoir les deux. » Avant de souligner que les 22 milliards d’euros d’allégements de charges liés aux 35 heures « seraient utiles aux finances publiques ». Des propos en échos de ceux tenus par Jean-François Copé, en septembre dernier, qui avait jugé nécessaire de « remettre sur la table » le débat des 35 heures.

LES 35 heures mises à mal ces dernières années

Est-ce réellement nécessaire ? Car, dans les faits, certaines entreprises n’ont pas attendu l’ouverture d’un nouveau débat politique pour revenir sur la  loi Aubry. En 2004, dans l’usine de Bosch à Vénissieux, les salariés avaient consenti à revenir sur ces fameuses 35 heures pour éviter la fermeture de leur usine.   Quatre ans plus tard, le groupe Sifall accepte de reprendre l’entreprise de chaudière Baxi en échange d’une remise en cause des 35 heures. « Aujourd’hui apparaît une logique de rationalité économique visant l’allongement de la durée du travail afin de réduire les coûts salariaux. Dans un tel contexte marqué par des attaques à l’encontre des 35 heures, par une concurrence internationale croissante et par l’annonce de délocalisations, quelques entreprises   allongent la durée du travail sans contrepartie salariale », observe Michel Cattla, docteur en sociologie à l’université de Toulouse, et auteur de Vers une remise en cause des 35 heures en France ?. En France, on estime à une dizaine le nombre d’entreprises qui ont négocié un accord remettant en cause les 35 heures.

Pas besoin d’aller aussi loin. Deux réformes engagées par les gouvernements Raffarin et Fillon ont déjà grignoté la loi Aubry : l’augmentation du contingent d’heures supplémentaires, passant de 180 heures annuellement en 2002 à 220 heures en 2003, et   la défiscalisation, en 2007, les heures supplémentaires. L’idée est de détourner la loi Aubry sans y toucher.

Les 35 heures ont créé 350 000 emplois

Entre les pro et les anti-35 heures, il y a aussi ce différent : les 35 heures créent-ils de l’emploi ou à l’inverse constituent-elles un frein aux embauches ? La réponse semble nette. Selon la statistique nationale, normalement apolitique, entre 1998 et 2002, 350 000 des emplois créés sont associés directement par une étude de la Dares et de l’Insee à la mise en place des 35 heures. « L’autre question est de savoir si ces lois ont nuit à la croissance ?, se demande l’économiste de l’OFCE, Eric Heyer.   Là encore, répond-il, l’on constate qu’au cours de cette période, la croissance en France a été supérieure à la moyenne européenne en glissement annuel. Se pose enfin la question de la compétitivité. A cause des 35 heures , la France est-elle moins compétitive ? Une nouvelle fois non. Les données de l’Eurostat montrent que, toujours sur la même période, le coût salarial unitaire français est celui qui a le plus baissé. Les 35 heures sont attaquées mais en s’appuyant sur des faits économiques on a dû mal à trouver un effet négatif », conclut Eric Heyer.

200 000 emplois préservés en Allemagne

Par ailleurs, il semble qu’en temps de crise, la réduction du temps de travail permet même de limiter le chômage. En Allemagne, le taux de chômage a presque baissé d’un point, passant de 7,9 % au début de la récession à 7 % en mai 2010. Alors qu’au même moment, le chômage dans l’ensemble de l’OCDE a augmenté de 3 points, atteignant 8,6 %. D’après l’ Observateur de l’OCDE, paru en juillet dernier, le mérite de cette baisse revient « aux mesures de réduction de la durée du travail désignées sous le terme de Kurzarbeit. Selon des récentes estimations de l’OCDE, au 3 e trimestre 2009, ce programme aurait permis de préserver plus de 200 000 emplois. »

« On a tout essayé mais rien n’a marché » déclarait dépité François Mitterrand, impuissant face au problème du chômage. La réduction du temps de travail et donc un meilleur partage du travail constituent-ils la solution tant attendue ? Pas si sûr. Car, même si au début les 35 heures avaient permis de réduire le chômage, arrivé à un certain seuil plus rien ne bougea. « Beaucoup d’études montrent qu’avec le passage aux 35 heures, la charge de travail n’a pas diminué. En 35 heures, les salariés effectuaient les mêmes tâches qu’ils faisaient auparavant en 39. C’est la limite des 35 heures, elles marginalisent la main d’œuvre la moins efficace, constate François Gaudu, professeur d’histoire du droit à l’université Paris 1. Elles maintiennent au chômage une certaine frange de la population. »  

Lucile Chevalier

Les Français travaillent-ils moins que les autres ?
La réponse est affirmative si l’on ne prend en compte que les temps pleins. Mais, dès que les temps partiels sont introduits dans les calculs les temps partiels, la réponse change. En France, d’une part, les temps partiels représentent 17 % de la population active, moitié moins qu’en Allemagne. D’autre part, les temps partiels sont en moyenne plus long en France (20 heures) qu’en Allemagne (18 heures). En 2007, un Français a travaillé 1 559 heures soit 127 heures de plus qu’un Allemand.
L.C.
Source : étude de l’Insee, Soixante ans de réduction du temps de travail dans le monde, de Gérard Bouvier et Fatoumata Diallo.
 

Et découvrez toute cette semaine la suite de notre saga...

Jeudi 23 décembre - A Bosch-Vénissieux, où en est-on dix ans après ?
Été 2004, à l’usine Bosch de Vénissieux : 98 % des salariés acceptent de renoncer aux 35 heures, de geler leurs salaires pendant 3 ans et de diminuer leurs tarifs nuits. En échange, la direction s’engage à investir 15 millions d’euros dans le site. 6 ans après, quel bilan dresser de cet accord ?

Vendredi 24 décembre - Quelle est la marge de main-d’œuvre du salarié face à un « chantage à l’emploi » ?
98 % votaient « oui » à Vénissieux en 2004. A Strasbourg, en 2010, 70 % des salariés votants ont accepté les sacrifices. Un plébiscite. Mais les salariés pouvaient-ils voter autrement face à ce que les syndicats ont appelé « chantage à l’emploi » ? Jacques Barthelemy, avocat-conseil en droit social rappelle les droits des salariés.

Et si vous avez manqué nos articles de ce début de semaine...

Lundi 20 décembre - Faut-il casser nos acquis sociaux pour garder nos emplois ?
General Motors à Strasbourg, Continental à Toulouse, Bosch à Vénissieux. Tous les salariés de ces groupes ont eu à faire au même dilemme. Soit ils acceptaient une baisse de leurs salaires, soit ils verraient leur usine délocalisée. Dans un marché mondialisé, faut-il nécessairement revenir sur certains progrès sociaux pour gagner des parts de marché et donc garder nos emplois ? Première partie, à la veille de la trêve des confiseurs, d’une enquête en 5 volumes pour vous faire passer définitivement l’envie de reprendre de la dinde.

Mardi 21 décembre - Une main d’œuvre trop chère en France ?
Cri d’orfraie du Medef sur le trop lourd coût du travail en France. Crainte de certains salariés de voir leurs entreprises délocalisées vers des cieux moins coûteux. Dans un contexte de marché mondialisé, le coût de notre main d’œuvre nous pénalisent-ils ? Sommes-nous réellement trop bien payés ?
 
 

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