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« Il n’y a pas de relance européenne. C’est ce qui nous manque », estime l’économiste Bernard Gazier

 | par Christophe Bys

« Il n’y a pas de relance européenne. C’est ce qui nous manque », estime l’économiste Bernard Gazier
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Bernard Gazier est professeur d’économie à Paris I. Il analyse pour nous le plan de relance mis en place par le gouvernement. Pour lui, l’urgence est à une intervention coordonnée des Etats européens. Car le chacun pour soi actuel est « profondément malsain ».

Nicolas Sarkozy l’a réaffirmé lors de son intervention télévisée : la relance ne passera pas par la consommation. L’investissement est, selon lui, le seul moyen d’améliorer la conjoncture économique et de stimuler la création d’emplois. Quelques jours plus tôt, Patrick Devedjian, le ministre de la relance, avait chiffré l’effet du plan d’investissement public : 100 000 emplois devraient être créés grâce aux 1000 chantiers lancés à travers la France. Bernard Gazier, professeur d’économie à Paris 1’un des meilleurs connaisseurs de l’économie du travail et des politiques de l’emploi,  auteur d’un que sais je sur la crise de 1929, a répondu à nos questions (*). Esprit libre, il se réjouit du plan d’investissement tout en rappelant que les 35 heures et le Smic préservent la France d’une crise plus profonde. Explications.

Comment appréciez-vous le plan d’investissement public présenté par le gouvernement ?
Ce plan est plutôt pragmatique. D’un point de vue macro-économique, c’est une bonne idée d’accélérer les investissements en cours. Inventer de nouvelles choses prend du temps et il fallait agir vite. Par ailleurs, investir dans le bâtiment et les travaux publics garantit une bonne propagation dans l’économie des sommes injectées. Enfin, toutes les régions soufrent du chômage. C’est donc une bonne chose d’avoir réparti l’effort sur toute la France.

La philosophie est bonne. Qu’en est-il du montant ? Sera-t-il suffisant ?
Sur les 26 milliards annoncés, le montant des dépenses immédiates est de 2,2 milliards d’euros. Cela m’inspire deux remarques. Entre la crise et le plan de relance, c’est comme si deux trains étaient lancés. Le premier, celui de la relance, vient de partir et les premiers effets se feront sentir d’ici à six mois. Le train de la crise est lancé depuis plus longtemps, la propagation de la crise financière à l’économie réelle est en cours. La relance va ralentir le train de la crise, le rythme de dégradation de l’emploi devrait se ralentir.

"L’Europe joue petit bras"
Et le deuxième point ?
La relance n’est pas à la hauteur du problème auquel est soumis l’économie française. Plusieurs raisons expliquent cela, notamment les déficits de la France qui n’ont pas été réduits quand la situation économique était meilleure. Le taux du déficit va atteindre 4 à 4,5 % du PIB. Pendant ce temps là, Gordon Brown, le premier ministre britannique, en prenant certes des risques énormes, mène une politique qui conduit à un déficit 8 % du PIB.la relance des Etats-Unis n'est pas plus forte que celle du Royaume-Uni. Aux Etats-Unis, la relance n'est que de de 3 % du PIB des Etats-Unis. Mais, compte tenu de la taille des Etats-Unis, son effet sera beaucoup plus visible.


Qu’aurait-il fallu faire ? Imiter Gordon Brown ?
Il n’y a pas de relance européenne. C’est ce qui nous manque. L’Europe joue petit bras. Chaque pays espère que le voisin va relancer à sa place et qu’il en profitera via ses exportations. C’est profondément malsain. Il faudrait de toute urgence une relance coordonnée de 2 %. Pour en revenir à la relance française, c’est très bien. Mais c’est comme si pour régler les problèmes des Etats-Unis, la Californie augmentait ses dépenses publiques dans son coin.

A côté de ces grands travaux, faut-il soutenir la consommation ?
Je ne raisonnerai pas en termes de consommation ; je préfère m’intéresser à la protection des chômeurs. Celle-ci laisse à désirer. L’accord signé récemment n’est pas à la hauteur de ce qui nous menace. Il n’y a que 60 % des chômeurs qui sont pris en charge. L’indemnisation des chômeurs doit être améliorée. L’assurance chômage en France est vraiment bizarre car elle indemnise beaucoup certains, quand d’autres en sont purement et simplement exclus. Il faut aussi mettre des moyens sur la formation des chômeurs. L’accord sur la formation professionnelle semble aller dans le bon sens. Mais les financements seront-ils présents au-delà des déclarations d’intention ? A côté du plan de relance, il faut un second volet : mieux couvrir et former les chômeurs. L’Europe pourrait avoir un rôle moteur en participant au financement. Je pense au fonds d’action social européen.

"Le Smic protège les mal payés"
Dans le plan, il y a une mesure qui exonère les entreprises de moins de 10 salariés de charges sociales. Cela aura-t-il un effet ?
C’est une addiction française. J’ai des doutes sur l’efficacité de ces mesures. Les TPE n’ont pas de structures solides, leur marché est souvent mal défini, leur structure incertaine. L’exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires est-elle contre-productive dans le contexte actuel ? Ont-elles aggravé le chômage ?
Elles ont eu un effet. Elles ont modifié l’ordre de l’ajustement. Traditionnellement, quand la conjoncture se dégrade, les entreprises commencent par supprimer les heures supplémentaires, puis les intérimaires et les CDD. Après, elles passent au licenciement. Là, elles ont commencé par les intérimaires, suivis des CDD. Indirectement, on a surexposé les plus précaires. Il y a d’autres paradoxes. Les 35 heures et le Smic ont des effets bénéfiques.  Les premières permettent de moduler les horaires, ce qui donne de la souplesse aux entreprises en période de crise. On l’a oublié, mais c’est un formidable outil de flexibilisation. Le Smic protège les mal payés, il évite la course vers les bas salaires et l’entrée dans une spirale déflationniste où on paie moins bien les gens pour faire face à la crise. Moins bien payés, ils consomment moins. Cela réduit la demande. Après rien n’est définitif en économie. Dans six mois, rien ne dit que le smic ne sera pas un obstacle au redémarrage.
Propos recueillis par Christophe Bys le 4 février 2009 avant l’intervention du président de la République.
 

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