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Grève du 19 mars : vers une année 2009 conflictuelle

 | par Muriel Beaudoing

Grève du 19 mars : vers une année 2009 conflictuelle
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La France des salariés et des syndicats est dans la rue ce jeudi 19 mars. L'occasion de prendre la température en cette période de climat social fiévreux. D'ores et déjà, le pronostic est plus que réservé, 2009 s'annonçant comme une année dominée par le malaise social. De quoi compliquer singulièrement la tâche des DRH.

Ils ont défilé, en masse, le 19 mars, pour clamer leur inquiétude, leur désenchantement et leur colère, face à cette crise qui peu à peu s'installe et s'amplifie.  Baisses d'activité, incertitudes grandissantes concernant l'avenir, plans sociaux en cascade, dégradation des relations sociales... Les signaux d’alerte sont nombreux. Près de 70 % des cadres considèrent, d'ailleurs, que les répercussions de la crise seront importantes sur la vie de leur entreprise, la motivation des équipes et le climat social, selon l'enquête BPI-BVA "Les Managers face à la crise", parue en février. Sur les 14 pays analysés, les cadres français sont même les plus inquiets et ressentent, avec les États-Unis et le Royaume-Uni, plus fortement la crise que les autres. 51 % d'entre eux pensent ne pas être augmentés en 2009 et 27 % misent sur une hausse de salaire inférieure à l'année dernière.

Les DRH face au malaise social
De leur côté, 73 % des DRH estiment que leur entreprise est touchée par la crise. 51 % pensent que la tendance va se maintenir et 29 % se dégrader, selon un sondage réalisé en janvier auprès de 422 adhérents de l'association nationale des DRH (ANDRH). Cela se traduit majoritairement à 40 % par des réductions de coûts, à presque 20 % par des suppressions de postes et à 21 % par des modifications de politiques salariales. 34 % envisagent ainsi des baisses de rémunérations et un tiers une modification de la politique de recrutement.
Il existe aussi des raisons d’expérer. Car, à la différence des tempêtes précédentes, les DRH veilleraient à garder les bons éléments. Et pour cause : "Quand la situation économique a redémarré après la crise de 2001, il y a eu une telle pénurie de talents que cela a coûté beaucoup plus cher sur 4 ou 5 ans d'en recruter d'autres que si on les avait gardés", rappelle Jean-Luc Placet, président du cabinet de conseil IDRH. En outre, l'inquiétude, omniprésente, va, selon lui, inciter à améliorer la communication interne sur la stratégie et les résultats de l'entreprise.  “Réticents aux plans sociaux, les DRH privilégient les gels d'embauche de CDD, d'intérim, mais aussi de CDI, confirme Charlotte Duda, présidente de l'ANDRH. Ils sont plus attentifs aux talents en interne, mais ne vont pas non plus fermer toutes les vannes d'embauche".
Si l'activité ralentit encore, les salariés seront incités à écouler leurs RTT, à prendre des congés complémentaires ou de formation, comme chez SGS France, où des reports de commandes ont induit une activité assez faible jusqu'en mars, dans certains secteurs. 30 % des DRH en viennent même au chômage partiel, comme chez STMicroelectronics, Soitec... Etape suivante, pour certains, comme Caterpillar ou les constructeurs automobiles : les réductions d'effectifs. "Les DRH utiliseront alors prioritairement les dispositifs de volontariat, afin de préserver l'image sociale de l'entreprise", explique Brice Mallié, directeur de la branche management de BPI group. "Mais cela va se compliquer : il y a déjà eu des plans de départs volontaires par le passé et les salariés hésitent à partir car il est difficile de retrouver du travail ailleurs". Et même lorsque les offres sont là, les salariés en poste sont frileux. "Ils hésitent à bouger, même pour 15 à 20 % d'augmentation. Et certains demandent de ne pas avoir de période d'essai, craignant qu'en cas de problème les derniers rentrés soient les premiers sortis", indique Francis Bergeron, DRH de SGS France, qui peine à recruter. Les dispositifs de préretraite étant en outre devenus quasiment impossibles dans l'industrie, faute de marges financières, les départs contraints risquent d'être plus répandus cette année. Or, dans le même temps, conséquences de la loi d'août 2008 sur la représentativité syndicale, "c'est dans l'entreprise que va se nouer et se dénouer le dialogue social", comme le souligne Jean-Luc Placet.

Un dialogue social insuffisant
Alors qu'ils perçoivent à plus de 60 % de l'inquiétude, font part de tensions, de démotivation et même de stress et de malaise au travail, près de 55 % des DRH sondés ne constatent pas de dégradation du climat social. "Le dialogue social est maintenu et reste constructif avec les partenaires sociaux qui seraient pour 71 % conscients de la situation", indique Charlotte Duda. Etonnant car, à en croire le sondage BPI-BVA, 62 % des cadres français pensent que la crise va faire évoluer le management vers plus de conflits et seuls 59 % d'entre eux font confiance à leur direction pour résoudre un conflit social. "Dans les grandes entreprises, ce sont souvent des directions de ressources humaines extérieures qui instaurent un certain diktat et décident de sanctions brutales", explique Jean-François Veysset, vice-président chargé des affaires sociales à la CGPME. Jusqu'à présent, les maisons-mères proposaient à leurs filiales françaises des fourchettes d'augmentations pour tenir compte des négociations. "De plus en plus, les sièges mondiaux envoient des directives non négociables de gel de salaire pour l'ensemble des salariés. Il y a donc une globalisation des relations sociales", analyse Brice Mallié. "Or le dialogue social n'est pas organisé pour tenir compte de ce nouveau contexte. Les relations sociales vont donc, selon lui, encore fortement se tendre au sein des entreprises.

La messe est dite
Déjà, les tensions montent. "Les salariés qui doivent renoncer à leur participation ou intéressement jugent scandaleuses les rémunérations des actionnaires", témoigne René Valladon, secrétaire confédéral FO. Ceux de Rhodia, contraints à l'épuisement des congés payés, du compte épargne temps et au chômage partiel, dénoncent les augmentations accordées à la direction et aux actionnaires en 2008. De son côté, Renault demande à des salariés de prendre leurs congés de 2010 et 2011... D'où un sentiment d'injustice, voire d'exaspération et une radicalisation. "Un certain nombre d'ingrédients sont réunis pour une explosion sociale. Les salariés ne font pas facilement grève à cause des problèmes de pouvoir d'achat mais, une fois un mouvement parti, la direction est obligée de lâcher beaucoup plus que ce qu'elle aurait pu négocier avec un accord", confie Maurad Rabhi, secrétaire confédéral CGT, qui déplore le manque de concertation. "Nous sommes les derniers informés sur les décisions de délocalisation, les dividendes versés, les investissements prévus sur l'année... Quand les décisions arrivent en CE extraordinaire, la messe est dite", regrette le syndicaliste. Dans ce contexte de crise, les organisations syndicales font désormais front commun et demandent à être associées aux choix stratégiques des entreprises, y compris concernant le partage de la valeur ajoutée et les rémunérations des salariés et des dirigeants. "Des dérapages sont toujours possibles, mais il y a une réelle volonté de ne pas mettre de l'huile sur le feu", assure Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC. Pour Maurad Rabhi, les syndicats seraient même sollicités "pour faire les pompiers du social et gérer les crises dans l'entreprise".

La déchirure
Le patronat se dit pourtant ouvert au dialogue. "Nous devons non seulement être à l'écoute, mais ne pas cacher les difficultés, rechercher des solutions ensemble", affirme Jean-François Veysset de la CGPME. "Nous sommes dans une logique de construction", assure de son côté le MEDEF, rappelant les négociations interprofessionnelles sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, le chômage partiel, l'assurance-chômage et la formation professionnelle. Et le courrier adressé en février par la présidente du Mouvement aux partenaires sociaux, proposant d'ouvrir des délibérations sociales sur le paritarisme et la modernisation du marché du travail ne va pas améliorer les rapports. "Ce courrier de Laurence Parisot concernant les négociations sociales est en décalage par rapport aux attentes des salariés", juge Maurad Rabhi. "Les rapports avec le patronat se sont durcis. Chacun campe sur ses positions". Apparue en 2008 à l'occasion de conflits sociaux en entreprise, la radicalité devrait ainsi encore plus s'affirmer en 2009, à en croire l'institut "Entreprise et personnel", regroupant les directeurs généraux et DRH de 160 grandes entreprises. Sans écarter une explosion sociale, en cas de récession franche, la note de l'institut, intitulée "la déchirure", penche plutôt pour des "conflits durs et ponctuels, en particulier dans des entreprises qui annonceraient des suppressions d'emplois ou mettraient en oeuvre des politiques salariales restrictives".
 

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