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Ingénieur de production

Féminisation en panne chez les ingénieurs

 | par Par isabelle germain

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Les femmes restent peu nombreuses à devenir ingénieurs, selon la 18e enquête du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF), dont « L'Usine Nouvelle » publie les résultats en exclusivité. Et pourtant, celles qui ont choisi ce métier se montrent satisfaites de leur carrière

En France, 16 % des ingénieurs sont des femmes. Depuis dix ans, pas l'ombre d'un frémissement sur la courbe de progression ! Parmi les moins de 30 ans, les effectifs restent bloqués à 25 %. Et sur les tranches d'âge supérieures, les femmes sont beaucoup moins nombreuses, comme le montre l'enquête 2007 du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF, lire ci-dessous). Bien sûr, derrière ces chiffres se cachent des nuances. L'agroalimentaire compte presque autant de femmes que d'hommes. Et leur sort s'améliore par rapport aux années 80. « Elles ne sont plus cantonnées dans des fonctions comme la documentation, l'enseignement ou la recherche en laboratoire », remarque Chantal Darsch, du Comité d'études sur les formations d'ingénieurs (Cefi), qui a analysé l'enquête. Même si quelques clivages subsistent à l'entrée dans la vie active : « Dans les secteurs production et fonctions connexes, les femmes se dirigent davantage vers la partie qualité, hygiène, sécurité et développement durable », poursuit-elle.

des débuts prometteurs

Les femmes ne manquent pourtant pas d'atouts. A l'école, elles réussissent de mieux en mieux dans les matières scientifiques. Mais selon les chiffres du CNRS, avec un bac S mention TB en poche, 53 % d'entre elles s'orientent vers des écoles d'ingénieurs, contre 75 % des garçons.

Les femmes ingénieurs sont plus nombreuses à obtenir un double diplôme d'ingénieur à l'étranger que leurs homologues masculins (9,8 %, contre 6,7 %). Et lorsqu'elles sont en exercice, elles ne travaillent pas différemment. Elles sont un peu plus mobiles qu'eux sur plusieurs points : mobilité dans le pays, vers un nouvel établissement ou de nouvelles attributions. Et à peine moins vers l'étranger. Hommes et femmes évoquent des obstacles identiques à leur déplacement au-delà des frontières : « Cela pose trop de problèmes pour mes enfants » (72 % des hommes, 70 % des femmes) et « pour mon conjoint » (70 % des hommes, 68 % des femmes). Globalement, elles se montrent plutôt contentes de leur sort. Comme les hommes, elles se disent satisfaites de leur travail, de son contenu, de l'autonomie dont elles jouissent, de la qualité des relations interpersonnelles et de la diversité des tâches à accomplir.

Pourtant, au fil de leur carrière, la situation se gâte. Les écarts de salaire se creusent avec l'âge : de 3 % en début de parcours, ils grimpent à 19 % à 45/49 ans, pour atteindre 42 % avant la retraite. Une part de la différence subsistant à poste identique. Les femmes connaissent plus de précarité : 73 % d'entre elles ont un CDI ou sont titulaires dans la fonction publique, contre 82 % des hommes. Et surtout, elles n'atteignent que rarement les sommets de l'entreprise. La faute, en partie, à leur bagage : dans les formations complémentaires, elles optent pour des diplômes scientifiques ou des thèses, quand les hommes recherchent des diplômes de management et de gestion. Les premières s'enferment dans des spécialisations, là où les seconds acquièrent une double compétence leur ouvrant des perspectives de carrière plus vastes. Résultat : parmi les plus de 45 ans, 5 % des femmes ont des postes à la direction générale, contre 20 % des hommes.

Les femmes ingénieurs bénéficient pourtant depuis quelques années de toutes les attentions. A tous les niveaux. Les écoles d'ingénieurs et l'Association française des femmes ingénieurs organisent des rencontres dans les collèges et les lycées afin de séduire les filles. La Conférence des grandes écoles a ainsi monté, fin mars, une campagne de sensibilisation sur le thème « Ingénieurs, un avenir au féminin ». Les prix qui leur sont réservés éclosent, à l'image du prix Excellencia (lire le témoignage de Sophie Rocca, page 55).

promouvoir la mixité

Et surtout, les entreprises commencent à développer des politiques de mixité. Les entreprises de haute technologie sont d'ailleurs pionnières. Plusieurs d'entre elles se sont rassemblées au sein du groupe Interelles (IBM, France Télécom, GE Healthcare...) dès 2001 et échangent leurs « bonnes pratiques ». Les unes, comme Air liquide, insistent sur les process RH : la direction s'assure que les candidatures des femmes sont bien prises en compte. Les autres, comme Schlumberger, intègrent dans les critères d'évaluation de leurs managers leur aptitude à composer des équipes mixtes. D'autres proposent du « mentoring » aux femmes pour les aider à être plus offensives dans le pilotage de leur carrière. Toutes insistent pour que les « hauts potentiels » ne soient pas seulement recrutés dans la tranche 30/35 ans, car cela écarte d'emblée nombre de femmes, maternité oblige. La direction d'IBM France vient d'organiser un séminaire « Women in Technology ». «Nous voulons lever les freins qui entravent leurs carrières. Nous organisons le retour de congé de maternité et invitons chacune et chacun à nous livrer ses ambitions, même tardives. Si les femmes ont envie de booster leur parcours à 40 ans, après une pause, c'est possible », explique Dominique Mathot, la responsable du programme. L'idée ? Gommer les effets réels ou supposés de la maternité sur les carrières.

Avec tous ces encouragements, pourquoi le métier ne compte-t-il pas plus de femmes ? Question de culture, d'inertie des mentalités, d'imaginaire. Ingénieur semble se conjuguer au masculin. Dans la mécanique ou la sidérurgie, bien sûr, mais aussi, plus surprenant, dans l'informatique. La part des femmes culminait à 20 % en 1983, contre 12 % aujourd'hui. Pour Isabelle Collet, auteur de « L'informatique a-t-elle un sexe ? » (L'Harmattan), cette discipline autrefois associée à une activité tertiaire, et donc féminine, reflète aujourd'hui l'image du « hacker », du jeune garçon qui passe ses nuits à faire de la programmation. Les filles ne s'y retrouvant pas s'en détourneraient.

s'affranchir des clichés

Autre frein : les carrières les plus enviées leur semblent fermées. Elles obtiennent des promotions moins facilement que les hommes (lire page 56). « Les femmes, mais aussi ceux qui accordent les promotions, fonctionnent avec des stéréotypes, explique la sociologue Catherine Marry. De nombreuses études montrent que, à compétence et investissement professionnel équivalents, le fait d'avoir beaucoup d'enfants est un accélérateur de carrière pour les hommes, alors que pour les femmes, c'est un frein. » Pour féminiser le métier, c'est donc aux femmes et aux hommes de s'affranchir de ces clichés. .

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