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La crise puise-t-elle sa racine dans les inégalités ?

La crise puise-t-elle sa racine dans les inégalités ?
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Hier, au campus Jourdan de l’école d’économie de Paris, les économistes Thomas Piketty et Anthony Atkinson ont présenté leur ouvrage Top incomes global perspective. Une occasion d’aborder les liens entre les inégalités et les crises financières.

« Je reviens de 5 mois passés aux Etats-Unis. Au tout début de voyage, presque à la sortie de l’aéroport, je me suis rendu dans une librairie et j’ai joué à un petit jeu : compter les ouvrages faisant le récit de la crise. Il y en avait 70. A croire que tout le monde écrit son livre sur le sujet. Mais pas un n’ouvre le débat sur les inégalités. Aucun ne fait le lien entre la crise financière et les inégalités, ni l’ouvrage de référence de Kindleberger, ni celui de Reinhart et Rogoff. Il n’y a pas une ligne sur le sujet non plus dans le rapport de la commission américaine sur les causes de la crise », raconte avec son accent britannique l’économiste Anthony Atkinson, venu présenter avec le Français proche du parti socialiste Thomas Piketty, leur ouvrage Top incomes, global perspective. A travers des séries de chiffres, de graphes et de statistiques, les deux économistes, aidés par de nombreux autres homologues, analysent pour 22 pays et sur un siècle l’évolution des hauts revenus. Un travail de titans, et un résultat : un pavé d’informations précieuses tant pour les chercheurs en économie que pour les politiques. D’ailleurs, les chiffres sur le cas américain ont été repris par l’administration Obama « nous apportant une large médiatisation et la réputation d’économistes engagés dans une bataille contre les inégalités », s’amuse Thomas Piketty.

 

25 % du revenu national happé par le pourcentage des plus riches

Le cas américain a, en effet, de quoi choquer. Aujourd’hui, les Américains appartenant au groupe des 1 % plus riche captent 25 % du revenu national. Dans les années 1970, ils n’happaient « que » 10 %. En l’espace de 30 ans, ce sont ainsi 15 % du revenu national qui sont passés de la poche de 99 % de la population à ce 1 %. Pour donner un ordre des écarts, il faut savoir qu’en 2007 avant la crise, les 400 plus hauts revenus américains gagnaient en moyenne par jour 945 000 dollars, alors même que le salaire moyen par an d’un Américain est de 45 113 dollars et de 35 102 dollars pour une Américaine. Cet Américain moyen doit travailler pendant presque 21 années pour toucher ce qu’un de ses concitoyens de la haute caste touche en une journée. Un abîme, qui au-delà de son caractère choquant, pose la question de la fiabilité d’un système économique.

 

Endettement des pauvres et un système qui vacille

La montée des inégalités a-t-elle conduit à la crise financière de 2008 ? Les graphiques présents dans l’ouvrage démontrent que durant les deux périodes précédant les crises financières les plus sévères de leur histoire, 1929 et 2008, les Etats-Unis ont connu un accroissement fort des inégalités de revenus. Le lien entre inégalités et crises financières, l’économiste Romain Rancière, le fait dans ses travaux. Selon lui, quand les 99 % d’Américains perdent 15 % dans la redistribution du revenu national, au lieu de réduire leur consommation, ils s’endettent. Ainsi, explique-t-il durant ces mêmes périodes, l’endettement total des ménages américains a cru de 50 %. « Quand les inégalités s’accroissent, des comportements pathologiques surgissent aux deux extrêmes de la distribution des revenus. La tentation d’endettement des pauvres et la recherche de rendements élevés des riches forment un tandem puissant qui favorise l’émergence de risques systémiques », analysait-il dans un article de Libération. Thomas Piketty en est moins sûr. Selon lui, les inégalités ne sont pas la cause, mais une des causes. « C’est une pression supplémentaire sur un système économique déjà vacillant. »

 

La situation pourrait être explosive

Comme le montre les courbes courant sur tout son ouvrage, toutes les crises financières n’ont pas nécessairement été précédées par un accroissement des inégalités. En France, par exemple, avec sa seule crise systémique à son actif, celle de 1929, le phénomène ne se réitère pas. La période précédant la crise voyait au contraire les inégalités diminuer. C’est seulement après elle qu’elles ont augmenté. Les pays scandinaves ont été touchés par une forte crise dans les années 1990, mais ni avant ni après une hausse des inégalités est à déplorer. Elle joue certainement un rôle, mais son impact est plus insidieux. « La question qu’il faut se poser, conclut Thomas Piketty, est de savoir jusqu’où ces inégalités pourront aller ? Les sociétés européennes, contrairement à la société américaine, du fait de leurs histoires, d’une certaine mentalité, ne sont pas prêtes à accepter de telles inégalités. Le phénomène serait très mal perçu et la situation explosive. »

Lucile Chevalier

 

 

 

 

 

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